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rencontre avec un poète du monde

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ARCHIVES : VIE – POÈTE 

 

Une Vie, un Poète :

 

Xavier Grall

 

par Mireille Diaz-Florian

 

Premier épisode 

 

 

Vilhelm Hammershoi, Nakkehoved Strand,ou paysage infini (huile sur toile, 1910)

 

Parler de Xavier Grall près de 40 ans après sa mort, suppose tout à la fois d’accepter les termes des notes biographiques qui le situent dans « la littérature bretonne d'expression française. » et de rendre compte de ce qui échappe à la géographie pour révéler l’œuvre particulière d’un poète, placée sous le signe de l’incandescence, comme le déclare Mireille Guillemot, préfacière de l’édition Rougerie. La parution de ce recueil en 2011 permet de découvrir le cheminement de l’écrivain « petit frère de Villon, de Verlaine et de Rimbaud ». A regarder certaines photos, n’y décèle-t-on pas quelque ressemblance dans la silhouette, avec l’homme aux semelles de vent.

 

Xavier Grall qui restera journaliste jusqu’à sa mort avec des contributions au Monde, à la Vie Catholique, Ouest France, Témoignage Chrétien, publie en 1962, un premier livre James Dean et notre jeunesse aux éditions du Cerf. Il est profondément marqué par la guerre d’Algérie et publie en 1962 : La Génération du djebel. Son premier recueil poétique, Le Rituel Breton paraît en 1965 à compte d’auteur. En 1969, il rencontre Paul Guimard, Benoîte Groult, Georges Perros, le peintre Gonzales, le chanteur Glenmor auquel il consacre un ouvrage chez Seghers. Sollicité par France Culture pour une dramatique, il écrit La Rimb, interprétée par Germaine Montéro. La même année, il quitte Sarcelles. Il restaure une maison à Botzulan, aux environs de Pont-Aven et reste définitivement en Bretagne avec sa famille. Il écrit, en réaction au Cheval d’Orgueil, le Cheval Couché. Une émission d’Apostrophes en 1977, le montre très critique à l’égard de Jakez-Hélias, avec lequel il se réconciliera par la suite. Il meurt en décembre 1981.

 

Le sous-titre Poème lyrique de son premier recueil, Le Rituel Breton, confirme selon moi un aspect essentiel de sa poésie. L’exigence prosodique, la puissance de la langue, le souffle intérieur traversent ses textes. Le pays nommé, le paysage choisi, délimitent l’espace poétique où le chant prend source comme on le dirait d’un surgissement d’eau à la naissance d’une rivière. La mer, les granits, les calvaires, les dolmens, les îles, les ciels, les oiseaux, les ports, les hommes, tissent la trame du texte. Une voix, la voix du poète est présente, essoufflée de cris retenus, confidente de ses passions, de sa désespérance, de sa foi, solo lyrique, appuyé d’une basse continue, où la révolte comme la tendresse, se font entendre. Je vous engage à suivre les traces de ce poète dont la parole, bien au-delà de l’Armorique, résonne en poésie.

 

Mireille Diaz-Florian

  

La statue de Xavier Grall par le sculpteur Roger Joncourt, à Landivisiau

***

Poèmes

 

Au far-west du monde européen

je te salue ma vigie hauturière

amer de mes lofs

aber de ma paix

varech de mes peines

         salut !

Dans la feria de l’été

je te célèbre

ô tumulte du monde

ô roc, ô lame, ô raz

je te chante mon pays

dans la miséricorde des rias

 

Te nommant, Armorique

je nomme le cap des hautes terres

te nommant, Armorique

je nomme le risque et la dérade

et le chemin des courlis

et l’espérance de Java

et de Bali

Te nommant, je nomme tout songe

et les Missouris bleus

 et les Mékongs laqués.

Te nommant je dis les îles

et le vent et les joies déhâlées.

Ah ! me voici comme un malamock blessé.

J’ai des amitiés en fœtus plein la soute

j’ai des dorades mortes sur le pont

et la peau des Judas à la poupe.

Et je reviens à toi

avec ma solitude à mon mât.

Je me tiendrai ainsi sous ton amure

le cap sur l’évangile de la houle

Mon Dieu, des Celtes tant perdus

et sans armure

ayez pitié.

 

Ah quand je mourrai

enterrez-moi à Ouessant

avec mes épagneuls

et mes goélands

ah quand je mourrai

mettez-moi en ce jardin de gravier         (…)

 

Début de Le Rituel Breton

 

 

La Plainte du Christ Jaune

 

Des vers dans les yeux, des araignées

         dans les plaies

Hommes oublieux, que je jaunisse

         et j’agonise

J’entends vos honteux kénavos

         à Trémalo

 

Mon bon larron fut Paul Gaugin

         génial voyou

Il sut peindre mes sanglots mon chagrin

         pauvre fou

 

A présent j’entends paul verlaine

Il prendra ma vieille peine

car il m’aima dans son cachot

 

 

Le Port

 

Ria de l’Aven havre sans peine Port-paradis

je m’assieds à ton quai que la rose étoile

et je rêve l’amour l’éternité la vie

sur le dit de tes eaux le vélin de tes voiles

 

Dépose là mon âme tes trop lourdes pensées

sur les navires dormants, la mer reposée

 

 

Botzulan

 

Ne chante pas ta peine colline tiens-la secrète

Haut de Hurle-peine pourquoi donc t-ai-je choisi

Je ne sais plus rien hormis la véhémence des vents et des pluies.

Déjoue la démence des fantômes mon âme…

Et prie

Extraits de Rires et pleurs de l’Aven

 

 

 

Une vie, un poète

Xavier Grall, par Mireille Diaz-Florian

 

Francopolis mars-avril 2018