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ARCHIVES : CRÉAPHONIE

 

Mai-juin 2023

 

 

«  … savoir que la source est en l’autre

que le chemin ne s’arrête pas

qu’éveil est partage… »

 

80 minutes de musique avec la pianiste Maria Perrotta

(Bach, Di Bari, Chopin, Schubert, Tosti, Scriabine, Finzi, Chostakovitch, Beethoven)

 

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en partage poétique avec Éric Chassefière

(extraits de La part silencieuse, 2023, Éditions Alcyone)

 

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(*)

 

 

Il y a le clavier, la fenêtre tout près des yeux, le jardin cerné de murs dans les carreaux, la présence qui va et vient du clavier à la fenêtre, la fenêtre peut-être tympan de ce jardin aux rares taches de couleur sur fond d’un enchevêtrement de lignes, qui nous écoute du plus loin de l’enfance, le clavier peut-être réceptacle de notre sourire, dont il fait musique, part silencieuse de la main, sourire que par la pratique musicale assidue on adresse à l’être, tout à la fois simple et pluriel, car la musique est avant tout partage, joie partagée de se reconnaitre en l’autre, s’écouter en lui qui nous écoute.

La part silencieuse est né d’une période d’osmose entre écriture poétique et travail du piano, pratiqué sous la conduite de Maria Perrotta. Une part de la sensibilité et du jeu de la pianiste affleure dans ces poèmes, et c’est cette résonance de la musique du piano dans celle des mots que nous tentons ici de faire entendre.

J’ai demandé à la pianiste, pour compléter cette créaphonie, des photographies de lieux traversés durant sa vie, lieux aimés dans lesquels s’inscrit sa sensibilité musicale, que j’ai disposées tout au long de ce montage.

Éric Chassefière

 

 

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LE JARDIN DE MUSIQUE

 

 

Voir ces murs cette forêt de tiges

les taches blanches des trois roses

nées de la dernière nuit

ce léger balancement de feuilles

sentir ce vent comme il touche la pensée

 

comme le jardin fait corps avec les mots

entendre le feuillage bruisser

de la musique même des mots

prendre voix du feuillage

entendre comme la musique résonne

 

comme elle est en nous jardin

se remettre au clavier

faire chanter le jardin à l’intérieur

sa présence silencieuse

le rêve qu’il éveille en nous

 

*

 

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Écouter : Bach, Variations Goldberg, Aria (4:53)

 

*

 

Musique au creux des paumes

sentir comme le corps résonne

comme longtemps la corde vibre

comme il faut de temps au silence

pour qu’en naisse la première fleur

 

ce silence le porter en soi

comme la nuit porte le jardin

sentir comme il nait du souffle

du désir premier d’embrasser

musique tout entière dans l’instant d’éveil

 

*

 

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La mer, vue de la maison d’enfance calabraise, une image inscrite pour la vie dans l’âme de la pianiste.

 

Écouter : Di Bari, La stupeur devant les gouttes qui rayent la vitre (7:48)

 

*

 

Chant d’un merle entre des murs

le silence sous le chant

le rouge sculpté d’une rose

du calice de la voix

 

calme présence d’un jardin

son tracé délicat sur le haut mur

la lente oscillation de la rose

le battement léger d’une aile dans les feuilles

 

peut-être le merle qu’on n’entend plus chanter

la solitude dans la fenêtre de ce jardin

devenu comme l’écho de lui-même

toujours absence de l’instant qui n’est plus

 

*

 

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Écouter : Chopin, Nocturne n°1 en si bémol mineur, op. 9, n°1 (5:46)

 

*

 

Des lampes là dans une solitude

paraissant creuser le jour

-haut à l’invisible du ciel

la pénombre du premier chant

qui dit plus que les mots

 

la fraicheur du matin

entrant par la fenêtre ouverte

qui étreint le corps

les mots sur le papier comme nés des doigts

le temps déjà repris à l’instant

 

*

 

 

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Écouter : Schubert, Fantaisie en do majeur, D.605a – « Grazer » (13:25)

 

*

 

Joie de laisser les mots monter du corps

se laisser mémoire et corps nommer par eux

faire poème du seul désir des mots

qui est musique part offerte de la voix

 

sentir comme le poème nait du corps

comme dire les mots est acte du corps

ne vivre la journée que pour cela

enlacer de la seule force du poème

 

*

 

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Cosenza et son église, lieu d’écoute de nombreux concerts durant l’enfance.

 

Écouter : Tosti, A Vucchella, baryton : Lucio Prete (2:39)

 

*

 

Voir dans la lumière de midi

s’éclairer quelques fleurs solitaires

la couleur s’en faire pur éclat

sentir comme cela nous touche de profond

comme la lumière est lointaine

comme c’est de distance que la fleur se colore

 

pareillement colorer d’un lointain

chaque note de la fugue délicate

prendre musique à l’été de mémoire

faire silence de sa mélancolie

sentir comme ce silence nous touche

comme le chant vient résonner en lui

 

*

 

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Forêt calabraise.

 

Écouter : Bach, Le clavier bien tempéré, Prélude et fugue n°1, 2 et 3 (11:59)

 

*

 

Égrener la fugue d’un pas résolu

bouleversante profondeur

de ce chant offert à l’éternité

à faire résonner au plus entier de soi

 

jouer fenêtre grande ouverte

sur le silence d’un jardin

la nuée d’oiseaux d’un crépuscule

une voix d’enfant levée dans le matin

 

*

 

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Il Mugello, près de Florence, où Maria Perrotta passa trois années de sa vie lorsque son époux, le baryton-basse Lucio Prete, travaillait à Florence.

 

Écouter : Bach, Variations Goldberg, Var. 16 (3:06)

 

*

 

Cette musique de Bach

la jouer dans la présence d’un jardin

la légèreté de son mouvement

l’ancrage profond de sa couleur

 

laisser la musique rêver

les notes s’alléger jusqu’au silence

ne toucher que par l’envers

lumière dessinant la transparence

 

sentir comme le silence répond

façonne le mouvement des doigts

entendre comme la musique s’élève

doucement laisser naître le sourire

 

*

 

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Venise, ville où Maria Perrotta enseigne actuellement le piano.

 

Écouter : Scriabine, Étude en si bémol mineur, op.8, n°11 (2:25)

 

*

 

La musique est là sous les doigts

toujours à l’instant de naître

elle chante au fond des mains

comme l’oiseau libéré de sa nuit

s’élevant au rêve de la mémoire

 

partager ce regard qui est en nous

sentir comme la musique regarde loin

comme est profonde son étreinte

lumineux le paysage d’enfance

qu’elle vient éclairer de son silence

 

se laisser couler dans sa temporalité

faire nôtre le temps de la musique

sentir comme cela respire en nous

comme dans l’herbe d’été est ample la foulée

puissant le chant des arbres bercés de vent

 

savoir que la musique nait de l’arbre

que l’arbre est en nous

que de nos mains posées sur le clavier

c’est notre mémoire que nous faisons chanter

éveillons au souffle de la vie qui nous traverse

 

*

 

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Venise, vue depuis la fenêtre de la salle d’enseignement du conservatoire.

 

Écouter : Finzi, Fantaisie Toccata pour piano à 4 mains, M. P. & Xenia Maliarevitch (5:57)

 

*

 

Présence de ces murs

ce jardin qui les écrit

ces voix dans les fenêtres

à la fois lointaines et proches

 

présence du jardin d’absence

invisible lisière des nuits

de tous les horizons possibles

tout ce qui du désir fait seuil

 

le chemin commence où il s’achève

la page ne se termine pas

on voudrait humer chaque fleur

que chaque instant soit le premier

 

*

 

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L’anniversaire (Marc Chagall).

 

Écouter : Chostakovitch, Quintette pour piano en sol mineur op. 57 – 1. Lento (4 :30)

 

*

 

Sentir cette musique

ces notes rares

retenant le silence

comme elle emporte les rêves

 

comme entrant dans la musique

on devient musique

comme écoute et parole se joignent

combien au partage il nait de tendresse

 

comme peu à peu le jeu s’approfondit

les cordes se font plus lointaines

le piano se porte vers les graves

chaque note qui meurt est un silence

 

se retirer de la musique

comme lèvres d’autres lèvres

savoir que le silence est en nous

que l’amour ne meurt pas

 

*

 

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Écouter : Beethoven, Sonate pour piano n° 30 en mi majeur, op. 109 - 1. Vivace, ma non troppo - Adagio... (3:42)

 

*

 

à Maria Perrotta

 

Silence et nuit

l’ombre flambe

la main émerveille le temps

 

le chemin est caresse

la mémoire souffle

faire musique dans la distance du corps

 

doucement chanter

accompagner l’oiseau de l’œil

écouter murmurer la source

 

savoir que la source est en l’autre

que le chemin ne s’arrête pas

qu’éveil est partage

 

bientôt la présence s’ouvre

la musique se déploie

se fait cœur silencieux d’un jardin

 

l’éclat sombre du regard

dévoile l’écrit intérieur

accorde la page à son silence

 

*

 

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La mer à Belle-Île, lieu de l’école d’été Plage Musicale en Bangor dans laquelle la pianiste enseigne depuis de nombreuses années.

 

Écouter : Beethoven, Sonate pour piano n°31 en la bémol majeur, op. 110, Adagio (4:05)

 

*

 

Bientôt l’absence inépuisable

la certitude du souvenir

l’instant pure métamorphose

le jardin est à l’intérieur

il faut entrer en soi-même

 

longuement écouter la source

mourir de se rejoindre

laisser venir la nuit

savoir faire silence du dernier mot

sourire du dernier baiser

 

*

 

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Concert Beethoven et Schubert à la salle Cortot à Paris.

 

Écouter : Beethoven, Sonate pour piano n°32 en do mineur, op. 111 - 1. Maestoso - Allegro con brio ed appassionato (8:59)

 

*

 

Vérité de ce jardin

de ces tiges fines inscrivant le mur

de ces fleurs accrochant l’espace

de la subtile délicatesse de leurs tracés

 

vérité qu’y vient prendre la musique

son chemin pierreux

ses crêtes éloignées

sa nostalgie toute de pas joyeux

 

la musique toujours s’évade

trace le cercle d’un envol

le jardin aussi est d’instants

de seuils à tracer dans la lumière

 

faire musique de ce jardin

y prendre légèreté de vent

profondeur de souffle d’une présence

sentir comme ici s’y rêve dans l’ailleurs

 

 

 

 

(*)

 

Applaudie en tant qu’interprète particulièrement communicative, Maria Perrotta obtient le diplôme de concertiste à l’unanimité avec les félicitations du jury au Conservatoire « G. Verdi » de Milan. Elle poursuit ses études à l’Ecole Normale de Musique de Paris et obtient le Diplôme Supérieur de Musique de Chambre. Par la suite, elle obtient le Diplôme Supérieur avec Félicitations de l’Accademia Nazionale di Santa Cecilia de Rome. En Allemagne, elle approfondit ses études sur la musique de J. S. Bach avec W. Blankenheim.

Après la victoire au Concours International « J. S. Bach » de Saarbrucken, Allemagne, prix qui l’impose sur la scène pianistique comme interprète spécialiste de la musique de Bach, la critique dit : « Maria Perrotta joue d’une manière qui exploite toutes les possibilités du piano moderne sans permettre des inexactitudes stylistiques. Sa sonorité claire comme le verre, sa structure musicale toujours évidente et sa présentation stimulante de la phrase musicale, ont contribué à faire de son interprétation une interprétation idéale » (Allgemeine Zeitung).

Son activité de concertiste, qui débute à l’âge de 11 ans avec le 1er Concerto de Beethoven l’a amenée à jouer pour de nombreux Festivals en Italie, Allemagne, Russie et Autriche. Elle enregistre pour le prestigieux label DECCA les trois dernières sonates de Beethoven, les Variations Goldberg de J.S Bach, un disque dédié à Chopin et un à Schubert. Elle est professeur de piano au Conservatoire de Venise.

*

Les poèmes extraits de La part silencieuse sont ici reproduits avec l’aimable autorisation de Silvaine Arabo, pour les éditions Alcyone.

 

 

 

Créaphonie : Maria Perrotta & Éric Chassefière

Francopolis, mai-juin 2023

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