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yves
| Envoyé vendredi 02 septembre 2005 - 23h52: | |
Il m'arrive très rarement d'adresser le même message sur le comité et dans le forum, mais pardon de mon ignorance, je tombe par hasard CES DERNIERS TEMPS sur un recueil de poèmes d'une fillette15 ans, morte dans des conditions terribles et qui trente ans après est soudain découverte par la critique comme étant une des grandes voix de la poésie française. Je ne résiste pas à la tentation de vous la présenter bien qu'il soit très difficile de se procurer son oeuvre tellement confidentielle ' UESTIONNER LE NET ?, Sabine Sicaud a commencé à écrire à l’âge de 9/10 ans. Elle présenta son premier poème à un concours où le prix ne lui fut pas décerné, devant le doute qu’une écriture d’une telle maturité puisse être d’un enfant de cet âge. Le président du jury ( Jean Richepin)décida quand même de la mettre à l’épreuve en la prenant à part dans un parc, en lui donnant un titre de poème, en la laissant écrire dans la solitude et en présentant ce poème à plusieurs concours. Il lui fallut se rendre à l’évidence, il était devant non pas une petite fille touchante mais avec un poète authentique et déjà grand dont le poème improvisé allait d’ailleurs gagner tous les concours où il avait été présenté. * Une plaie mal soignée et à 15 ans, à l’infection succédait la gangrène d’une jambe qui se décomposait. Sabine allait mourir en des douleurs atroces qu’on ne put calmer. Son seul soulagement moral contre le désespoir fut d’écrire son amour de la vie et sa révolte avec une force jusque là inconnue dans les lettres qui faisait dire à Anna de Noailles puis en 1954 à R. Sabatier que ce qu’il avait pu lire d’elle n’était pas d’une fillette incroyablement douée, (on le savait) mais d’une des grandes voix uniques de la poésie française. Des recherches permirent de retrouver et de publier une partie de ses œuvres dont la plus grande part avait été détruite par ignorance ou imbécillité. Voici un de ces poèmes (terrible) qu’elle écrivit dans ses derniers moments de sa vie de souffrance, en 1928 : * Ah, laissez-moi crier Ah ! Laissez-moi crier, crier, crier … Crier à m’arracher la gorge ! Crier comme une bête qu’on égorge, Comme le fer martyrisé dans une forge Comme l’arbre mordu par les dents de la scie, Comme un carreau sous le ciseau du vitrier… Grincer, hurler, râler. Peu me soucie Que les gens s’en effarent. J’ai besoin De crier jusqu’au bout de ce qu’on peut crier. Les gens ? Vous ne savez donc pas comme ils sont loin Comme ils existent peu, lorsque vous supplicie Cette douleur qui vous fait seul au monde ? Avec elle on est seul, seul dans sa geôle Répondre ? Non. Je n’attends pas qu’on me réponde. Je ne sais même pas si j’appelle au secours Si même j’ai crié, crié comme une folle Comme un damné toute la nuit et tout le jour Cette chose inouïe, atroce, qui vous tue Croyez-vous qu’elle soit Une chose possible à quoi l’on s’habitue Cette douleur, mon Dieu, cette douleur qui tue Avec quel art cruel de supplice chinois Elle montait, montait à petits pas sournois Et nul ne la voyait monter, pas même toi Confiante santé, ma santé méconnue C’est vers toi que je crie, ah c’est vers toi, vers toi ! Pourquoi, si tu m’entends n’être pas revenue ? Pourquoi me laisser tant souffrir, dis-moi pourquoi Ou si c’est ta revanche et parce qu’autrefois Jamais, simple santé, je ne pensais à toi ? (Sabine Sicaud. « Le rêve inachevé », (extrait des dossiers d’Aquitaine, Odile Ayral-Clause.)
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Kel
| Envoyé samedi 03 septembre 2005 - 00h06: | |
Oui, c'est poignant. |
   
Jordy
| Envoyé samedi 03 septembre 2005 - 21h53: | |
Non seulement c'est poignant, mais cette pauvre petite était une authentique surdouée! |
   
Kel
| Envoyé samedi 03 septembre 2005 - 23h42: | |
Certainement. Une ch'tite rimbaudette. |
   
Cécile
| Envoyé dimanche 04 septembre 2005 - 10h58: | |
C'est au marché de la poésie il y a deux ans que je suis tombée sur son recueil. C'est vraiment dingue comme cette jeune fille écrivait bien... Beaucoup par rapport à sa douleur. Vous parler ? ---------------- Vous parler ? Non. Je ne peux pas. Je préfère souffrir comme une plante, Comme l'oiseau qui ne dit rien sur le tilleul. Ils attendent. C'est bien. Puisqu'ils ne sont pas las D'attendre, j'attendrai, de cette même attente. Ils souffrent seuls. On doit apprendre à souffrir seul. Je ne veux pas d'indifférents prêts à sourire Ni d'amis gémissants. Que nul ne vienne. La plante ne dit rien. L'oiseau se tait. Que dire ? Cette douleur est seule au monde, quoi qu'on veuille. Elle n'est pas celle des autres, c'est la mienne. Une feuille a son mal qu'ignore l'autre feuille. Et le mal de l'oiseau, l'autre oiseau n'en sait rien. On ne sait pas. On ne sait pas. Qui se ressemble ? Et se ressemblât-on, qu'importe. Il me convient De n'entendre ce soir nulle parole vaine. J'attends - comme le font derrière la fenêtre Le vieil arbre sans geste et le pinson muet... Une goutte d'eau pure, un peu de vent, qui sait ? Qu'attendent-ils ? Nous l'attendrons ensemble. Le soleil leur a dit qu'il reviendrait, peut-être... |
   
LN l'autre poème
| Envoyé lundi 05 septembre 2005 - 10h04: | |
magnifique encore plus beau que celui mis par Yves. une respiration, elle écrit les larmes au bord des cils "Une feuille a son mal qu'ignore l'autre feuille. Et le mal de l'oiseau, l'autre oiseau n'en sait rien" chaque souffrance est différente et si nous pouvons essayer de donner notre regard, notre empathie il nous est impossible de " voir la couleur et le degré " de la souffrance de l'autre celui qui souffre se sent toujours seul , flottant, descendant en chute libre et même ceux qui l'aiment profondément ne peuvent que regarder , impuissants et souffrir . Aussi . Autrement .
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Ludo
| Envoyé lundi 05 septembre 2005 - 10h06: | |
Très juste ce que tu dis, Hélène. |
   
JG
| Envoyé dimanche 18 septembre 2005 - 11h36: | |
(Là j'ai presque craqué en ...) Filliou, quand je serai guérie, Je ne veux voir que des choses très belles... De somptueuses fleurs, toujours fleuries ; Des paysages qui toujours se renouvellent, Des couchers de soleil miraculeux, des villes Pleines de palais blancs, de ponts, de campaniles Et de lumières scintillantes... Des visages Très beaux, très gais ; des danses Comme dans ces ballets auxquels je pense, Interprétés par Jean Borlin. Je veux des plages Au décor de féerie, Avec des étrangers sportifs aux noms de princes, Des étrangères en souliers de pierreries Et de splendides chiens neigeux aux jambes minces. Je veux, frôlés de Rolls silencieuses, De longs trottoirs de velours blond. Terrasses, Orchestres bourdonnant de musiques heureuses... Vois-tu, Filliou, le Carnaval qui passe ? La Riviera débordante de roses ? J'ai besoin de ne voir un instant que ces choses Quand je serai guérie ! J'aurai ce châle aux éclatantes broderies Qui fait songer aux courses espagnoles, Des cheveux courts en auréole Comme Maë Murray, des yeux qui rient, Un teint de cuivre et l'air, non pas d'être guérie, Mais de n'avoir jamais connu de maladie ! J'aurai tous les parfums, " les plus rares qui soient ", Une chambre moderne aux nuances hardies, Une piscine rouge et des coussins de soie Un peu cubistes. J'ai besoin de fantaisie... J'ai besoin de sorbets et de liqueurs glacées, De fruits craquants, de raisins doux, d'amandes fraîches. Peut-être d'ambroisie... Ou simplement de mordre au coeur neuf d'une pêche ? J'ai besoin d'oublier tant de sombres pensées, Tant de bols de tisane et d'heures accablantes ! Il me faudra, vois-tu, des choses si vivantes Et si belles, Filliou... si belles - ou si gaies ! Nul ne sait à quel point nous sommes fatiguées, Toutes deux, de ce gris de la tapisserie, De l'armoire immobile et de ces noires baies Que le laurier nous tend derrière la fenêtre. Tant de voyages, dis, de pays à connaître, De choses qu'on rêvait, qui pourront être Quand je serai guérie... Sabine Sicaud |
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