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jml
Envoyé mercredi 12 octobre 2005 - 16h11:   

EN BORDURE DE L’ABÎME


L’essuie-rêve du réel n’empêche pas les larmes. De peaux de chagrin en peaux de pêche, je butine la soif en bordure de l’abîme. Si le printemps fait mal aux bonhommes de neige, il réveille les fées. Les petits pieds de l’herbe se remettent à marcher, les pierres à chanter, les rivières à sourire. Le visage du ciel remet du bleu aux joues, du pastel aux nuages, du rimmel aux oiseaux. Le vent caresse le feuillage d’une forêt d’aroles et laisse la parole au travail des graines.

J’écrivais pour affronter la violence du monde. J’écris maintenant pour mieux aimer et pour apprendre à vivre. Je sème des pépins dans le silence du fruit, des coquilles insolites, des miettes de rêve dans le réel. Depuis que nous savons que les étoiles nous regardent, nous voyons le ciel avec des yeux plus doux. Entre l’être et l’oiseau, j’ai découvert les mots. De l’étincelle au feu, le rêve naît sans âge. Le dessin est une prière visuelle. Le regard a lui seul échappe au paysage. Il voit derrière les ombres la lumière s’ouvrir, le miel dans l’abeille et l’été sous la neige. De la terre à la nuit, de la mort à la terre, la vie se perpétue.

Ceux qui n’ont plus de rêves et ne voyagent plus regardent la télé. Si on parlait d’amour au milieu du vacarme. Si on ralentissait. J’écoute sous mes pas le langage des pierres. J’ai l’estime des aveugles et des vendeurs de crayons. Je n’ai que le nom des oiseaux sur mon carnet de banque. J’apprends au moindre atome quelques paroles d’amour. Je plonge dans le texte comme on plonge dans l’eau. J’en sors parfumé comme un sexe humide. J’apprends à nager en même temps que les vagues. Nous avons tous une grand-mère syntaxique tout au fond de la voix, un coquillage dans l’oreille, une mer dans les yeux. J’ai semé des graines sauvages et des éclats de rire dans la bêtise du voisin pour qu’il voie le printemps.

Il a fallu trois milliards d’années pour rapetisser l’espoir. Quand les hommes se battent, même les oiseaux avalent des épines. Je ne veux plus d’orgueil. J’allume au bord des routes quelques lucioles pauvres. Elles suffisent au silence qui porte la parole. Livré aux scies, le dieu qui respirait à l’intérieur de l’arbre, on en fait du papier. On a trempé le pain dans le sang de chacun. On a trompé l’espoir et le rêve des hommes. La haine continue de rogner l’absolu. J’écris pour effacer quelques pages trop noires, pour répondre aux étoiles. J’écris avec des doigts qui fouillent dans le sable, avec des épines beaucoup plus que des roses.

Les oiseaux mangent les miettes que l’on jette. Il faut suivre le ciel non le Petit Poucet. Il m’arrive d’abandonner les hommes pour le monde des arbres. J’attends la pluie ou le soleil, le vent qui mord dans les branches. Mes feuilles sont des mots survivant à l’hiver. Le temps se perd dans les mots. La glace pleure sans bouger. Aux révoltes en cul-de-sac, j’oppose mon amour. Du vertige à l’image, je témoigne du pollen. Il y en a trop déjà qui n’écoutent plus le silence. Ils accumulent des objets et se contentent de l’illusion de vivre. Le sang remplace l’encre et l’or la tendresse. Il arrive qu’une fontaine s’allume dans ma tête. Je n’entends plus que les images. Je peux lire des mots dans le fond d’une tasse, les lignes d’horizon sur la main de la terre. Rien ne remplacera jamais ce qu’on invente, ce qu’on rêve, ce qu’on aime. Il faut de la chaleur pour guider les aveugles. Je vous laisse mes mots comme un banc où s’asseoir.

11 octobre 2005

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Jean-Marc
Envoyé jeudi 13 octobre 2005 - 12h05:   

JML je me suis assis sur le banc et laissé bercer par tes mots âpres - une poésie vertigineuse exigeante où gronde la tourmente. On sent ton amour de la nature, ta joie féroce à tirer à l'arquebuse sur les faux-semblants de la réalité spectacle. Des audaces pour emjamber le vide.

" Rien ne remplacera jamais ce qu’on invente, ce qu’on rêve, ce qu’on aime "

JM

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