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Pant
| Envoyé mercredi 19 octobre 2005 - 22h55: | |
l était allongé sur le lit Blanc au fond Les yeux ouverts sur l'infini Au fond Blanc Plus un mot ne sortait de ses lèvres Plus de force pour parler Plus rien à dire aussi Tout fut dit même trop Alors ils défilent devant lui Arlette - Sacha tu le sais, tes mots, tes poèmes m'accompagnent depuis des années tous les soirs, et m'aident paradoxalement à me purger le coeur, l'âme et me permettent de dormir en paix, merci, merci. […] Ignames en troupeau Caresse ô marteau L'ombre de mon cœur Et son errance de flambeur Chasse au fond des lois L'amour comme une proie Armé de baisers humides Faire fi de ces tristes ides Il y a ailleurs d'autres jours Et de meilleures garanties L'ombre y brille sans souci Lumière interne aussi l'amour Une seule rime Pour guérir l'abyme Fugace réalité coming Let the love just arriving Sourire qui guide en souvenance Une altérité comme errance Qui trouve le juste repos Autour d'une âme mise là en dépôt […] Jacques - Tu le sais Sacha, tu le sais, je suis déjà mort moi, tu ne m'as pas oublié ? Le cancer, cette saloperie m'a rongé, rogné, dissout. Alors je peine ainsi à te voir, immobile et sans mots, mais que vois-je poindre ? Des larmes ? Quelle errance, Soledad, tu es le dernier soldat, Soledad poudre de croix. La révolte et trois tours en arrière, la vie ne sert à rien, peut-être même à personne. Avancer pour retourner au point premier, avancer pour mieux encore tuer, massacrer la chair comme un cadeau au silence, par les cris, les hurlements, le briser ce silence, le casser à jamais. Effacer la vie dans la souffrance, effacer la vie nie donc son importance, et peut être sa créance…D'aucuns parlent de Dieu, image débile que de pauvres cœurs vides savent seulement imaginer, et se figurent que le vrai Créateur se réjouit des litres de souffrance, et des tonnes de chair qu'on lui offre en cadence. Leur dieu n'est qu'un pauvre démiurge, qui se repaît de la haine et la prend peut-être pour de l'amour. Alors que seule la lumière et son alliance avec l'ombre qui la contient et la retient peuvent donner une réelle image de la divinité du réel. Et l'infirmière passait régulièrement, puisant un mouchoir en papier dans une boite, essuyant avec douceur les quelques larmes qui perlent, bijoux de désespoir, de dégoût, de malaise, de presque fin. Et le défilé continue. Yvette - tu m'as aimé, du moins tu me le disais, non même pas, tu me le faisais sentir alors parfois j'y croyais, ton amour est comme une enceinte d'ivoire même encore, où pousse les roses du jardin, ton amour est comme un livre, mais les pages se tournent et tout change sans jamais complètement changer, même livre, mais rives différentes. Qui es-tu ? L'as -tu jamais su ? Le poète m'a séduite, l'homme m'a charmée, mais, mais. Je n'ai jamais vu au-delà de la forteresse, tu avais fermé toutes les fenêtres. A jamais. Pour toujours, pour tous les jours. Certaines nuits, quand l'onyx peuplait ton cœur, ton âme, et même ton corps, certaines nuits donc, le soir laissait perler un chant léger, un mélopée triste qui se complétait d'un contrepoint langoureux. Tant de beauté au fond de ta noirceur, tant de musique que même tes mots si beaux n'ont fait qu'effleurer, incomplètement. Christelle - je suis ta soeur, ton amie, ta rivière ton torrent, ta muse et parfois ton unique horizon, mais je ne fus jamais plus, jamais. Je n'ai pas pu l'être, peut-être par peur d'être, ou de seulement paraître. Et paraître pour moi c'est se méconnaître, se récuser, se dédire, comme se renier. Alors tu es celui que j'appelle, que j'appelais, auquel je parle ici encore, auprès duquel mon coeur déborde, comme j'ai aimé regarder déborder le tien aussi. Jumelles parfois les âmes... Mais où ont fuit les coeurs ? Nos cœurs ont-ils d'ailleurs jamais existé ? Je n'ai perçu parfois, souvent, que des points de souffrance, des points de malchance, déconstruction du sourire, méthode coup de poing et gifles fugueuses. On accélère, on tourne en rond, impression de s'enfuir encore sur ses propres pas, revenir se cacher là où on ne pensera pas nous chercher, tout près du mal, de l'ultime douleur, fin de saveur, peut-être aussi se cacher auprès de la mort, elle me laisserait quelques miettes, et ainsi j'aurai la possibilité de manger ton cœur, y puiser enfin cette force que tu as condamnée à rester enfermée. Que le point de rupture entre nous ne soit pas une cassure, mais une ingestion, une digression analytique et maïeutique. Et l'infirmière passait régulièrement, puisant un mouchoir en papier dans une boite, essuyant avec douceur les quelques larmes qui perlent, bijoux de désespoir, de dégoût, de malaise, de presque fin. Alors Sacha cherche les mots, cherche les images, cherche les gens, les amis, les amours, se cherche lui-même, et ne trouve rien. Rien en lui qui vaille la peine d'être dit, même rien qui vaille la peine d'être écrit. Aucun soupçon de pérennité, aucune envie de survivre. Se dissoudre, ne jamais avoir été. Oui, fermer les yeux. Même si on ne peut pas, même si la paralysie le condamne à garder les yeux ouverts, il ne connaît que la nuit, surtout la nuit, il ne connaît que le jour tant que dur est le jour. Alors cette vie n'a-t-elle servi qu'à l'Art, l'écriture a-t-elle mérité sa vie, il en fut le captif, il en fut le prisonnier, et vous en fûtes les geôliers, la prison fut parfois douce, mais elle est de trop, elle s'approche de la fin, elle s'en approche. S'il pouvait seulement fermer les yeux, si seulement. « Vais-je errer encore longtemps, à côtoyer forcé les coeurs qui me sont chairs, qui me font chair ? Vais-je encore pleurer longtemps, y aura-t-il encore longtemps une infirmière pour éviter que mes yeux se noient, ou moi, car si je pleure en continue pendant une éternité, je me noierai sûrement, sûrement. Encore, enfin, une solution, mais que de temps, que d'êtres à ignorer, que de fins à proclamer, que d'yeux que je voudrais pouvoir fermer. Encore que, encore que, non, mes yeux ne sont que deux, ne sont même pas bleus, ne sont que bordés de larmes, ne sont jamais chargés comme des armes. Sont-ils comme on le dit les miroirs de mon âme ? Alors j'en aurais une ? Mais à quoi, à quoi bon, à quoi sert-elle, à quoi ? » Et l'infirmière passait régulièrement, puisant un mouchoir en papier dans une boite, essuyant avec douceur les quelques larmes qui perlent, bijoux de désespoir, de dégoût, de malaise, de presque fin. « Cette illusion de vie, elle vit derrière mes mots, derrière mes maux. Au regard maintenant figé j'ai opposé, une ribambelle de sourires et de crampes rigolardes, premiers soupirs, et la vie d'un seul coup qui change et qui change, qui s'enfuit, qui se retourne contre moi. J'ai tant aimé que mon cœur s'est explosé, trop de larmes, mais avant, trop de charme, trop de désirs qu'il a fallu que je contrôle. Peut-être même cette paralysie qui me flingue est-elle une sentence, une finitude pour mes errances, et mes coups de foudre, suite d'éclairs, et de coups de lune, des fins façon Trafalgar mais si peu. Alors ce défilé de potage, des légumes juste pelés, qui arrosent une terre sèche d'un espoir à reconquérir. Trop tard, trop tard. » Les coeurs s'emballent comme dans un écho de danse, dans une sarabande universelle. Le défilé des éplorés continue sans cesse mais ce sont que quelques larmes autour de mots si formels. Le temps passe donc, et les yeux restent ouverts, sur une vacance d'éternité, sur une promesse malvenue. Rien de plus vain que le désir qui s'enfuit, rien de plus vain qu'un plaisir qui naquit. Mais un plaisir de s'en aller, un plaisir avenir, pour une histoire qui pèse trop de passé, même si elle est tissée des ombres du bonheur et des lumières sourdes de la tendresse humaine. S'avance sur le seuil une femme, vêtue déjà de noir, peut être une compagne venue des rives de l'onyx rivière sans retour, au proche des Niagara Falls. Elle s'approche lentement gardant ses yeux voilés. Elle s'avance comme en sacrifice pour un amour invaincu. Se poste aux rives du regard de Sacha, le capte, et l'entretient. Sacha participe à l'éveil dès la rentrée des coeurs. - Je suis là, lasse, mais là. Je suis tes rêves et tes souhaits, je suis ton coeur et tes soirées, enfin, enfin. Je sais, je sens, que fermer tes yeux est plus fort que nous, plus fort que tout. Alors que me reste-t-il à faire, triste affaire. Pourtant je me suis ensuite souvenue d'un ancien rite viking, et je t'accompagne, je te suis, je te guiderai peut-être, mais il est des êtres que rien ne peut séparer, il est des êtres que rien n'a séparé. J'ai parlé hier à Alexandre et à Yves, ainsi qu'à Jean-Luc et Léopold- Georges. Tu devines le reste… Elle ferme elle-même les yeux, enlève son manteau, une sorte de toge de tulle noire. Elle ouvre son sac, prend une brosse et se recoiffe, recoiffe de même Sacha, Sacha qui sourit à présent, qui sourit au présent, qui sourit à ce qui va advenir. - je vais t'aider et décaler un peu ton corps sur le lit. Patiente encore un instant. Elle saisit le corps, force majeure dans un corps de femme, pour un amour qui sort en chair et en sueur, pour une fois ultime, consacrer l'instant, les mains collées sur son corps, utilitaires gestes mais bornés par l'ombre délice du plaisir, du souvenir, de l'éternelle reconquête de la chair, du corps et de l'émerveillable valeur du sentiment. Elle sort ensuite de son sac, un pistolet glock 17, déloque la sécurité, le regarde comme on regarde un couteau sacrificiel ou un bistouri, cet outil qui délivre et qui répare, en découpant les chairs, le pointe vers la bouche de Sacha, qui entrouvre un peu plus cette même bouche, mâchonnant l'air une dernière fois autour du fût. Et le coup part, fracturant la mâchoire, faisant un trou de sortie ironique d'où jaillit toute une cervelle sans usage futur. Elle regarde encore son œuvre, les larmes coulent bien sûr, mais elle prend le soin de fermer les yeux de Sacha, enfin lui fermer les yeux, enfin lui faire ce dernier plaisir. Et puis le rejoindre, ici ou ailleurs, d'ici ou d'ailleurs. Elle regarde l'arme encore chaude. - Tiens il ne reste de vie et de chaleur que dans le canon de ce flingue, étrange comme une vie s'efface en donnant de la chaleur à la matière. Elle vient ensuite près du lit, plus près, et s'allonge au côté de Sacha, son corps épousant les morceaux de cervelle qui ont jailli un peu partout. Encore profiter un peu de sa chair, et de son cerveau. Et le rejoindre, et le suivre. Elle pointe l'arme vers elle, et ferme les yeux, en effet plus personne pour elle après, plus personne, juste eux deux, encore, et encore. Elle appuie ensuite sur la détente, le coup part, pleine bouche comme pour Sacha, bas de la tête qui éclate, yeux qui tremblent à peine, sourire effacé définitivement, départ consacré dans un au revoir plus tard ailleurs enfin ensemble encore toujours pour l'éternité… Et l'infirmière qui passait régulièrement repasse quelques instants après, appâtée par le don de la défiance et le bruit de la souffrance, souffrance qui a disparu, doublée en un moment et évaporée dans l'autre, puisant un mouchoir en papier dans une boite, elle essuie avec douceur les quelques larmes qui perlent, bijoux de désespoir, de tendresse vaincue, de ses yeux verts. Elle ne peut partir ainsi, elle se doit de suivre par devoir les armées de l'aide humanitaire. Mais elle voudrait quelque part suivre Sacha, mais plus de place sur le lit, plus de place dans cette pièce qui se refroidit, même si le soleil commence à poindre, à inonder de valeureux rayons les yeux des disparus. Des yeux qui ont su pleurer, sourire, rester ouverts longtemps même quand la souffrance est devenue une triste errance, malhabile à l'existence, inexcitante à l'impossible, nul n'y fut retenu. Une dernière note, une dernière pensée dans ce beau cœur sage et aimant : « vos yeux se sont enfin refermés. » Pant2004 |
   
à Pant .
| Envoyé vendredi 21 octobre 2005 - 00h06: | |
tu m'as fait froid dans le dos! mais si, on commence à lire le tiers on ne peut plus s'arrêter lancinante l'infirmière ! Hélène |
   
silexys
| Envoyé vendredi 21 octobre 2005 - 06h49: | |
Ouvrez ouvrez vos yeux! sous le toit de minuit sur les vitres on les revoit aux mêmes dates les mêmes et leur trahison sous l'ombre sainte de leur unique tablette psalmodiant l'enfer des poudres en eux se retourne tout pour dire ce n’est pas rien sauf que tout semble commode alors même que la pierre se taille s'épluche se taraude du gris reprend le chemin des tours se polie se crée des yeux se prend pour un miracle ruisselle des hauts se grave des bords quand le monde se rajoute des jours sur l'inculte paysage des langues là où s’exige des faces prière au pisé une fin de nuit chaque fois que l'heure du sang approche et quand un roc se ferme ou se referme dis toi bien que le vent a passé ou que les hommes savent encore ce qu'une colline sur le dos.
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Pant
| Envoyé vendredi 21 octobre 2005 - 09h13: | |
quand un roc alterne le feu sur le temps et la chance sur le vent quand un roc s'enterre les yeux comme des volets quelquefois s'ils s'envolent c'est au loin comme des voiliers rien à redire pourtant j'ai les mots noirs marqués par l'ivresse du desespoir viking viking comme à l'espace au fond de la grande nuit quand la Chasse Céleste passe en hurlant j'essaie, j'essaie mais je ne peux plus fermer les yeux fermer les yeux. |
   
mary
| Envoyé vendredi 21 octobre 2005 - 12h23: | |
»- Tu le sais Sacha, tu le sais, je suis déjà mort moi, tu ne m'as pas oublié (…) La révolte et trois tours en arrière, la vie ne sert à rien, peut-être même à personne. Avancer pour retourner au point premier, avancer pour mieux encore tuer, massacrer la chair comme un cadeau au silence, par les cris, les hurlements, le briser ce silence, le casser à jamais. Effacer la vie dans la souffrance, effacer la vie nie donc son importance, et peut être sa créance… « Je pense que cette citation de : Douglas Kennedy «La poursuite du bonheur » va bien avec ce texte. « La mort apaise toutes les querelles, toutes les inimités. Elle les abolit comme elle abolit cette agitation éphémère qu’est la vie. Et cependant nous continuons avec les disputes, la rancoeur, la jalousie, le ressentiment, tout en sachant qu’au final leur inanité sera patente. C’est peut-être pour cela, la vraie nature de la colère : tempêter contre l’absolue futilité de l’existence. La colère permet de donner un sens à ce qui n’en a fondamentalement pas. La colère nous fait croire que nous n’allons pas mourir. «
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mary
| Envoyé vendredi 21 octobre 2005 - 19h09: | |
reprenons à ...
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oui reprenons
| Envoyé vendredi 21 octobre 2005 - 20h43: | |
merci Mary d'avoir effacé ces inepties tiédasses sur la mort, en tout cas... |
   
Pant
| Envoyé vendredi 21 octobre 2005 - 21h25: | |
je parlerai du suicide et de la vie dans un autre texte, voire une série, promis ;) mais le theme ici est la maladie, l'amour, et le don absolu de tuer par amour, a rejoindre sur le débat douloureux de l'euthanasie. Pour autant dans la situation de Sacha, la suite de l'histoire, la sienne, serait la mienne volonté dans cette même situation dantesquement morbide et indigne. Vala. |
   
Athor
| Envoyé vendredi 21 octobre 2005 - 22h47: | |
Pourvu que nous ayons gardé de ton époque Un peu de ta raison, Une consolation, Ce lieu de ton bonheur. Avant que d’une peur vient battre la breloque Un esprit dérangé aux funestes langueurs Il faut que je te dise au prix de ton absence Combien me coûte ici une paix redoutable. Le temps me semble long pourvu de ton silence Je voulais tant l’écrire … Je voulais tant te dire Il est déjà si tard Et comment retenir un destin qui se voile. Une étoile filante épinglée sur la toile. Et la laisser dormir
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Rob
| Envoyé samedi 22 octobre 2005 - 01h50: | |
Alors moi je désespère de tout quand je sais que nous finirons tous dans un sac plastique opaque le nez vers les étoiles , un bouchon dans chaque trous pour éviter l'écoulement des liquides, l'air con comme jamais, la peau collée au fond de l'os avec pour toute musique un silence de merde avec des mots autour qui ne servent à rien, ou alors peut-être à faire des guirlandes pour faire rire les enfants, tu te souviens ? Les mots et la musique, c'est pour racler le temps, faire le figurant, la silhouette sombre tout au bout du couloir de la grande illusion, un monocle dans le cul, le tout en noir et blanc, histoire de dramatiser nos vagabondages de chaloupes en cellophane. Jouer encore la folie en mi mineur édulcoré avant les coups de marteaux secs sur les clous qui nous soudent. Rien, c'est toujours rien, un fable à tricher entre deux lampées de gnole, une évocation sourde de ce qui pourrait être, un soleil, la fleur rouge et les pieds desséchés sur les ongles qui poussent et l'âge qui s'endort en criant un mauvais rêve. Cette trouille équilibre au fil du précipice on peut, comme on le dit parfois, la travailler du balancier en publiant ses ailes courtes. En oubliant ses ailes courtes, on prend plaisir au ventre à terre, on se retourne encore un peu, un mouvement d'épaule ou de nuque, si c'est toujours possible malgré les attaques grinçantes de la rouille. Le bulbe des tulipes ouvre encore un velours après quelques hivers ressassés sous la terre. Comme une chanson oubliée, que l'on pourrait chanter quand il faudrait l'enfouir. Je m'embulbe à zéro, je ne commence rien, je prépare lentement l'effritement. Je pense au vide, rien ne change. Je me calfeutre. Quelques autres, aux couleurs plus vivaces, font tourner la machine.
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mary
| Envoyé samedi 22 octobre 2005 - 08h50: | |
Pour répondre à Rob un poème d’Edward Stachura (1937 - 1979) (Je sais Rob que tu n’aimes pas mes traductions mais tant pis et la tentation est trop forte) *** "Anathème sur la mort" Il y a ceux qui naissent. Il y a ceux qui meurent. Il y a ceux qui n'ont pas assez. Oh ! féodale propriétaire de nos jours et de nos nuits la belette des champs de morts, dévoreuse des derniers sueurs, princesse des Tartares, fiancée éternellement jalouse, troubleuse de l'eau, luxurieuse tentatrice, moisissure des caves, mythique venin, empoisonneuse précoce, fondatrice de lignage des Borgia, muse du ghetto, tour en os, arche en os, portail en os, rose en os, rouille destructrice, palmier d'impatience caché dans la queue du paon, sombre machinerie, drapeau assurément mi - baissé, étouffeuse d'étincelles, bruit dans la tête, toi, qui permets de dévorer les blés et les frêles céréales d'automne Qui t'a donné cette arme perçante, grossière folle ? Et un autre de... Tadeusz Rozewicz (1921-) « un rescapé de l'abattoir » (d'Auschwitz) *** la vie quel beau cercle parfait parfaitement rond faibles malheureux les jeunes gens essaient de s’y dérober d’y échapper ils tentent de briser de casser de changer le cercle en un carré noir ne t’enfièvre pas ne te presse pas ne désespère pas il ne faut pas ! attends patiemment n’accélère pas ne porte pas la mains sur toi la seule la vraie sortie de ce cercle c’est la mort attends ! ça viendra tout seul sans démarches sans larmes sans gestes inutiles sans lettres d’adieu par la naissance ensanglanté aveugle criant tu es tombé dans le cercle enchanté ton cercle de craie plein d’ombres et de lumières idéal parfaitement clos c’est le dernier Dieu à être vivant par la mort tu en sortiras donne-moi la main
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