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66 zone franche - Le forum de Francopolis » Textes » A R C H I V E S » Les textes du 01.09.2005 au 28.02.2006 » On pourrait en parler.... « précédent Suivant »

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Rob
Envoyé jeudi 03 novembre 2005 - 14h43:   

L'écriture pour donner, c'est un raccourci confortable. Dans ma réalité je crois que c'est surtout pour recevoir. D'ailleurs le mot "donner" voudrait que l'on se place à l'endroit privilégié de celui qui a les outils forgés pour donner. L'écriture à mon sens elle est dans le fragile et dans le doute. Personne ne veut jamais en parler de cette équation bizarre. Comment pourrait-on se sentir rempli de messages à faire passer. L'écriture est dans la peau, dans le douloureux de la communication, sous le temps précieux que le lecteur improbable peut perdre à lire le suc de l'autre parce que peut-être affleure une connivence de passage. Je ne peux plus concevoir le "poète" en passeur de mots, en voyageur éthéré, en donneur de la parole bonne.
Le résultat n'est jamais que l'assemblage d'outils effilés au fil du temps, un cliquetis de lames, un bruissement de soies, rien qui ne permette l'illusion de donner. Au contraire, l'écriveur dans ses doutes, il attend, l'autre, le voisin, celui qui va lui rendre un bout de sa vie.
Le temps passant, il faudrait changer la posture, il faudrait savoir que le maniement de l'outil peut aussi bien couper que tricher, que parfois l'écriveur est tombé de l'image, j'aimerai qu'il le sache, et toi et moi, que nous sommes tous fragiles et orgueilleux, et dans la démesure.






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Leezie
Envoyé jeudi 03 novembre 2005 - 16h42:   

salut et affection, voisin de la colline d'en dessus (fait beau chez toi? en bas c'est alternativement soleil et nuage, mais il fait bon),

je pourrais dire que je suis complètement d'accord avec toi, mais ce n'est pas exactement ça, je suis seulement complètement d'accord quand tu protestes à l'idée que les écriveurs sont des donneurs, du moins sont forcément des donneurs généreux

mon avis, c'est qu'il en est des textes comme des gens : il y a des gens généreux et partageurs, et des gens avides et vampiresques... et c'est pareil pour les textes, certains sont authentiquement des dons et des partages et d'autres des demandes et des agressions

et cela quelle que soit leur forme ou leur qualité, et aussi quelles que soient les professions de foi de celui qui écrit. j'hésiterai autant à croire quelqu'un qui dit nommément "j'ai écrit ce texte pour vous le donner" que celui qui écrit "j'ai écrit ce texte pour vous faire mal", je ne suis pas sûr que l'auteur soittoujours complètement conscinet de ce qu'il fait vraiment

mon autre avis, c'est qu'il n'y a sur terre personne de complètement génréreux et partageur tout le temps, et donc que cela aussi dépend du moment et de l'intention, et là encore, indépendamment de la qualité et de la forme employée

donc, mon avis résumé c'est qu'un texte peut être posté sur un forum

- pour partager réellement avec les autres humains une expérience chère qu'on a vécue

- pour affirmer sa propre existence, surtout à ses propres yeux d'ailleurs

- comme torpille de service, pour faire mal

- comme appel au secours, parce qu'on ne sait absolument pas quoi faire du mal être qu'on éprouve

-pour demander instamment quelque chose

- parce qu'on s'ennuie et qu'on a fait un texte

- pour avoir des avis littéraires et l'améliorer

- pour faire acte de présence, et donc de pouvoir

- parce qu'on est fier de ce que l'on a composé et qu'on a envie de le montrer, et qu'on est convaincu de sa beauté

etc.... etc... etc....

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Leezie
Envoyé jeudi 03 novembre 2005 - 16h47:   

d'autre part, je n'ai pas développé dans le message d'en dessus, mais j'ai un peu l'idée (et ça je sais que tu ne la partages pas) que les textes sont des êtres par eux-mêmes, surtout lorsqu'ils font partie d'un corpus plus grand, qu'ils peuvent vivre leur vie tout seuls, et séparés de leur auteur

donc je pense aussi qu'il y a une indépendance entre les textes et ce qu'ont voulu faire les auteurs (partager, donner, faire mal, appeler au secours, demander des conseils etc...)

les textes peuvent à mon avis jouer un rôle différent de ce qu'avait prévu l'auteur
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oui, en parler...
Envoyé jeudi 03 novembre 2005 - 22h34:   

Oui, Leezie.

Et l'on écrit pour survivre, très tôt, très jeune, quand le monde vous tombe sur la tête. Tout simplement. Parce que l'on a voulu partager ou voir si qqn a déjà ressenti ce que l'on a éprouvé si fort, si émouvant, tellement capable de nous donner envie de rester au monde : par exemple, l'odeur extraordinaire d'un feu de feuilles mortes en automne , dans une cour, alors que rien d'autre, rien, n'a jamais eu cette poignante et irrésistible douceur...
Et l'on écrit plus tard parce que cette odeur est toujours présente, parce que l'on a lu, parce que l'on a voulu tenter de communiquer, de la partager, tellement c'est merveilleux et tellement il semble impensable que l'on n'en parle pas alors que l'on évoque autour de vous tant de choses ininteressantes, tellement il semble insupportable que certains ne connaissent pas ce bonheur, ce viatique. Et l'on écrit avec une infinie tendresse. Puis l'on écrit plus tard parce que l'on aimerait faire partie d'une grande famille, choisie selon une sensibilité fraternelle, une famille qui serait lointaine, et immense, donc moins susceptible de nous décevoir, et de nous manquer, et de nous tuer, une famille qui, enfin, aurait la même sensibilité à tout ce qui nous touche si profondément et que personne ne semble voir. Sans doute écrit-on parfois pour ne pas se sentir un mouton à 5 pattes... et parfois, bien plus tard, pour se sentir encore cette étrange bestiole que certains ont aimée.
Et l'on écrit enfin parce que là est notre accomplissement personnel, et aussi notre façon d'essayer de créer quelque chose qui durera plus longtemps que nous et que nous aurons voulu part de nous-même. Ce n'est pas réfléchi, ce que j'écris là, c'est simplement un témoignage.
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suite
Envoyé jeudi 03 novembre 2005 - 22h36:   

C'est parti avant que j'ai signé ... et réfléchi ! : Lilas.
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re -suite
Envoyé jeudi 03 novembre 2005 - 23h19:   

Quand à l'émotion succède la réflexion...

Rob, je signe évidemment ce que vous écrivez ci-dessous:
" L'écriture est dans la peau, dans le douloureux de la communication, sous le temps précieux que le lecteur improbable peut perdre à lire le suc de l'autre parce que peut-être affleure une connivence de passage. Je ne peux plus concevoir le "poète" en passeur de mots, en voyageur éthéré, en donneur de la parole bonne. "

Peut-être ai-je mal compris le passage suivant :
Le " cliquetis de lames, (le) bruissement de soies" : il existe bien , par la suite, mais l'image évoque les outils, non les sources de l'écriture. ET l'écriture qui défend un cause ou dénonce, ou bien celle qui aime et/ou chante, peut effectivement fournir "l'illusion de donner"... à ceux qui en ont sans doute besoin .

"Au contraire, l'écriveur dans ses doutes, il attend, l'autre, le voisin, celui qui va lui rendre un bout de sa vie." :
Oui, l'on attend bien aussi de recevoir qq chose, plus ou moins consciemment. Peut-être simplement l'illusion nécessaire pour continuer à justifier l'écriture?

"le maniement de l'outil peut aussi bien couper que tricher, (...) parfois l'écriveur est tombé de l'image, j'aimerais qu'il le sache, et toi et moi, que nous sommes tous fragiles et orgueilleux, et dans la démesure." C'est souvent vrai aussi, pas toujours.

Ecrire parce que l'on aimerait n'être plus que musique, accéder à cette sorte de "moi idéal", voilà une autre raison d'écrire que j'éprouve- retrouve fréquemment. Une fuite ? Peut-être.
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suite aussi
Envoyé vendredi 04 novembre 2005 - 00h07:   

(ton premier message, Lilas)

Dans la première partie ( jusqu’à « infinie tendresse »), c’est beau mais tu as la même tendance que Rob, faire un message entre discussion et poésie, moi je suis rarement convaincue par ce genre d’entre-deux, non pas parce que je doute de votre sincérité, en fait je n’en doute pas du tout ni pour l’un ni pour l’autre, (j’ai peut-être tort pour Rob :-)) non je blague) mais parce que c’est typiquement le style de langage qui pourrait être utilisé par quelqu’un de non sincère justement
Mais de toute façon, Lilas, ton « on » n’est pas « on »mais « toi » et toi seulement
Ta deuxième partie, elle, me paraît plus généralisable, oui exactement, l’idée de manque, de solitude et de famille, c’est sûrement, très certainement (ce désir de famille) une raison très commune de poster ses textes. Et dans ce cas, chaque fois que l’on poste un texte ce serait comme tisser un lien avec elle ou le renforcer.
En tout cas, c’est une raison que j’ai éprouvée moi très intimement. Je ne l'éprouve plus du tout j'ai compris que les familles du net c'était du flan, on progresse à tout âge

Pour ta troisième partie, où tu dis qu’on cherche l’immortalité, je ne sais pas… sur le net ce n’est justement pas très durable, si ?


Leezie
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jml
Envoyé vendredi 04 novembre 2005 - 14h59:   

LE CŒUR BATTANT


Je dors un œil sur la porte et l’autre dans le rêve, le cœur battant, une main pleine de sang et l’autre tachée d’encre. Je vais rarement dans les grandes surfaces où la foule se presse. Certains jours, c’est comme la guerre dans ma tête. Tous me regardent avec des balles dans les yeux, des couteaux dans les mains. Des barbelés de cris déchirent le silence. Les voix qui m’interpellent ont la gorge tranchée mais continuent de crier. Je dois longer les murs. Mes neurones titubent et font la courte échelle pour enjamber la peur. Pour survivre, je dessine un sourire quelque part, une caresse sur ma peau, une lumière dans la pluie, un ourson de peluche dans les bras des soldats. Je nomme le poisson pour ne pas me noyer, le battement d’un papillon pour apprendre à voler, la douceur d’un œuf pour briser ma coquille. Je ne sors plus sans un crayon.

4 novembre 2005
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pour Leezie , Rob , JML et tous
Envoyé vendredi 04 novembre 2005 - 18h38:   

Bonsoir Leezie, !
Comme la réponse de JML est belle et vraie et traduit bien ce que je ressens !
Mais abordons plus prosaïquement la discussion .

... Si tu savais le nombre d'auteurs, certes pas de "premier plan", mais connus, et aussi, de façon plus générale, d'artistes, que j'ai rencontrés et pour qui l'écriture était survie ou quelque chose de très proche, une aide à vivre, parfois une béquille, fondamentale, indispensable, pour qui le mode d'expression choisi était survie ... C'en était décourageant : à croire que le monde n'était qu'une machine à blesser ...Je t'assure que je n'exagère pas . Plus précisément, la proportion en était telle, de ces rescapés grâce à l'art, que c'en était étonnant.

Finalement, cela ne m'étonne plus car la conscience aiguë de la vie ne peut que générer l'angoisse et il faut tellement de bonheur pour atténuer ou annuler cette impression que peu de personnes ont la chance d'en bénéficier, surtout toute une vie durant.
C'est pour cette raison que j'ai utilisé le "on" au lieu du "je" , tout en ayant conscience de ce que cette généralisation pouvait avoir d'abusif.
Si l'on veut parler net, il faudrait une enquête statistique... Et ne pas avoir "choisi" les personnes rencontrées "en profondeur" en fonction peut-être d'une inconsciente "parenté". Là est très précisément la limite à ce que je disais plus haut.

Et j'ai conscience aussi que "ce que l'on dit de soi [et des autres, certes, aussi]est toujours poésie".

Leezie, peu de familles ne sont pas "du flan". J'en suis persuadée. J'espère avoir tort.

La recherche de la beauté, et d'une sorte de sublimation dans et par l'écriture n'est pas la même chose, il me semble, j'y réfléchirai encore, que la recherche d'"immortalité". Cette dernière suppose "les autres", alors que l'on cherche d'abord "pour soi", pour la justification de notre existence, à nos propres yeux. Mais il faudrait que je relise pour voir si je n'ai pas généralisé une fois de plus ! Or le repas à faire ... mais je te (vous) retrouverai avec plaisir ce soir ou plus tard.
Amicalement, Lilas
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Leezie
Envoyé samedi 05 novembre 2005 - 00h32:   

re-bonsoir Lilas
j'aime bien tes messages, sous ton apparente douceur il me semble voir de la vraie douceur
par contre j'ai lu plusieurs fois ce que tu disais pour tenter de capter bien ce que tu disais, et je suis étonnée que toi et les artistes dont tu parles considèrent l'activité artistique comme une béquille alors qu'elle est complètement inhérente à l'état humain, l'un ne vas pas sans l'autre et on peut même définir l'homme comme cela, l'animal qui a une activité artistique (puisqu'on ne peut pas le définir come l'animal qui pratique un langage)
donc oui, non seulement ces artistes dont tu parles ont souffert mais en plus ils auront été amenés à considérer l'activité qui les sauvait comme presque illicite alors qu'elle est activité humaine normale (en principe, et qui devrait constamment l'accompagner) et elle sert même à définir l'homme

le poème de jml est beau et il est vrai aussi, par contre c'est un poème, pas une réponse...un poème pourrait être une réponse mais pas tellement dans ce contexte où des questions prosaïques avaient été posées

j'ai re réfléchi à ce que disait Rob au début et je me dis qu'il a quand même bien raison d'un côté : celui qui pose un texte est souvent un demandeur pas un donneur
le donneur serait celui qui commente

(par contre le lecteur, commentateur ou non du texte, peut recevoir ce texte comme un vrai don, alors que l'auteur n'aurait été qu'un demandeur)
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Claire C.
Envoyé lundi 07 novembre 2005 - 21h11:   

Moi je trouve que l'art ressemble au jeu (et particulièrement au jeu partagé).
Ca me renvoie à des concepts psy: l'objet transitionnel; l'espace transitionnel (Winnicott, un vrai génie de la relation précoce).

Un espace et un objet qui circulent entre deux personnes, créés par l'une au début, mais immédiatement et forcément création commune. Objet et espace dont la beauté émouvante tient justement à la double création, l'apppartenance commune.
Quelque chose qui n'appartient à la fois à personne, et à soi et à l'autre.
Et c'est pour ça que la fierté du créateur me semble tout à fait pure...............la question narcissique n'est qu'un artéfact, ça n'a aucune importance.
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Jean-Marc
Envoyé mardi 08 novembre 2005 - 16h26:   

Je suis bien d'accord avec ton approche Claire ; il faut dépasser la question du narcissisme et de l'égo qui ne permet vraiment pas de saisir ce qui est à l'oeuvre dans la poésie.

Je crois que personne n'est vraiment dupe des motivations psychologiques qui peuvent amener un auteur à poster ses textes sur un forum. Je pense aussi que la démarche poétique par l'exploration intérieure qu'elle suscite conduit l'auteur à s'interroger naturellement sur son égo et à mieux en dépasser les reflets ; idéalement elle lui permet d'entrer en contact avec soi, de mieux éprouver sa vraie nature individuelle;

Quant à l'envoi du poème et à sa réception, c'est une façon de continuer ce voyage dans la rencontre avec l'autre. C'est une recréation qui est en jeu, avec ses résonnances et ses écarts, une mise à l'épreuve de la poésie dans son pouvoir d'énonciation.

Ce qu'il y a de plus surprenant pour moi c'est que la poésie du je - en tant que mouvement de la subjectivité extrême, et pas simple affirmation de l'égo - puisse rencontrer l'autre, éveiller un écho voire être prolongé de façon inattendue.

Il y a là une aventure commune qui est celle de la poésie, dons et contre dons s'enchevêtrent comme dans un potlach. Fierté oui mais sans les oripeaux de la vanité.

Juste courir une aventure
où il s'agit moins du je que de la rencontre de l'autre en soi et hors soi.

une marelle sur l'échiquier des mots
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Isa
Envoyé vendredi 11 novembre 2005 - 23h31:   

Voui, l'analyse des motivations psychologiques de l'écriture (les causes) n'est pas d'un grand intérêt, surtout si elle se teinte de délectation narcissique dans une sorte de culpabilité. La notion d'échange (le but ?) ça c'est intéressant, je trouve. Un texte pas abouti mais sur ce sujet :

Iles

Chaque autre est une rive ignorée
Toute île humaine est solitaire
Isolat corallien
Roche tendre et récif acéré
Profonde la mer pour si peu de terre.

Stérile l’île, hâve le rivage
Seul le sable blanc de l’érosion
Isolat minéral
Si n’arrive inopiné l’échouage
De graines grosses de multiplication.

Ainsi surgit la vie qui croît et meurt
Et sa mort fait un terreau fécond
Isolat foisonnant
Où le hasard joue ses plus riches heures
Humaine endémie, diversification.

Changeant, d’une île à l’autre, en onde
Le flot transporte et se répercute
Isolat façonné
Avide des échos d’un autre monde
La grève lève où la vague butte.

Quand lourd de souvenirs concrétionnés
Peu à peu sous la ligne de flottaison
Riche, sombre l’atoll,
Cet univers meurt s’il n’a disséminé
Aux mouvants courants ses espoirs de floraison.
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pour Leezie
Envoyé mardi 15 novembre 2005 - 00h56:   

Leezie, excuse-moi je te prie, de n'avoir pas répondu. Je suis désolée : je n'oublie pas mais depuis ... tant d'événements , publics et privés, ont fait et font que je "survole", assez régulièrement toutefois.
Sans renoncer.
je pense avoir plus de temps la semaine prochaine.
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Leezie
Envoyé mardi 15 novembre 2005 - 13h10:   

oui d'accord, Lilas...
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Rob
Envoyé mardi 15 novembre 2005 - 14h04:   

J'ai tout lu évidemment et au final je reste persuadé que celui qui écrit ne donne pas grand chose mais par contre veut recevoir beaucoup. Je crois qu'aucun acte de vie n'est innocent, je crois que chaque individu est un minable, et de temps en temps il tente de le transposer, histoire de s'oublier si c'est possible. Si on adopte cette optique, on peut arriver à s'aimer bien, on rentre dans le jeu. C'est quand même hallucinant d'imaginer que sa petite tranche de vie puisse, par une juxtaposition de mots, établir une connivence. Ca se passe comme dans les puzzles, on cherche la pièce, la fameuse qui n'offre qu'un détail, un nuage plus prononcé que l'autre. L'écriveur ne donne rien, il prend. Il profite du bagage culturel de l'autre, il est peut-être sournois et efficace, au final, il se montre.

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Isa
Envoyé mardi 15 novembre 2005 - 14h39:   

Vision étonnamment égocentrée, Rob, et curieuse délectation de l'auto-jugement moral ("innocent", "minable", "sournois"). Est-ce qu'on n'écrit que de sa tranche de vie ? On (enfin je, mais j'imaginais que c'était pareil pour les autres), on écrit de ce tout qu'on reçoit et qu'on métabolise, lectures, histoires racontées, entraperçues ou supposées, réflexions échangées, et non seulement de sa propre vie, très peu pour moi. Par ailleurs, la recherche du plaisir, dont celui d'être lu, n'est pas un péché, ou bien ?
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Rob
Envoyé mardi 15 novembre 2005 - 15h10:   

Le pêché n'existe pas, on se fait lire en attendant le retour et si possible, se retrouver placé en haut de l'escalier. C'est si difficile que ça d'admettre qu'on écrit pour plaire aux autres ?
On utilise les vieux outils pour se faire embrasser sur l'oreille, ou sur la narine, pourquoi pas.
Hop, tu glisses un texte, exaltation passagère, sur un forum à vocation littéraire. Tout le monde s'en branle, c'est désagréable. Bien sur, moi je vais me dire, ils ne comprennent pas, ils ne me méritent pas, ils sont cons. C'est vrai que souvent ils sont cons mais mon but au départ, c'était de comptabiliser les indices de satisfaction comme en politique, alors quoi ? déception, faut changer les mots ? les gens ? me changer, moi ? Impossible, je déballe tout et ces monstres impavides s'en foutent. Il reste aussi la solution satisfaisante du ping pong, c'est beau ce que tu écris, toi aussi, c'est beau, nous sommes beaux.
Le plaisir d'être lu, je sais que c'est un plaisir trouble et je n'ai rien contre, au contraire, mais j'insiste, l'écriveur à mon sens, cherche le retour et ne donne rien, tout est tourné vers lui-même.
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Isa
Envoyé mardi 15 novembre 2005 - 15h53:   

Mais on s'en fout de ça, cette auto-analyse de la motivation plus ou moins reluisante. Je l'ai déjà dit 3 fois, quoi ! c'est pas un matériau pour faire quoi que ce soit avec !! Voilà ! Par contre, des fois , les textes des autres, c'est du matériau. Pas forcément pour écrire, juste pour lire, pour rêver ou pour penser, voire s'énerver :-)
Par ailleurs, le péché n'existe pas, dis tu et je suis bien d'accord en matière d'écriture, mais c'est bien toi qui parle de non innocence, de plaisir trouble, de sournoiserie, non ?
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Rob
Envoyé mardi 15 novembre 2005 - 16h03:   

"mais c'est bien toi qui parle de non innocence, de plaisir trouble, de sournoiserie, non ?"

exactement, je parle de l'homme exacerbé par l'outil de l'écriture. l'écriveur est une pute qui perd du fric, c'est pas beau ça ?

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tamos
Envoyé mardi 15 novembre 2005 - 16h11:   

tiens, une discussion intéressante !

bien sûr que le péché n'existe pas, 'sournoiserie' c'est ce mensonge à soi-même qu'on se fait en faisant croire qu'on donne alors qu'on veut prendre, mais sinon on n'est coupable qu'envers soi-même, c'est pas un péché et le péché comme dette n'existe pas

Rob, d'ac avec toi entièrement, celui qui met son poème, c'est pour prendre, sinon il ou elle le mettrait seulement à la poste avec l'adresse de sa bien aimée ou son bien aimé (s'il est pas comme Cadou qui avait l'objet de ses poèmes juste à côté dans le lit :0) quelle chance)

mais tu dis ensuite si j'ai bien compris qu'il est piégé et par la lecture des autres se montre (donc donne?)
moi je dis que même quand il se montre il prend, puisqu'il y gagne un poids d'existence

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Rob
Envoyé mardi 15 novembre 2005 - 16h21:   

Quand on expose, à mon avis, on souhaite un retour.
tout ça c'était en fait pour répondre à un texte de Jml, que je trouvais un peu trop "donneur" .
A cet instant je pense qu'il s'était laissé emporter par sa plume, et pourtant il maitrise, le bougre.
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Rob
Envoyé mardi 15 novembre 2005 - 16h24:   

"Mais on s'en fout de ça, cette auto-analyse de la motivation plus ou moins reluisante."

pour moi c'est très important, on ne peut pas écrire sans le savoir, ou alors on triche.
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isa
Envoyé mardi 15 novembre 2005 - 17h34:   

Toujours des mots de "péché" : tricher. Comprends pas, dialogue de sourds, non ? Dois être complètement amorale. Désolée.
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Jean-Marc
Envoyé mardi 15 novembre 2005 - 19h16:   

Oui ça ressemble à un dialogue de sourds...Rob tu as il me semble aussi une vision très égocentrée de la poésie, comme si c'était le je qui importait, alors que c'est du jeu avec le tu...qu'elle puisse avoir une fonction narcissique c'est l'évidence et ce n'est en rien condamnable, mais je trouve cette dychotomie donneur/ receveur complètement superficielle et tu en fais un usage moralisateur teinté de culpabilité assez surprenant.

A te lire on a l'impression que le poète est une sorte de banquier rapace qui capitalise les bonnes paroles - un méchant capitaliste dans l'ordre symbolique donc . Il exploiretait la crédulité du lecteur innocent qui lui n'a pas encore fauté, commis la vilain pêché d'égo, car c'est bien connu tous les poétes sont des mythomanes et le poésie n'est là que pour construire une légende dorée et recueillir un jour de célestes lauriers. Dès lors ne pas admettre cela, ce serait être un tricheur, un sournois comme golum !

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Jean-Marc
Envoyé mardi 15 novembre 2005 - 19h23:   

le poète est-il un loup pour l'homme ?
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tamos
Envoyé mardi 15 novembre 2005 - 21h43:   

Je suis le seul à avoir replacé la réflexion de Rob dans son contexte?
il disait ça à la suite d'un texte de jml qui disait plusieurs fois qu'il 'donnait'avec sa poésie et à la suite de ça il y avait des remarques sur le don, les gens étaient d'accord, c'était bien un don qu'il faisait etc...
et Rob remettait en question ce consensus
j'ai pas le courage de rechercher le thread

et je rajoute une chose de moi
Rob n'a pas dit forcément 'le poète' il a dit 'l'écriture pour donner' donc il parlait plus des écriveurs et écrivants comme il dit que des écrivains et des poètes

et bien sûr que le 'je 'est tout ce qui compte dans ces textes postés, bien sûr
le 'tu' tous les 'je' s'en foutent

ou alors c'est qu'ils sont vraiment dans le premier degré de la demande, postant un texte pour dire précisément quelque chose à quelqu'un de précis, mais c'est quand même pas toutes les fois


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Rob
Envoyé mardi 15 novembre 2005 - 23h00:   

Heureusement que tu es là, j'avais l'impression de m'exprimer dans un dialecte incompréhensible, ton intervention me rassure. Je me suis probablement emberlificoté les mots parce que dans les réponses je n'arrivais plus à retrouver ce que je voulais évoquer. Ca dérive parfois et puis on perd le sujet de départ. C'est amusant finalement.
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jean-marc
Envoyé mardi 15 novembre 2005 - 23h48:   

le "je" n'est qu'une illusion narcissique, le mirage de l'égo qu'il faut traverser pour trouver le soi, et il n'est nul besoin d'être Arthur Rimbaud pour savoir que je est "un autre".
Ce qui compte c'est la poésie et son pouvoir d'énonciation, comme conductrice d'étincelles et passerelle jetée entre deux abîmes.
Justement je pense que la poésie- nous sommes bien sur un forum de poésie- permet de dépasser la question narcissique et finalement les limites de la psychologie ordinaire, car au fond c'est cela qui me gène dans cette problématique du donneur/ demandeur c'est de vouloir soumettre la poésie aux règles communes et trop humaines de la conscience , comme si la poésie n'apportait aucun éclairage et ne suscitait aucun écart, aucune mise à distance.

Elle est un don en ce sens qu'elle implique une forme de dévoilement de soi et une exploration du langage qui dépasse le simple exercice de style. Quand je lis JML, j'ai le sentiment d'un don, car il révèle beaucoup de choses de lui-même et sa poésie donne à voir et à entendre autrement le monde.

Qu'elle soit un don ne signifie pas qu'elle n'ait pas quelque intérêt sur le plan narcissique ; je pense qu'on peut la ressentir autrement mais quand JML parle de don je pense pouvoir dire qu'il exprime sa pensée en accord avec sa sensibilité sa façon d'être. Qu'il ait don ne signifie pas qu'il n'y ait pas contre-don du lecteur où que celui-ci soit mésestimé. Je ne vois pas très bien l'intérêt de quantifier les choses. Au fond le vrai don c'est celui de la poésie au créateur, car elle demeure inexplicable dans son jaillissement sa croissance et l'égo n'a pas grand chose avoir avec ce mystère, cette "bouche d'ombre."





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tamos
Envoyé mardi 15 novembre 2005 - 23h58:   

faudrait déjà que tu arrêtes de dire des trucs comme "le poète est-il un loup pour l'homme", aphorisme vague et flou dans un débat qui n'était ni vague ni flou

quant à ton histoire du 'je' qui est une illusion, crois-moi, ceux pour qui le 'je 'est réellement une illusion, et sont immergés dans l'impermanence et la recherche de ce qui est sous le 'je' pensant aimant et souffrant, ne perdent pas leur temps à poster sur un forum littéraire

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pastel
Envoyé mercredi 16 novembre 2005 - 00h04:   

quand on sourit, quand on regarde l'autre, quand on écoute, quand on parle.
est ce un don ou une demande?
car la poésie fait partie de ces expressions là
elle fait partie de l'humain
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Jean-Marc
Envoyé mercredi 16 novembre 2005 - 00h15:   

"quant à ton histoire du 'je' qui est une illusion, crois-moi, ceux pour qui le 'je 'est réellement une illusion, et sont immergés dans l'impermanence et la recherche de ce qui est sous le 'je' pensant aimant et souffrant, ne perdent pas leur temps à poster sur un forum littéraire "

et pourquoi pas ?
au contraire c'est cela le chemin du soi


"le poète est-il un loup pour l'homme"
c'était un peu facile je le reconnais mais il est permis de sourire...

bonne soirée
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tamos
Envoyé mercredi 16 novembre 2005 - 00h49:   

'et pourquoi pas ?'
parce qu'ils ont pas le temps

'au contraire c'est cela le chemin du soi'
le chemin du soi c'est de poster des textes sur un forum?


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Juan-Marco
Envoyé mercredi 16 novembre 2005 - 01h14:   

et pourquoi pas diable ? c'est paradoxal mais le chemin de soi n'est pas à rechercher qu'en soi...comme la solitude s'éprouve aussi au contact des autres
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Rémy
Envoyé mercredi 16 novembre 2005 - 02h48:   

Moi je ! Mon grain de sel !

Moi quand je poste un texte, un micropouem ou bien une histoire, c'est pour partager. Pas seulement pour donner : pour donner le texte, oui, pour donner le sourire, presque toujours, et puis pour recevoir de la considération et des compliments. Et je n'en n'ai pas honte du tout. Pour les micropouems c'est très clair : j'ai trouvé une pépite, un assemblage de mots remarquable ; je l'ai habilement façonnée polie orientée et montée en épingle ; et je montre-donne le tout pour que les gens profitent eux aussi de cette trouvaille et pour qu'ils admirent mon travail d'orfèvre. Il n'y a pas là-dedans la moindre tricherie, mais pas non plus d'autoduperie : enfin quoi, un peintre, quand il vous montre sa dernière toile en disant ah regarde, je l'ai bien réussie celle-là, est-ce qu'il donne ou est-ce qu'il prend ? Est-ce qu'il triche, est-ce qu'il y met toute son âme et toutes ses tripes ? Rien de tout ça : il a eu de l'inspiration, il a bien travaillé, il est heureux de vous montrer son oeuvre et il espère que vous serez heureux de la regarder, et que vous le lui direz, et tout ça baigne dans la saine simplicité-complexité du partage. Après ça évidemment vous vous êtes ému parce que l'oeuvre vous remue, vous êtes jaloux parce que vous ne sauriez pas en faire autant ou parce que vous n'avez pas les sous pour l'acheter, ou bien vous pensez peuh, j'en ai fait des trois fois mieux - ben dites-le ! Dites "rrrrââââh c'est dé-gueu-lasse !" et le peintre sourit héhé, ça fait de l'effet, n'est-ce pas ! Dites "ho putain j'aimerais bien arriver à en faire autant", et il répondra aaaah, c'est toute une vie de travail, et puis c'est pas tout le monde qui a la chance d'avoir le bon oeil ! Dites "houa la vache, combien tu vas le vendre ?" et il dira ah çuilà j'en veux un bon prix, il est bien réussi, je ne vais pas me le laisser prendre pour rien. Dites "Ah, pas mal... T'as vu mes trois derniers ? Y sont bien réussis aussi." et il s'engagera une discussion qui fera pétiller l'inspiration et l'envie de créer de part et d'autre.

Sinon moi je poste aussi des réponses aux freds de discussion, en général pour récriminer, pour argumenter et batailler, pour le plaisir du contact humain, voilà. Pas seulement pour donner, non, enfin quand on papote avec des amis est-ce qu'on donne ou est-ce qu'on prend ? Les deux, non ? On donne des idées, du temps, de l'attention, et on prend des idées, du temps et de l'attention. On partage, on échange, quoi.

Dans le temps je postais pour me moquer et faire honte aux autres, ou pour démolir leur argumentation, ouc.. Mais j'ai arrêté : ils me donnaient de la méchanceté en échange, et en fait, la méchanceté je n'en n'ai ni besoin ni désir. Je crache dessus, ptouh.
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ganapatrak
Envoyé mercredi 16 novembre 2005 - 05h58:   

Ecrire:
"Il n'y a pas là-dedans la moindre tricherie, mais pas non plus d'autoduperie..."
- nous sommes d'accord
"l'écriveur à mon sens, cherche le retour et ne donne rien, tout est tourné vers lui-même."
- à l'image de cette société recroquevillée sur elle-même, vouée à la rétentiobn sous toutes ses formes, coupée du miracle d'ETRE.
"...nul besoin d'être Arthur Rimbaud pour savoir que je est "un autre"..."
- Mais si... mais si...
"Juste courir une aventure où il s'agit moins du je que de la rencontre de l'autre en soi et hors soi... une marelle sur l'échiquier des mots."
- Nous sommes d'accord!
"Moi je trouve que l'art ressemble au jeu...
...Objet et espace dont la beauté émouvante tient justement à la double création, l'apppartenance commune. ...Et c'est pour ça que la fierté du créateur me semble tout à fait pure..."
- Et la note - votre note, votre diapason - purs, eux aussi... en harmonie! Vous tenez la route.
"...nous sommes tous fragiles et orgueilleux, et dans la démesure."
- Ben oui, et la démesure est une clé... pour passer outre... dépêchons!




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ganapatrak
Envoyé mercredi 16 novembre 2005 - 19h45:   

« PASSER OUTRE »
Sous la pellicule des mots il y a l’os, le rocher en creux, la vérité saugrenue, le vide essentiel, l’immense, l’universelle vibration, notre ressort, notre lointain ressort, notre bégaiement de cyclope.
Dire, nommer, rendre compte est impossible. Parler n’est que le vagissement, la minuscule amorce du geste. « Je t’aime » est dérisoire si le sein se dresse, si la lèvre s’infléchit, si l’oeil danse. Au regard du corps en liesse, les mots sont flasques.
L’amour gonfle dans la peau, les phrases se débinent. Pourquoi écrire ? Pour survivre. Mais survivre, c’est mourir... alors écrire serait une célébration du temps mort, un cinéma de l’absence ?
Et le mot une débandade, une vaine copie du verbe ?
Aaaargh... dérision, démission... où est donc l’amorce divine, l’arc rimbaldien qui va lancer la flèche nucléaire ? Où, l’alchimie du verbe ?
Cherchons l’os. J’écris : ma vie est tiède. Mon taux d’existence, mon coefficient jubilatoire, ma courbe dyonisiaque ressemblent à un encéphalogramme plat... je suis mort... c’est le moment !
Adossons-nous à la mort et poussons. Foutons le camp.
Brûlons nos vaisseaux. Initions-nous, éveillons-nous aux nuages, dérivons le temps qu’il faudra. Soumettons-nous au jugement des fleurs : elles sont les spécialistes de la mort, elles sont le verset sacré, la preuve cent-mille milliards de fois répétée que la mort n’est qu’une pirouette de la vie, une plaisanterie - un peu hermétique - de l’univers.
Fleurs, papillons, mots : à rigoler. A mourir de rire. Foutons le camp. Naviguer est dangereux. Mais il est nécessaire de naviguer. Il n’est pas nécessaire de vivre. La mort n’est pas faite seulement pour les chiens et les fleurs. Nous n’arrêtons pas de mourir. Une véritable manie !
Ecrire, c’est reculer pour mieux sauter. Pour écrire, commençons par jeter les mots par dessus bord. La perte, le désastre est une bonne affaire. Encore faut-il sauter à temps : voyez les dauphins !
Ecrire-sauter, tout est là.
Passer outre.
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philippe Bray
Envoyé mercredi 16 novembre 2005 - 21h58:   

Très interèssant ce propos.
Je donne mon avis.
Ici et ailleurs mais surtout ici, sur cette zone franche de francopolis, j'ai toujours posté mes messages (des poèmes généralement) pour les faire partager, non pour attendre un retour, le fait est, de toute manière que j'ai toujours eu très peu de retour, ce qui ne m'a pas empêché de continuer de vouloir partager, car si j'avais voulu attendre les retours pour poster à nouveau,je n'aurais pas posté beaucoup.
Voilà ma mise au point et pour l'instant, je ne partage plus, jusqu'à la prochaine fois.

Philippe
http://www.philippebray.net

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ganapatrak
Envoyé jeudi 17 novembre 2005 - 15h59:   

Il semble bien qu'on ne puisse vivre - si l'on veut rêver pour agir et réciproquement - que dans, par et pour les Questions.
Il y a des réponses. Mais elles se transforment implacablement (et insidieusement), au fur et à mesure qu'elles apparaissent, en nouvelles questions.
Notre sensibilité, donc, est toujours relancée, toujours en-deça des choses et nos perceptions, nos facultés d'expression, nos intuitions - que nous cultivons par ailleurs si rarement, nous autres, humains - ne sont qu'un outil de pionnier, une serpette de défricheur ou encore une flûte de charmeur de serpent.
Il faut décidément vivre en trappeur, vivre en plein dans le mythe de Sisyphe: faire route sur un horizon recélant une contrée de mieux en mieux pressentie et cartographiée, mais de plus en plus complexe, de plus en plus riche en arrière-plans et, finalement, toujours plus pharamineuse... et l’horizon continue de reculer, comme tout horizon qui se respecte.
On boit un jus?
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Rob
Envoyé jeudi 17 novembre 2005 - 16h35:   

On trinque, on fait le vide. Quand je pose des questions c'est que je ne sais jamais répondre.la motivation de l'écriture c'est un truc qui m'obsède. Je ne suis pas modeste, je sais que plus ou moins je sais agencer les mots pour dire peu de choses, mais je cherche quoi ? les autres, ils cherchent quoi ?
Il me plait ce long débat, je l'ai initié parce que je ne sais pas. Isabelle (Leezie] que je connais bien éclaire un peu avec d'autres questions, Isa (que je neconnais pas) se durcit et ne veut rien interroger, jean marc c'est un donneur et pourquoi pas, pas de réponses, je fouille, je fouille, un jour je trouverai :o)) peut-être...
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Rob
Envoyé jeudi 17 novembre 2005 - 17h07:   

Et tiens, puisque je suis dans l'insolence et dans ce qu'il ne faut pas dire, je crois que lorsque on écrivaille depuis longtemps on arrive à trouver les ficelles même chez les grands. Parfois en lisant Baudelaire, Rimbaud, Aragon, Vasca ou Bertin, il me semble voir des facilités glissées là pour faire bien, pour attirer le lecteur, une cheville par ci par là histoire de faire jouer le clairon même s'il est en sourdine. C'est normal, l'écriture se montre ou n'existe pas, donc; ce que je veux dire c'est que la sincérité est probablement totale dans le sentiment mais que l'outil pour l'exprimer, il s'affûte au fil des mots.
Et si l'outil s'aiguise c'est qu'on a besoin de ça pour pénétrer chez l'autre et que les poètes le savent et qu'ils auraient tort de s'en priver parce que le beau justement il est dans cette exposition de sonorités et que rien n'est innocent, et c'est tant mieux. Ouf!
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zeio
Envoyé jeudi 17 novembre 2005 - 19h19:   

Je suis complètement d'accord avec ça, rob.
Je crois que les facilités, on les commet d'abord par naïveté et manque d'expérience, ensuite on n'en fait plus du tout (ou presque) parce qu'on en a peur, ensuite encore on en laisse échapper quelques-unes, de manière réfléchie, parce qu'on sait bien qu'on a moins à faire nos preuves et qu'on y a droit...
C'est comme qui dirait, trois phases, dans l'évolution.
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ganapatrak
Envoyé jeudi 17 novembre 2005 - 20h15:   

« ...pas de réponses, je fouille, je fouille, un jour je trouverai :o)) peut-être... .../... Et si l'outil s'aiguise c'est qu'on a besoin de ça pour pénétrer chez l'autre et que les poètes le savent...» Rob

Il n’y a pas de réponse et il n’y a pas de « je ». C’est nous qui sommes en face. Impossible d’y pénétrer par effraction : c’est nous, l’autre, les autres... nous sommes le monde en train de se faire, de nous faire.
Ecrire, la belle affaire ! Faudrait d’abord vivre. Ecrire ou marcher dans la rue sont deux des mille facettes de l’acte de création. On a tout le temps d’écrire. Mais d’abord, faudrait chercher à vivre. S’bouger le derrière. Ouvrir la boîte de Pandore. En prendre le risque, le vrai. Payer. De sa personne. Littéralement (pas littérairement).
Ouvrir le couvercle, oui.
Fouiller, oui. Chercher la lumière. Sans conditions.
Gasp ! Y’a qu’une seule solution pour la trouver : ETRE.
Se laisser tomber... faire sauter la majuscule.
Condition draconienne, étant donné notre société.
Mais si elle n’est pas remplie, si on ne lâche pas le morceau (le coup du singe avec sa main dans la noix de coco...) eh bien... on ne sort pas du leurre grossier : je et Cie... et on n’en finit pas de se payer de mots, de moi. Millions de moi. Tous piégés, ligotés, piégeant et ligotant les autres, tous les autres et soi-même. Coincé, Embrouillé. Ebloui. Déçu.
« Rien n’est innocent et c’est tant mieux. »
A moins que tu décides de remplacer le gadget (toi-même) par un medium.
Un medium ne la ramène pas. Il s’en fout d’être lui ou un autre. Pour ce que ça rapporte de vraie félicité, hein... Il préfère être tout. Tout bonnement TOUT. Ca fait des siècles qu’on promène notre moi en laisse, l’oeil vissé sur la carotte et le bâton des satisfactions, amour-propre, panache, style, preuves de reconnaissance... attention, fragile et pur : c’est moi ! Grrr...
Le medium, lui, n’en a rien à foutre. En toute modestie, c’est le monde qui l’intéresse : ce qu’il y a en lui, en son corps, de monde, de truculence, de plénitude, d’abondance. Et (dieu) sait si la nature est généreuse. Après tout, not’maître et nourrisseur, c’est le soleil. C’est la nature.
C’est la complicité de l’univers.
S’agit maintenant d’y voir clair, pas se tromper de cible. Pas se payer de mots. Regarder l’océan, pas son reflet mignon qui danse sur les vaguelettes.
Oublier son nombril. Pas facile... y’a un goupil en nous, très habile à la rapine...
Si on ne fout pas le camp de son cocon, si on reste à tourner en rond dans le simulacre de quelqu’un, toujours le même : soi-même, ce pauvre type (ce goupil trop docile)... on reste entièrement assujeti au TRUC. On se fait rouler dans la farine. On est un consommateur. Ou un producteur. Même combat. Ne parlons même pas de l’orgueil et autres sous-produits stupéfiants. Que de temps perdu, pauvres de nous, que de hochets, de mirages, de promène-couillons !
Oui, pauvres de nous, les sur-développés, les « je » ! Disons-le carrément : les cons.
Dont je fais partie.
Pour vous servir.
Ouf !
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ganapatrak
Envoyé jeudi 17 novembre 2005 - 20h30:   

Nota bene :
Un paramètre important à propos d’être, de devenir medium : le temps.
Il y faut énormément de temps.
Du temps sans compter.
On n'en finit pas.
De vivre.
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Isa
Envoyé jeudi 17 novembre 2005 - 22h32:   

Ce sont deux choses différentes, ça, l'outil bien aiguisé, bien maîtrisé, les ficelles bien à la main de l'artisan, et la mise à la question de la sincérité de l'écriture en tant que sujet d'écriture.
Toutes les ficelles qu'on veut (fines quand même), et de la vanité derrière, pourquoi pas, on s'en fiche, du moment que ça parle du monde et au monde. Communiquer quoi, pas se confesser. Outrepasser, oui, c'est une belle façon de le dire.
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Hulotte
Envoyé vendredi 18 novembre 2005 - 14h26:   

Cette conversation est très intéressante. Il me semble que l'écriture est l'expression de ce que l'on est, peut-être est-ce cela "donner" ? Puiser dans son ressenti au plus juste et le laisser aller jusqu'à l'autre qui est là, ou non. Pour ma part, j'écris dans cet essentiel, si le lecteur partage, j'en suis heureuse, sinon, je continue ma route d'écriture. Je passe souvent sur ce forum, silencieusement, j'y apprécie certains échanges, d'autres moins, les textes toujours, pour ce qu'ils sont, dans la nudité de leur auteur que j'espère native. Ce qui m'intéresse c'est la marche un peu cahotique parce que vivante, où les gens essaient de dire, simplement. Juste être.
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ganapatrak
Envoyé vendredi 18 novembre 2005 - 14h58:   

Outrepasser/trépasser:
Autre façon de le dire:
Amour redire
Atours du désir
A mourir de rire
Accours! J'expire.
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ganapatrak
Envoyé vendredi 18 novembre 2005 - 15h39:   

Outrepasser/trépasser:
Autre façon de dire...
"L’histoire toujours la même
Jamais le progrès n’a eu cours."

Euh, oui... mais, grrmmmbllll...

A jour de médire
A mourir de rire
Amour lui redire
Atours du désir
A courre et à cuir
A Lourdes un tapir...
Ah! Pourquoi écrire?
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ganapatrak
Envoyé vendredi 18 novembre 2005 - 16h03:   

...sommes d’accord, Hulotte : juste être... vivre juste. Donc, le cas échéant, dire vrai. Instruments de musique... et c’est la vérité qui en joue, se joue de nous, imagine, est inimaginable.
Et nous sans elle, tout juste minables...
Je vous salue, ô Silencieuse.
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Leezie
Envoyé vendredi 18 novembre 2005 - 22h46:   

Hulotte qui passe, ils sont beaux, ton avis et ton chemin...
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gana
Envoyé samedi 19 novembre 2005 - 15h57:   

« la motivation de l'écriture c'est un truc qui m'obsède » Rob

La réponse, que je formule après 50 ans de guet entrecoupé - il est vrai - de plages somnolentes, c’est que nous cherchons par l’écriture, comme par toute expression fervente (la couture, la promenade, le culturisme, l’alcoolisme, la philatélie, la gastronomie, le gardiennage de prison, la physique, la géographie, le lavage de vitres, le yoga, la luxure, le débarras de greniers, la navigation, le papotage, l’élevage d’enfants, l’entomologie, le modélisme, le commerce, le forestage, la calligraphie, la photo, l’horticulture, la fromagerie, l’astronomie, l’horlogerie, la broderie, l’édition, l’acrobatie, la chasse, la facture d’orgues, la couverture en chaume, la brasserie, la dorure à la feuille, la paresse invétérée, la création de marques, la publicité, le polissage du chinois, le peignage des girafes) nous cherchons donc, à travers cet instrument hyper-sophistiqué qu’est notre corps, la Réalité, le MONDE.
Nous sommes là pour ça.
Pour la conscience, l’épreuve (au sens de « épreuve photographique »).
Pour INFORMER le monde, la conscience collective.
Dont la vôtre, la mienne, bien entendu... mais notre cas particulier n’est qu’une anecdote. Ce qui est intéressant, crucial, festif, jubilatoire, c’est la rencontre du monde.
La rencontre de l’autre est donnée au départ puisque nous SOMMES l’autre. Le moi est un brimborion, une anecdote, une excroissance maligne, une verrue psychique, bref : un miroir aux alouettes. Et (presque) tous autant que nous sommes, nous nous épuisons à vouloir traverser ce miroir, abeilles bourdonnant de poèmes (de peintures, de broderies, de séminaires) et butant indéfiniment du front sur l’invisible vitre...
Voyager dans les profondeurs et VOIR (donc, incidemment, DONNER à voir), voilà notre aventure et - comme j’ai pu le lire plus haut dans ce coin du site, en particulier sous des signatures féminines - voilà qui nous met en phase avec l’immense, la fastueuse, l’inénarrable Réalité.
DONNER à voir - un poème, un très bon et très nécessaire kilog de patates (avec en prime un sourire ?), ou encore une brouette, une guitare, une cathédrale - est le produit naturel, la simple conséquence de cette énorme aventure. Ca n’en est pas le but. Le but de l’aventure, c’est la recherche, la découverte, la traque, le pistage, le saut dans l’inconnu. L’acquisition d’une maîtrise. Cette recherche d’une maîtrise, cette traque de la Réalité, c’est l’aventure, c’est la poésie elle-même. Avec, sur le côté de la route, de loin en loin :
- la sueur et le fumier, les engrais, les jours et les nuits transformés par magie en un bon kilog de patates,
- la cathédrale,
- le poème, etc...
Viser au départ le poème, l’Oeuvre, la patate mafflue, le bel ouvrage, la communication, le corps musculeux et fuselé d’une déesse ou encore le délire alcoolique pour eux-mêmes, c’est donner du front contre la vitre.
Notre premier soin : voir. Acquérir une maîtrise. Entrer en parfaite sympathie avec une tranche, une facette de la Réalité.
Etre quelquepart en ce monde et en son corps, au diapason.
Alors, voleur de feu s’étant acquis la complicité de l’univers, écarter les atomes d’un parfum, les vibrations d’une musique, les cordes de la pluie, les tenailles du froid et du chaud... et VOIR.
Re-joindre le monde.
Humblement, éperdument...
Jouissivement : VOIR.
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isa
Envoyé samedi 19 novembre 2005 - 21h08:   

Re-joindre le monde.
Humblement, éperdument...
Jouissivement : VOIR.

Ah oui ! Voilà qui s'entend !
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isa
Envoyé samedi 19 novembre 2005 - 21h09:   

"Re-joindre le monde.
Humblement, éperdument...
Jouissivement : VOIR."

Ah oui ! Voilà qui s'entend !
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gana
Envoyé lundi 21 novembre 2005 - 13h39:   

Ou:
Re-joindre le monde
Humblement, éperdument...
Jouissivement: BALAYER.

Balayer est un art en soi. »
Gandhi (cité par www.nouvellescles.com)
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gana
Envoyé lundi 21 novembre 2005 - 18h03:   

"Ecrire parce que l'on aimerait n'être plus que musique, accéder à cette sorte de "moi idéal", voilà une autre raison d'écrire que j'éprouve- retrouve fréquemment. Une fuite ? Peut-être."
Lilas
Une fuite, n'être plus que musique? Pas du tout!
Au contraire... tout est là! Dans la magie. Le plaisir. Pas facile, le GRAND plaisir. Une vie n'y suffit pas..
Balayer, devenir le balai, ce berger de la poussière: magique!
Restituer la musique du monde entre les lignes, entre chair de poule et brise: magique!
Aimer: magique.

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