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66 zone franche - Le forum de Francopolis » Textes » A R C H I V E S » Les textes du 01.09.2005 au 28.02.2006 » A Nanard... « précédent Suivant »

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Rob
Envoyé mardi 27 décembre 2005 - 18h15:   

Un soir à Cannes, après un concert de Lluis Llach, nous avions déambulé dans les ruelles avec Bernard et va savoir pourquoi nous en étions venu à parler des huîtres, une passion commune. Alors depuis le drame, je reposte inlassablement, à la même époque mollusquoise ce texte falabraque, parce que c'était un délire fraternel, , parce que c'était mon ami, parce qu'il nous manque et que le bruit saigne en mémoire.





C'est dans l'huître que tout commence. Dans son miroir d'orage et sa langue salée.
un éclair ciel et sang, le couteau dans la paume, comme une corrida , on fatigue la bête.
Toujours les figurants te regardent saigner. La mémoire livide ils attendent la fin, pour achever le monstre, à coups de dents –couteaux. Ils te goberaient l'œil à la première absence de vigilance.
pour le citronnage, ils sont toujours les meilleurs et n'ouvrent jamais rien, que leurs gueules béantes avec des canines comme des bulots de tailles moyennes. Le violet, impassible, attend son heure dans sa gangue de boue.
Si son sourire est jaune c'est que son humour se limite à la teinture d'iode.
La mort dans l'huître, je constate un aquarium désert.
La salle s'est vidée de ses manteaux de moules.
Je connais un type qui commente chaque laborieuse ouverture d'huître comme un combat de boxe.
A chaque coquillage éclaté il entonne un chant de victoire. En plus, ce mec a une voix tonitruante , mais oui, il est connu, il est immodéré.
C'est dans l'huître que tout commence.
A Rome, à l'époque des romains évidemment, les membres du comité de sélections de poésie romaine, inscrivaient les noms des lauréats sur la face interne de l'huître, ainsi les auteurs de mirlitons étaient oubliés distraitement dans la fosse aux lions. Chez nous, non. Je ne raconte pas de conneries, j'ai lu ça chez universalis.
L'huître, la mémoire et la mer, le muscadet, le jonc pelé des nuits de Cannes.
La poésie descend de l'huître.
Finalement, de l'huître on s'en fout. On en a fait le tour en passant de ses bords déchiquetés jusqu'à son ventre mouillé.
Si l'huître est d'une féminité provocante, le clams, lui, est viril.
Tendu, tous les muscles en éveil, le clams ne s'en laisse pas compter, cramponné sur son fuselage crénelé, il ne s'autorise qu'une bulle de temps à autres. En meute il défend son territoire. Malheur à la moule vulgaire qui s'en viendrait roder vaseusement dans les parages. Ouvert, le clams résiste encore. Parfois, une goutte de vinaigre à l'échalote lui donne l'idée de s'attendrir, mais c'est toujours à regret. Le clams est dur. Une brute luisante.
Son paysage jaune, célébré par de grands peintres en leurs périodes aqueuses, s'oblitère d'un aluette coriace, une belle saloperie. Le clams est trop poli pour être honnête. Sur le plateau il bave encore, mais comme dit la chanson, sur le tard, une crevette s'interstice , et là, chatouillé par les antennes rouges, le clams romps le combat.
Il meurt, sur son plateau d'algues froides.





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jml
Envoyé mardi 27 décembre 2005 - 19h47:   

superbe.
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Cécile
Envoyé mercredi 28 décembre 2005 - 11h00:   

oui ! il fallait y penser ! J'aime bien le côté corrida / combat.

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