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noel
| Envoyé dimanche 15 janvier 2006 - 22h48: | |
Et voilà ! Ça c’est le truc qui me rend complètement fou. Le moment où, arrivé au supermarché je me rends compte que je ne sais pas où se trouve ma liste de course. Cette feuille de bristol à petits carreaux vert pale cartonné que j’ai décroché des autres juste avant de partir. Je me rappelle bien , l’avoir fait glisser de la pince à linge du support mural de condiments , non sans avoir recadré toutes ses autres fiches bristols vert pales consoeurs . Mais là, où s’est elle cachée ? Je me rappelle tout d’elle, la texture de sa peau, le son qu’elle fit quand elle se plia sous mes doigts, puis, son regard quand je m’approchais… J’ai en horreur l’idée qu’elle soit seule, qu’elle ait peur ,nous qui avons déjà tant partagé … ces moments où j’avais peur de manquer de café , de chapelure et où elle me rassurait de s’écrire si bien, sans crisser un instant. Nous qui avons tant ri lorsque nous avons vu ensemble que les cornichons et les concombres se suivaient comme des enfants précédant leurs mamans. Puis que dire de son désir de séduction quand elle me proposa un jour, au détour d’un regard l’air de rien, de n’acheter que des articles en c pour qu’elle ne me paraisse jamais négligée. Oui, ainsi tout les c se retrouvaient convenablement alignées sur la ligne verticale du deuxième petit carreau, ce qui convenait parfaitement à ma cuisine (nous en avons parlé ensemble justement hier soir), elle si coquette et soucieuse de le rester. Cela scella entre nous trois un grand moment d’harmonie… Où est elle ? Veut elle éprouver mon attachement ? Ressentir ma souffrance de tant de négligence ? Moi, qui d’habitude la cale avec soin dans le coin de mon cabas calé dans mon caddy, qui la sait là, me rassurant de sa présence. Entre nous ces mots que sont cidre crêpes crevettes carottes choux canards comté crépinette camembert champignon ciboulette chocolat croquettes de chat cacahouetes confiture de coings côtelettes sont autant de promesses d’amour qui alignées …sont des parenthèses qui ne sont jamais fermées… des horizons ouverts … On pourrait me dire : mais tu n’en a pas besoin, tu prends toujours les mêmes produits, méthodiquement et chronologiquement selon ton rituel parcours dans l’hypermarché … vous ne pouvez pas comprendre….pas saisir les concessions mutuelles qui m’ont fait renoncer au pepsi pour le coca, qui la laisse des journées entières dans la cuisine à m’attendre, sans jamais un reproche ... Chaque semaine , c’est comme si nous réécrivions notre histoire , l’exaltation d’un territoire vierge où tout renaît , savoir alterner les différentes couleurs de stylos bille pour se surprendre , et dés fois , soyons fous , se saisir d’une plume et d’un encrier pour nous rapprocher … nous rapprocher de l’extase du samedi aprèm … Je vous le dis discrètement, je ne l’oublierais pas, main sur le cœur …… oooohhhhh , mais j’y croooiiiiiis paaaaaas …. Dans la poche de ma chemise, bien lovée contre moi, comme un papillon blessé, fragile, à ma merci d’un oubli dans la machine à laver. Ah au fait, la machine à laver dans le cellier près du frigo, quand j’y repense … quelle salope !!!
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Yann-Blev
| Envoyé lundi 16 janvier 2006 - 11h49: | |
. Tout à l’heure je suis allé faire une course au supermarché. A la caisse où j’attendais mon tour je me suis brutalement rendu-compte de ce que pouvait avoir d’insupportable cette vie où, comme dans un entonnoir, les individus sont poussés dans tous les compartiments de leur existence dans une sorte de promiscuité sordide où chacun dévoile inconsciemment à l’autre quelques bribes de son intimité tout en l’ignorant parfaitement, s’expose à lui sans même remarquer son existence. On se croise et l’on ne se voit pas. Devant moi il y avait une femme plutôt jolie entre deux âges. Comme à mon habitude je l’ai détaillée en faits et gestes établissant pour mon seul plaisir, à mon seul entendement, de façon rigoureusement unilatérale, une relation avec elle. Pas de confusion : qu’elle fût plutôt tarte et déjà grand mère n’aurait pas changé la donne, j’y serais allé de mes mêmes introspections subjectives ; il en aurait été de même si ça avait été un mec à la mine rustaude et chaussant du quarante cinq : je ne sais jamais m’empêcher de regarder les gens au delà du premier regard que je porte sur eux. A première vue le super-bouffe est un lieu anodin ou chacun vient à l’instar de son voisin pour ravitailler son quotidien et son traintrain. De ma copine de tiroir-caisse j’ai remarqué d’abord les ongles peints en rouge et cette mise-en plis impeccable, puis cette jambe assez fine tombant dans des souliers pointus à la mode. Je l’ai classée tout de suite, ni fille du peuple ni grande bourgeoise.. non ! une femme moyenne dans la moyenne des femmes que je croise régulièrement sans trop faire attention à leur allure moyenne. Son eau de toilette était raffinée et un rien capiteuse, je pense que c’est cette sensation olfactive qui, avant même que de la voir, avait poussé ma curiosité vers les « marqueurs » esthétiques dont elle s’était parée pour attirer des attentions : la mienne ?.. c’était chose faite! Elle a déposé sur le tapis-roulant trois paquets de yaourts et six bouteilles d’eau minérale. Normal ! cette silhouette plutôt fine, à son âge, elle se doit de l’entretenir. Et puis en vrac, les uns par dessus les autres, elle empila tous les articles qu’elle avait collectés dans les allées du magasin. Ces choses hétéroclites, au fur et à mesure que l’hôtesse les plaçait de l’autre côté, me renseignaient sur ce que je déduisais être la vie de mon inconnue ; confusément en considérant ces babioles banales, utiles ou comestibles, qu’elle enfournait dans des sacs j’eus cette impression qu’elle m’était de moins en moins étrangère. Ainsi aimait-elle les fruits et les produits naturels et frais ce qui n’était pas pour me déplaire. Elle buvait de l’eau plate mais cette bouteille de Margaux me disait bien qu’elle n’était pas tout à fait insensible à d’autres suavités. Des savons de Marseille et un lot de six éponges, du désodorisant d’atmosphère, de la poudre à récurer, du dentifrice et un flacon de lait corporel confirmaient que cette allure soignée n’était pas qu’une apparence. Le poulet était labellisé haut de gamme et la botte d’asperges, hors de prix en ce début de saison, prouvaient son savoir vivre qui reconnaissait ce qui est important et le bien qu’il y a à ne pas se faire du mal. Après le Roquefort et le camembert au lait cru, entre le pot de moutarde et les cornichons, il y avait quand même ces deux magazines people à l’eau-de-rose et ce programme de télé à la noix qui me chiffonnaient pour dresser mon portrait mais je me disais que le parfait n’est pas de ce monde. Elle me plaisait ! Elle savait faire la cuisine et ne rechignait pas à s’installer pour deux heures à cuire un pot-au-feu avec tous ses ingrédients. Avait-elle oublié les navets ? en tous les cas je n’en ai pas repéré dans ses emplettes ; sans doute lui en restait-il à la maison ? personnellement je n’aime pas le goût du navet et je n’en mets pas dans le pot-au-rif . Elle me plaisait vraiment ! En plus elle adorait le chocolat noir au point de l’acheter en pack de cinq tablettes et a priori elle mettait des gants en caoutchouc pour faire la vaisselle ou d’autres ouvrages. Bref, hormis cette bombe de crème à raser, tout ce qui faisait son petit panier trouvait mon agrément. Lorsqu’elle ramassa le dernier article qu’elle avait pris soin de ne pas mêler aux autres et que la caissière mania délicatement je pus lire sur l’étiquette qui pendait sur la dentelle rouge vif, ces quelques signes : « 85 bonnets B »…comme une latitude soudainement déchiffrée vous ouvre des horizons je sentis alors irrépressible cette envie d’en savoir davantage, de poursuivre plus loin notre fortuite, jusqu’ici anonyme et dérisoire, rencontre. En même temps me vint ce culot que je ne me connaissais pas et qui ne sut me retenir de lui proposer d’un air enjôleur, sans doute un peu suggestif, de l’aider à porter tout ça jusque chez elle. Mais c’est toujours pareil quand on veut être aimable et avenant le difficile est bien d’équilibrer son air ; ne fus-je pas assez enjôleur et alors beaucoup trop suggestif ? toujours est-il qu’elle me toisa des pieds à la tête et me rétorqua : - « te fatigue pas papa ! j’ai mon Austin dans le parking… » puis elle ajouta en faisant un signe de menton vers le tapis roulant : « et pis oublie pas ton paquet… ça pourrait bien te faire défaut ! » . J’avais l’air un peu con et la caissière qui se marrait me demanda : - « c’est tout Monsieur ? alors…. Douze rouleaux de papier hygiénique triple épaisseur… en promotion …. Ça fait cinq euros quatre vingt quinze ! » ---------------------
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Lilas
| Envoyé lundi 16 janvier 2006 - 14h34: | |
Merci pour ces deux moments de sourire et rire ! Ça fait du bien ! |
   
noel
| Envoyé lundi 16 janvier 2006 - 18h00: | |
vi , sublime ton texte yann , bien trop vrai , c'est comme la fois où je fus touché , renversé par le charme d'une caissiére à taches de rousseur et qu'au bout de mille amabilités je la vis se decomposer devant mon achat de deux paquets de preservatif :// ;)) |
   
Miaow
| Envoyé mercredi 18 janvier 2006 - 17h16: | |
héhéhé (c'est parce que tu avais oublié le lubrifiant ! ) |
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