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Aglaé - Michel Duprez - Michel Ostertag...  et plus




Trilogue

La vie est parsemée de retards.

par Michel Ostertag


GEORGES. En ce moment, les gens se fâchent en permanence contre les retards… les trains qui n’arrivent plus à l’heure, les TGV qui ralentissent, au point de rester en carafe des heures le long des voies, les avions qui décollent avec des heures et des heures de retard, des trains qui mettent une journée supplémentaire pour arriver à destination, que sais-je encore !

MARCEL. Vrai ! Mais à-t-on vu jamais des trains arriver à l’heure exacte, et puis c’est quoi un train qui arrive à l’heure, c’est l’heure où il se présente au quai ou c’est l’heure où il s’immobilise…

PAUL. Là, vous exagérez ! Parlons simplement de l’heure où il s’immobilise ou celle où il démarre, dans tous les cas, en ce moment, on ne parle plus de minutes mais de quart d’heure, de demi-heure voire même une heure de retard.

GEORGES. Quand il ne s’agit pas de journée…Moi, ce que je voudrais dire, c’est que j’ai constaté que la vie de chaque jour est émaillée de retards en tous genres qui causent bien des désagréments…

PAUL. Par exemple ?

GEORGES. Prenez le médecin. Ne me dites pas que votre médecin, ne serait-ce qu’une fois dans votre vie, vous a pris à l’heure au rendez-vous qu’il a lui-même fixé. Jamais ! Pas une seule fois, un médecin vous prend à l’heure.

PAUL. Oui, je reconnais, mais toujours avec de bonnes excuses comme les urgences imprévues…

GEORGES. Oh ! Elles ont bon dos, les urgences, allez vérifier, tiens !

MARCEL. C’est comme avec les trains ou le métro, c’est fou le nombre de suicidés qui se jettent sous un wagon ou une rame de métro, à croire que jamais personne ne se jette du haut d’un pont ou avale des barbituriques, le suicide serait-il réservé aux seuls trains et métros ?!

PAUL. Si, il y a quelque chose qui arrive toujours à l’heure…

MARCEL. Peut-on savoir ?

PAUL. Les impôts, quand c’est le 15 octobre, c’est pas le 16…

GEORGES. Eux, ils ont tout compris, croyez-moi ! Jamais de retard, toujours à l’heure ! Sinon, boom, boom, les pénalités, ça tombe !

MARCEL. Ah, ça, c’est vrai ! Et puis, est-ce que l’heure exacte existe ?  Assurément non, on varie tous d’une ou de plusieurs minutes, on ne va pas se trimballer dans les rues avec une montre à la précision astronomique, quand même pas !

PAUL. Eh  bien ! Moi, ma femme n’a jamais de montre, pas besoin. Elle a comme une horloge dans le cerveau et elle vous donne l’heure à dix minutes près ! Les Rois l’avaient bien compris, ils avaient inventé « la politesse des Rois » cinq minutes de battement, ça prenait en compte toutes les variations possibles d’une montre à une autre.

GEORGES. Toujours d’actualité ! La société où j’ai travaillé il y a longtemps, le patron pour combattre ce qu’il estimait être un fléau, je veux parler du retard endémique de ses employés à respecter les horaires, avait fait installer une machine à pointer. On avait deux minutes de battement pour poinçonner notre fiche, après on perdait la prime qu’il octroyait à ceux qui étaient toujours à l’heure. Ainsi le salaire était épargné, on ne jouait que sur cette prime qui représentait 2 ou 3 % du salaire de base. L’effet fut immédiat, tout le monde avait à cœur de pointer dans les temps…Et de toucher la prime !

MARCEL. Comme quoi, il a toujours moyen de résoudre ce type de  problème.

PAUL. Autrement dit, le retard devient un réel problème quand il prend des proportions que nous jugeons inacceptables.

MARCEL. Belle preuve de la sagesse populaire…

GEORGES. Faut pas prendre les gens pour des imbéciles ou des moutons de panurge, trop c’est trop…Ce qui énerve les gens, c’est quand ça devient systématique, genre du médecin qui ne vous prend jamais à l’heure du rendez-vous ; de l’avion qui ne décolle jamais à l’heure, retard que le pilote avec un aplomb phénoménal vous assure qu’il rattrapera d’ici l’arrivée…

MARCEL. L’autre jour, j’avais rendez-vous chez mon médecin, je veux déjeuner vite fait au petit café restaurant proche de son Cabinet, hé bien, patatras ! L’apprenti cuisinier, je ne sais pas ce qu’il a fichu, il a mis le feu aux fourneaux, plus question d’être servi en vitesse et du coup, c’est moi qui suis arrivé avec trente-cinq minutes de retard chez mon toubib !

PAUL. Lequel avait une heure de retard, non ? !

MARCEL. Tout à fait, et mon retard est passé inaperçu ! Comme quoi le retard des autres peut vous servir !

GEORGES. Tout n’est pas négatif, jamais. Le retard peut causer des ennuis sérieux dans le travail, c’est certain, mais l’avance, pas moins… imaginez le mari qui rentre chez lui avec une heure d’avance, la femme infidèle ou l’inverse, le mari volage… J’avais un collègue de bureau qui avait une pratique qui nous semblait un peu curieuse : à chaque retour de voyage, jamais il ne rentrait directement chez lui. Non, au préalable, il téléphonait à sa femme pour s’annoncer.

PAUL. Avait-il été échaudé ?

GEORGES. On lui avait posé la question et il nous assurait que jamais il n’avait eu à se méfier, sûr qu’il était de la fidélité de sa femme.

PAUL. Alors pourquoi tant de précaution ?

GEORGES. Il mettait cela sur une certaine façon de se comporter.

PAUL. Cet homme était un vrai gentleman !

GEORGES. Mais il n’a convaincu personne autour de lui !

MARCEL. Faut pas jouer avec le feu ! On n’est jamais à l’abri d’un coup du sort !

***


Trilogue
par Michel Ostertag
pour francopolis mars 2011




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Créé le 1 mars 2002

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