Billet d'humour -aphorismes-pensées
Ici dire vaut mieux que se taire.
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AVRIL 2011
Prononcer vingt-cinq aphorismes par jour et ajouter- : [Tout est là]
(Jules Renard)


par Aaron de Najran


Le Journal des frères Goncourt III
tiré des notes de lecture de Michel Ostertag

Le troisième opus montre les frères Goncourt sur un plan politique et non plus strictement littéraire, ce que nous découvrons ici. Leur diatribe sur Napoléon III est d’une acidité remarquable, d’autant que ces mots sont écrits à l’époque du Second Empire et non à posteriori. Et toujours ce pessimiste récurrent sur la nature humaine.

*
Il marche, il avance, lentement, tout d’une pièce, à petits pas posés qui glissent. Il a du reptile dans l’approche et du caméléon dans le mouvement – un air endormi et glacial, l’œil petit, éteint, et la peau, tout autour, ridée et plissée comme des paupières de lézards. Il ne va pas aux gens, il flaire la haie qui se range sur son passage, s’arrête avec hésitation devant une personne et restant de côté, sans lui faire face, regardant devant lui, il lui adresse, après un moment, une première parole enrhumée, qui a un accent allemand. Puis, à la seconde parole, toujours fixe et les yeux vagues, il cherche. La personne attend ; rien ne vient. Il se fige dans sa gêne. Au bout de quelques secondes, il tire son mouchoir et s’en essuie flegmatiquement la bouche, et une autre parole tombe, et puis il passe. Parfois, dans ses yeux d’un bleu dépoli, passe un pâle sourire, une lueur terne. Il est en monsieur. Il a un habit, un chapeau, deux boutons de rose à sa boutonnière et le grand cordon de la Légion d’honneur sur le gilet, Ave Caesar ! C’est lui.

Sinistre ! C’est l’épithète qui vient à la pensée en le voyant. Gautier dit qu’il ressemble à un écuyer de Cirque renvoyé pour ivrognerie. Il y a de cela. Sinistre, gauche, fourbu, implacable. Il ressemble encore à un aventurier qu’on rencontrerait dans un bas hôtel d’Allemagne, à un ruffian de Francfort.

Et je me disais, en le regardant : « Ça, c’est cela, la tête de la France, l’homme sur qui tout pose ? C’est ça Napoléon III, César sur le théâtre du monde par la même ironie que Clarence est Marc-Aurèle à la Porte St-Martin ? Enfant protesté, Napoléon par ordre au Te Deum  de sa naissance, auquel son père  n’assista pas. Napoléon en qui ne coule même pas une goutte de sang des Napoléon, cette figure de maraud, c’est cela ? 


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Les historiens sont des raconteurs du passé ; les romanciers sont des raconteurs du présent.


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Pleurer, c’est diminuer son corps.


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Sainte-Beuve a vu une fois le premier Empereur : c’était à Boulogne et il était en train de pisser. –C’est un peu dans cette posture-là qu’il a vu et jugé, depuis, tous les grands hommes.


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L’impolitesse chez les princes est une lâcheté.


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On mesure les monuments à leur ombre, les livres à leurs critiques, les hommes à leurs ennemis.


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A un certain âge, peut-être est-il de la sagesse d’un homme de ne pas parler de ce qu’il ne sait pas, parce qu’il l’ignore, et de se taire sur ce qu’il sait, parce qu’il le sait.


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J’ai consulté tous les médecins, j’en ai fait venir d’Angleterre ; il n’y a que le Père-Lachaise qui me guérira.


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Il n’y a que deux sortes de livres : ceux qu’on fait pour le public et ceux qu’on fait pour soi.


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Nos yeux demi-clos sourient à nos pensées. Nous avons l’ombre du bonheur sur la figure.


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Nous n’allons plus aux représentations qu’avec des pastilles de menthe anglaise ; on pue l’émotion.


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Le génie est le talent d’un homme mort.


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Taine a l’art admirable d’enseigner aujourd’hui aux autres ce qu’il ignorait hier.


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Peut-être dit-on moins de sottise qu’on en imprime.


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Les croque-morts appellent d’une expression superbe une exhumation : un dépotage.



1 ( Avant d’abdiquer, le Roi Louis de Hollande avait protesté publiquement qu’il n’était point le père des deux derniers fils que lui avait donné la reine Hortense. En ce qui concerne Louis-Napoléon, on lui attribue couramment pour père l’amiral hollandais Verhuell )



Note


Les frèresGoncourt, Edmond (1822-1896) (photo) et Jules (1830-1870) romanciers français et auteurs d'un célèbre journal à quatre mains. Edmond de Goncourt légua toute sa fortune à une académie qui porte son nom. L'auteur Edmond Goncourt est indissociable de son frère Jules, avec lequel il compose, dès 1850, des ouvrages d'histoire, notamment sur la peinture, comme L'Art du XVIIIème (1859-1875). Peu à peu, le travail collaboratif des deux frères se diversifie et ils se mettent à écrire des romans naturalistes tels que Soeur Philomène, en 1861 et, Edmond seul, La fille Elisa en 1877.

L'oeuvre littéraire majeure du duo reste cependant leur Journal, tenu à deux depuis 1851. Repris par Edmond à la mort de Jules en 1870, il présente un témoignage détaillé de la vie au siècle dernier. Dans son testament, Edmond demande à ce que soit créée une académie littéraire en mémoire de son frère. Le prix Goncourt est, depuis le plus grand prix littéraire français.

Quelques sites:
Site académie Goncourt
Site consacré aux frères Goncourt

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Journal des Frères Goncourt
notes relevées par Michel Ostertag

     pour Francopolis avril 2011
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Créé le 1 mars 2002

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