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ARCHIVES: APHORISMES

 

MAI - JUIN 2020



Enfin déconfinés !…

 

par Michel Ostertag

 

 

PAUL. Enfin nous voilà libres ! Pouvoir sortir de chez soi, aller voir les copains, se raconter ce qu’on a fait pendant ces deux mois.

GEORGES. Ou ce qu’on n’a pas fait.

MARCEL. Ou qu’on aurait tant voulu faire !

PAUL. Le tout, c’est de ne pas y retourner, confiné…

MARCEL. Pas de blague ! Moi, j’ai bricolé, tellement, qu’un jour un voisin est venu sonner à ma porte, il n’en pouvait plus, de m’entendre percer, scier, jurer !

PAUL. Et qu’est-ce que tu lui as répondu ?

MARCEL Que cela ne me gênait pas, j’étais sourd ! Il n’a pas aimé ma plaisanterie…

GEORGES. Alors, si on ne peut plus ironiser !

MARCEL. Alors, rien que pour me faire ch… Il a mis sa musique de sauvage à tue-tête et tout l’immeuble lui est tombé sur le poil et moi pendant ce temps j’ai rangé ma caisse à outils. Innocent, le mec !

PAUL. Et depuis ?

MARCEL. On ne se parle plus ; dès qu’il me voit, il tourne la tête…

PAUL. Je vois l’ambiance. Chez moi, beaucoup de vieilles personnes, alors pas trop de bruit, mais de l’assistance à personnes, à tous les étages. On se surveillait du coin de l’œil, quand j’allais faire des courses, je demandai à deux ou trois voisins s’ils voulaient que je leur fasse des courses.

GEORGES. Oui, les gens se sont rapprochés les uns des autres.

PAUL. Le seul petit problème avec une personne âgée, c’est que bien souvent elle est dure de la feuille, alors, le son de la télé n’est jamais assez fort et quand vous habitez juste au-dessous vous écoutez deux programmes à la fois.

MARCEL. Et si c’est le même programme, on bénéficie de la stéréo, un avantage, donc !

PAUL. C’est vrai !

GEORGES. Dans mon immeuble, grâce on confinement, j’ai pu apprendre par cœur « La lettre à Élise » de Beethoven, car, en haut de l’immeuble, tous les jours à la même heure quasiment, un étudiant au Conservatoire, je suppose, s’entraînait à son piano à jouer, inlassablement, le morceau de Beethoven. Bien, au début, c’était sympa, mais un mois après, j’en pouvais plus, j’avais la hantise de l’heure de l’exercice, et si encore il changeait de morceau, s’il variait, mais non, il était cramponné à ce musicien et à cette œuvre.

PAUL. À vingt heures, nous allions, tous regroupés au balcon applaudir les soignants. Moment unique pour apercevoir les autres à la fenêtre. Mais ce n’était pas toujours sur ce mode sympathique, un soir, en face de chez moi, une violente dispute a éclaté, à la fenêtre grande ouverte, des hurlements de menaces proférés par un homme à sa compagne avec des jets de papiers, d’objet dans la rue. La femme était-elle menacée ? Il était vingt-deux heures du soir, j’appelle la police, c’était le deuxième appel ; « on vient ! », dirent-ils. J’ai attendu plus d’une heure. Personne n’est venu. Les vociférations se sont tues. Tout le monde est allé se coucher.

MARCEL. C’est là que l’on voit que les hommes et les femmes ne sont pas faits pour vivre l’un avec l’autre pendant des temps illimité, nuit et jour.

PAUL Confinés, quoi.

MARCEL. Il a fallu ce virus pour que nous en prenions la mesure. Et je ne parle pas des enfants dans les pattes des parents et si en plus ces derniers sont au télétravail, je ne vous raconte pas ! La galère !

PAUL. Dans ces conditions-là, je ne crois pas au baby-boom, à l’augmentation des divorces, ah oui, j’y crois et aux violences entre époux, aussi.

GEORGES il paraît que les gens on prit des kilos en trop, du fait de l’ennui, ils ont mangé comme des goinfres…

MARCEL. Et picolé aussi. Et oui, l’un ne va sans l’autre.

GEORGES. Ce qui prouve que les Français savent très bien s’adapter aussi bien à la famine comme pendant la guerre au manque de liberté comme maintenant… On est polyvalent Monsieur !

MARCEL. Ah vivement les ronds-points des Gilets jaunes qu’on puisse respirer le grand air, boire des coups et hurler des slogans sur les réformes à mener pour le bien du pays !

 

 

 

©Michel Ostertag

     pour Francopolis – mai-juin 2020

 

 

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Créé le 1 mars 2002

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