HUMEUR
Paris en pointillé
(suite, 4)
par J. Fleuret
Je me souviens de ses rues, ses
monuments, squares et impasses, ses lieux où vécurent des hommes connus dans
l’histoire, je me souviens…
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Je
me souviens des Arènes de Lutèce,
rue Monge, Paris Ve. Cet amphithéâtre à
scène, d'un type courant en Gaule, pouvait accueillir 17 000
spectateurs. [][]La scène
de théâtre, dressée sur le podium, est de taille considérable (41,20 m de longueur). Les combats d'hommes et
d'animaux se déroulaient sur la piste centrale elliptique de grand axe 52,50 m et de petit axe 46,8 m.
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Il est probable que les arènes,
construites au Ier siècle,
restèrent en activité jusqu'à la première destruction de Lutèce, à la fin
du IIIe siècle. Toutefois,
Chilpéric fit réparer cet amphithéâtre en 577 apr. J.-C. et y fit
donner des spectacles.
Le plus ancien texte faisant
référence à ces arènes est dû au moine anglais Alexandre Neckam, qui décrit dans un poème latin ce qu'il a vu à
Paris vers 1180. Il cite l'amphithéâtre romain. Un acte de 1284 parle d'un
lieu-dit Les Arènes[].
Cependant, les arènes sont alors ensevelies et leur emplacement exact est
alors ignoré. Le site aura été peu à peu effacé, en particulier par les
terres de remblai lors du creusement des fossés de l'enceinte de
Philippe-Auguste au XIVe siècle.
Entre 1860 et 1869, l'ouverture
de la rue Monge permit de mettre au jour et relever les premières traces de
la partie nord des arènes. Elles furent réellement dégagées dans leur
partie sud par les travaux de terrassement de la Compagnie générale des
omnibus entre 1883 et 1885, qui souhaitait construire un dépôt de tramways.
La Société des amis des Arènes est créée pour défendre le site et sa valeur
historique, ses soutiens comptent Victor Duruy et Victor Hugo. Le 27
juillet 1883, Hugo adressa une lettre au président du conseil municipal de
Paris pour défendre les arènes de Lutèce, menacées de destruction :
« Paris, le 27 juillet 1883,
Monsieur le président,
Il n'est pas possible que Paris, la ville de
l'avenir, renonce à la preuve vivante qu'elle a été la ville du passé. Le
passé amène l'avenir. Les arènes sont l'antique marque de la grande ville.
Elles sont un monument unique. Le conseil municipal qui les détruirait se
détruirait en quelque sorte lui-même. Conservez les arènes de Lutèce.
Conservez-les à tout prix. Vous ferez une action utile, et, ce qui vaut
mieux, vous donnerez un grand exemple.
Je vous serre les mains. »
Quelques jours après, le conseil
se porta acquéreur des vestiges de l'amphithéâtre qui fut classé monument
historique. Après le démantèlement du tramway et de son dépôt en 1916 et le
percement de la ligne 10 du métro, l'anthropologue Louis Capitan continua
les fouilles à la fin de la Première Guerre mondiale sur une autre partie
des arènes et compléta leur restauration en 1918.
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Je me souviens du n° 5 de l’avenue Frochot.
Après la capitulation de Sedan et la chute du Second Empire, la IIIe
République est proclamée le 4 septembre 1870. Victor Hugo peut alors
rentrer de son exil et Paris lui réserve un accueil triomphal. Il
s'installe chez son ami Paul Meurice au 5 avenue Frochot,
puis reste dans le même quartier plusieurs années.
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Quand Victor Hugo s'installe rue Frochot, de nombreux artistes s'installent dans ce
quartier paisible et verdoyant, propice à la création et surnommé :
"La Nouvelle Athènes". Ce quartier a bien changé depuis : il est
devenu très populaire, et théâtres voire prostitution s'y côtoient.
L'avenue Frochot
est devenue une voie privée avec la suppression de son entrée en raison de
la construction de la Place Pigalle en 1960.
Plusieurs personnalités ont vécu
avenue Frochot :
· au n° 7, vécut le
violoniste et chef d'orchestre Charles Lamoureux (1834-1899) ;
· au n° 15, on note
l'emplacement du dernier atelier du peintre Toulouse-Lautrec (1864-1801).
· au n° 6, vécut le
guitariste Django Reinhardt (1910-1953) ;
· Alexandre Dumas père,
le peintre Pierre-Auguste Renoir et son fils Jean, cinéaste, ont également
vécu dans ce havre.
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Je me souviens du n° 37, rue de la
Tour-d'Auvergne (IXe arrondissement). Le 13 octobre 1848, la famille
Hugo quitte la rue de l’Isly, Adèle
supportant mal l’agitation du quartier, pour s’installer au premier étage
d’un hôtel élégant au 41 de la rue de la Tour-d’Auvergne, au bas des pentes
de Montmartre : la maison dispose d’une agréable rotonde sur jardin.
Tandis que Juliette Drouet
loge au bout de la rue, dans la rue Rodier, Léonie Biard (une maitresse de Hugo) habite tout près au 12
rue Laferrière. Le coup d’état du 2
décembre 1851 contraint Victor Hugo, qui a pris une part active à la
résistance, à quitter Paris (il sera en Belgique à partir du 11 décembre).
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Je
me souviens du passage Molière.
Le
passage Molière est une voie publique piétonne débutant au 157 rue
Saint-Martin et se terminant 46 m plus loin au
82 rue Quincampoix. Le passage est perpendiculaire à ces deux voies. Le
passage traverse le pâté d'immeubles, en débutant des deux côtés par un
porche. Hormis aux extrémités, lorsqu'il passe sous les immeubles, il n'est
pas couvert. Il possède un sol pavé, légèrement en pente de façon à former
un ruisseau en son milieu.
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Les
numéros des immeubles ne suivent pas l'usage parisien (numéros pairs d'un
côté, impairs de l'autre, croissant dans le même sens) : ils débutent
sur le côté droit du passage, à son extrémité est, puis augmentent
séquentiellement sur ce côté en se dirigeant vers l'ouest. À partir de
l'extrémité ouest, les numéros augmentent de l'autre côté en rebroussant
chemin. Ils suivent donc une progression en sens inverse des aiguilles
d'une montre à partir de l'entrée sur la rue Saint-Martin. Le théâtre
Molière, devenu maison de la Poésie,
se situe au coin avec la rue Saint-Martin.
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Je me souviens du viaduc des arts, avenue Daumesnil.
Le
viaduc a été construit en 1855 le long de l’avenue Daumesnil jusqu’au
jardin de Reuilly. Sa longueur est de 1020 m et comprend 72 arches. Sa
hauteur est de 8 m. La voie ferrée qui connut ses heures de gloire dans les
années 1930, a vu son déclin dans les années 60. Le 14 décembre 1969, le
dernier train quitta la gare de la Bastille pour être remplacé par la ligne
A du RER.
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La municipalité décida de transformer l’ancien viaduc en un centre
artisanal comprenant ateliers, boutiques et espaces d’expositions. Pour ce
faire, une fois restaurée, chaque voûte a été aménagée pour recevoir ces
artisans et faire de l’ensemble une immense vitrine montrant le
savoir-faire de nos artisans.
Au-dessus du viaduc, la voie ferrée devenue inutile a été aménagée
en promenade plantée sur une longueur de 4,5 km.
Avant de quitter cette avenue, deux mots
sur le général Daumesnil, né en 1776, mort en 1832. Il avait perdu une
jambe à la bataille de Wagram. Il fut nommé gouverneur du fort de Vincennes
et au moment où les troupes de la Coalition entrèrent à Paris, en 1814, le
fort fut encerclé. Un général prussien lui demanda de se rendre. Il lança
cette phrase devenue célèbre : « Je rendrai Vincennes quand on me
rendra ma jambe ! » Ce valeureux guerrier avait 83
blessures ! Il est mort du choléra.
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Je
me souviens de la Cour de l’Etoile-d
’Or, au n° 75. Trois étages de briques. La cour a gardé le petit
pavillon de plaisance qui, au XVIIe siècle, s’élevait entre cour et jardin.
On parle, dans les livres sur Paris, d'un cadran solaire, gravé sur la
façade en 1751… À découvrir. Au XVIIIe siècle, le jardin fut pavé comme seconde
cour, les écuries et les communs transformés en ateliers et hangars à bois.
Le nom de cette cour provient d’une enseigne A l’Étoile d’Or.
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Je
me souviens de la rue Dauphine, au
n° 33, se trouvait (aujourd’hui, le Café
Laurent) Le Tabou, un célèbre caveau de
danse et de jazz ouvert de 1947 à 1962. Le Tabou est très vite
devenu le rendez-vous favori des zazous noctambules[]. Sur l'angle des rues Dauphine et
Christine, on peut voir la plaque commémorative qui en témoigne.
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À
l'emplacement du Tabou se trouve le Café
Laurent qui depuis le mois de mars 2000 perpétue la tradition en
programmant des concerts de jazz le soir du mercredi au samedi. Le pianiste
et directeur artistique Christian Brenner en a la charge depuis cette date,
il est toujours en fonction en 2016. Des duos, trios et quartets sont
programmés avec 5/6 rythmiques différentes et des solistes français et
étrangers de niveau international.
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Je
me souviens du 11bis de la rue
Elzévir dans le 3è arrondissement où naquit Silvia Monfort
(1923-1991) – résistante, comédienne, romancière, metteur en scène,
directrice de théâtre.
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©J. Fleuret – mars -
avril 2018
1ère
partie : novembre 2017
2ème partie : décembre 2017
3ème partie : janvier-février 2018
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