Vos textes publiés ici après soumission
au comité de lecture de Francopolis

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connus et inconnus, venus des cinq continents.


2002        10 ANS        2012



Présentation 

de la SÉLECTION

des auteurs

MARS
2012

préparée

par

André Chenet



LES AUTEURS SÉLECTIONNÉS DE MARS 2012

En ce dernier jour de février 2012, année bissextile, je salue particulièrement les lecteurs de Francopolis nés un 29 février, qui vont enfin pouvoir fêter follement leur anniversaire après quatre années d'abstinence, pour ceux qui sont le plus à cheval sur les principes.

Je leur dédie notre sélection des poètes du mois de mars. Cinq auteurs provenant d'espaces géographiques et mentaux très différents qui chacun à leur manière particulière apportent un éclairage inédit, une dimension particulière à la poésie francophone.

Deux d'entre eux ont reçu les suffrages à l'unanimité de notre comité de lecture: le poète kabyle Kader Rabia (il écrit en français, kabyle et arabe) et le poète de langue corse Norbert Paganelli qui traduit lui-même ses poèmes en français (voir sa notice biographique). Nous retrouverons aussi le poète inventeur du coupé-décalé Didjeko que Cécile Guivarch avait reçu à Francopolis en mars 2005, pour un long entretien à propos de la sortie de son premier recueil "Les ferrailleurs du Cosmos". Tous ses textes ont été acceptés par la majorité des votants. Je suis aussi enchanté d'accueillir pour la première fois Pierre Réginald Riché, jeune poète et conteur haïtien, qui m'avait envoyé un recueil dont sont extraits les courts poèmes qui ont été retenus ici-même. Et enfin, j'ouvre la porte à Pedro Vianna (né au Brésil), un fervent défenseur de la langue française, de la liberté et des droits humains, dont le poème sélectionné par notre comité est issu d'un poème fleuve qui sera certainement publié intégralement sur son site "Poésie pour tous" puisque Pedro Vianna se fait une règle de mettre en ligne tous ses recueils de poésie.

Je rappelle que tous les textes parviennent aux membres du comité votants sous couvert d'anonymat, seul le responsable de la "fournée" connaît le nom des auteurs.


 
André Chenet


-  Textes commentés par le Comité de lecture.  -
( Michel Ostertag - Gertrude Millaire - Laurent Philibert-Caillat
  Dana Shishmanian et Aurore Delrieu )

Didjeko
Nouvel auteur chez Francopolis, de Gascogne, musicien et slammeur

 5 textes retenus

- Quelques pieds de chiendent... - Racines - Alors alors -
- Nous avons eu le vent du Sud - Aigues vives

**
Commentaires sur l'ensemble de ses textes :

Parmi les cinq votants pour cette sélection, Didjeko ne comptabilise que deux refus, le premier concernant son troisième poème intitulé "Alors alors". Aurore ne retrouve pas les qualités de mise en images et en rythmes qui caractérisent les quatre autres textes avec leur fluidité surprenante.  Michel et Gertie apprécient le rythme saccadé, le déferlement inattendu des situations:
Dana quant à elle voit en Didjeko – un grand poète-chaman qui erre dans les entrailles de la ville et traverse les nuits sur les ailes de ses visions comme un oiseau nocturne la forêt-
Laurent apprécie au plus haut point l'impression de décalage absolu avec le réel/matériel émanant de ces textes au rythme rapide et bref où les vers s'enchaînent harmonieusement mais avec vivacité. Mais il écarte le cinquième poème, car il lui manque le mode d'emploi pour le comprendre avoue-t-il.

 


Commentaires : Texte 1
1. Quelques pieds de chiendent...

Michel : Musique saccadée, les images se succèdent les unes aux autres. J’aime ce style de poésie qui rappelle la peinture au couteau, par touches mises les unes à-côté des autres et qui donnent, une fois l’ensemble achevé le tableau définitif.
Laurent : Très beau texte, impression de décalage, onirisation de la ville. Je retiens surtout :

« Qui a peur du vide ?
Les masques
Et ceux qui s'y confondent »

Gertie : dès le début j’embarque dans sa poésie, l’image nous plante dans son univers.
 
« Quelques pieds de chiendent
Ont poussé cette nuit
A l'ombre de la ville »

De très belles images originales et colorées prennent racines tout au long de la lecture :

« …raccordés
Au battement
Des ailes de la ville »

et ça continue tout au long du poème…

« Le vent des forêts
Bruisser
Le long de mes plumes »

Une écriture qui nous imprègne de son univers.

Dana : Je lis ce texte comme un grand poème « chamanique » narrant les errements d’un poète-vagabond –
« corps étranger » – qui « pose son sac d’égo » dans les débris d’une ville endormie, où un chantier en construction  s’assimile à des ruines ; l’esprit du poète se retrouve ainsi « hors d’atteinte », en même temps « à distance / de l’exil » et « à l’écart / des échappatoires », en éveil, tout en étant déconnecté de toute activité : « Intérieur / Inactif / Mode interne / Activé ». C’est l’état qui permet la transformation : « Je raccrochais / Je décrochais / Je rassemblais / Mes esprits / Peu à peu … » L’envol ne tarde pas à emporter le poète comme sur les ailes d’un aigle qui est soi-même, et quelques vers exquis nous portent au-dessus du vide coupant le souffle de cette traversée de la nuit vers l’aube d’un nouveau jour :

« J'ai vu un aigle
Glisser-transpercer
Et j'ai senti
Le vent des forêts
Bruisser
Le long de mes plumes
Effraction de l'intensité
Au travers des
Débris de brume

L'aube d'été
Dans l'embrasure
Satellites filants
A la pointe du jour
Vols réguliers
Vol régulier
Échafaudages
Effilochures

Qui a peur du vide ?
Les masques
Et ceux qui s'y confondent »

Aurore : Un texte où les images sont présentes, avec une fluidité surprenante. Les constructions sont courtes, assez incisives et il n'y a pas besoin d'en rajouter. Bravo !

*

Commentaires : texte 2
2. Racines

Michel : Texte un peu court à mon avis, mais bien ryhmé. J’ai aimé :

Se savoir arbres
Un peu
A l'ombre de nous-mêmes. 

Gertie : Oui, texte un peu court, sa forme un peu étrange, manque peut-être un peu de racines mais sa réflexion nous habite de même pour Aurore,  un texte un peu court mais qui joue sur les mots et la mise en page. Laurent : Là encore, sentiment d’errance, de décalage absolu avec le réel/matériel et  Dana déclare :  un superbe petit poème dans la même veine, le poète
« de nulle part » va « la terre à peine sous mes pieds », à la manière d’arbres flottants… se passant de leurs racines tout en s’appuyant dirait-on sur leurs propres ombres.

*

Commentaires : texte 3
Alors alors…

Michel : Original ! RESISTER est dans l’air du temps. Le barouf tranquille, c’est bien trouvé ! Oui.
Gertie : texte d’une certaine originalité et j’aime bien : « Un cyclone à la main »
mais quelques rimes par ci par là… il prend des allures de slam, pas trop convaincant.
Laurent : Irruption d’un langage plus  « oral », une situation plus terrestre, des traces de sarcasme ?
Dana : Oui, c’est presque un art poétique :

« R.E.S.I.S.T.E.R /
Juste au-dessus du sol
Des ailes dans le dos
Un cyclone à la main
On virevolte et on jubile… »

Aurore : résiste et refuse ce texte : différent des deux premiers, qui peut nous laisser un peu sur notre faim... La mélodie n'est pas aussi intéressante...

*
Commentaires : texte 4
Nous avons eu le vent du Sud

Michel : Poème inspiré. Saccadé comme le premier des 5 poèmes.

« Le ciel s'est égrené
Le ciel s'est ensablé
Le ciel a rayonné
Plus d'horizon
Mais le lointain
»

Gertie : fidèle à lui-même, ce poème saccadé se dessine sous nos yeux, ses coups de pinceaux bien visibles et ressentis l’absence de phrase lui donne aussi un air de slam… même style que le précédent.
Laurent : Grand oui, le début descriptif très réussi s’achemine peu à peu vers une réflexion plus aérienne… et l’auteur repart.
Dana :  Oui encore, ce poème nous emporte dans une traversée du désert, Suivre / Poursuivre /La marche
sous un ciel qui s’égrène, s’ensable, jusqu’à ce qu’il n’y ait « plus d’horizon » et qu’il ouvre des mâchoires
« prépondérantes / élémentaires » pour vous broyer – « la dignité / est fragmentaire » – alors qu’en intériorisant cette marche, son but lointain,

« la certitude d’une porte
ne suffit pas à dépasser
l’épuisement »

et que
« l’air latérite
pelliculaire
colle à la peau ». Magnifique.

Aurore : La structure est particulière mais cela fait un rythme agréable.

*
Commentaires : texte 5
Aigues vives

Michel : Pas convainquant. Manque le mode d’emploi !
Gertie : Je lis, je relis… et je relis…  je cherche un sens, est-ce vraiment nécessaire ? Et j’y trouve une couleur très locale, un lieu… et son odeur s’infiltre dans nos pores. Ce n’est peut-être pas un poème mais le texte tient la route.
Laurent : Une énumération descriptive relativement facile, mais au final efficace.
Dana : Oui enfin à ce dernier poème très symbolique qui nous introduit comme dans un rituel de purification, de mort et résurrection auprès des « aigues vives / aigues mortes », dans une psalmodie rythmée qui s’enroule comme sur « des roues / à aubes » ; une invitation à l’abreuvage mystique : « Je n’attendrai pas la pluie / pour aller chercher de l’eau ».
Aurore : donne son accord sans commenter.


***

Pedro Vianna
Nouvel auteur, à Francopolis,nous vient du Brésil, poète, auteur théâtral, metteur en scène et comédien.

Un texte retenu :
Extrait 3 (où en étions-nous)


Commentaires sur l'ensemble de ses extraits :
Gertie trouve dommage de ne pouvoir prendre connaissance de l'ensemble de ce poème fleuve dont proviennent les cinq extraits présentés au comité de lecture. Elle pense que cet auteur perd de sa force à cause de son style démonstratif.  Elle y distingue un genre pamphlétaire reflétant une vision catastrophique du monde. Malgré ses critiques quant aux longueurs inutiles elle dit "oui" aux cinq textes.
Pour Laurent l'ensemble manque d'équilibre, certains vers sont trop didactiques, prosaïques bien que d'autres témoignent d'un souffle poétique  plus léger. Il refuse le premier extrait. Aurore se rétracte bien  que la démarche lui semble assez séduisante mais elle ne se sens touchée à aucun moment.  Le lien, les connections sont assez difficiles à entrevoir.  La musicalité est trop  brute  et les extraits ne sont peut-être pas assez pertinents. Michel non plus n'accroche pas: c'est long répétitif et pas plaisant à lire ni à comprendre.
Dana, longue hésitation quant à cet auteur et le suivant,  qui souffrent, selon moi, d’un défaut basique : le discours… qu’il soit polémique ou lyrique, Les textes s’étalent sans surprise et n’engendrent pas grand émoi, en dépit de leurs thématiques respectives, censées entraîner le lecteur (la révolte sociale et politique chez celui-ci, néanmoins, il y a chez l’auteur, un acharnement sur les mots; elle, ne retient que l'extrait 3.


Commentaires : Texte 1
Extrait 3 (ou en étions-nous)

Laurent : Oui, encore une fois, les derniers vers de l’extrait font « décoller » l’ensemble.
Dana : Des 5 extraits de ce poème-fleuve qui exprime la colère à l’encontre des profiteurs ; potentats, privilégiés, arrogants conquérants et escrocs du « capitalisme universel », je ne retiens que l’extrait n° 3, d’une part, plus court, d’autre part, plus abouti poétiquement, évoquant l’usage différent qu’il est fait du langage, entre démagogie et sincérité : c’est en même temps une belle réflexion sur la parole, et un condensé réussi du style et de la structure en triptyque de ce pamphlet :

« où en étions-nous
plongés dans les rêves
des rêves de puissance
la puissance du verbe
l’enchantement des mots
fascinés par le charme
de la réussite du discours
des deux-magots
nous nous pensions sincères
ce qu’eux n’étaient point
raison majeure de leur succès

ah les cons pauvres cons tels de petits enfants
qui n’étaient pas de chœur
 
et pourtant
nous étions ensemble
au-delà des vastes volutes enfumées
au-delà des bruyants vigoureux décollages
surpris par les mauves descentes embrumées
après les cent sommets de nos vagabondages
nous étions ensemble pourtant
»




***

Pierre Réginald Riché
alias Lebajha Fourakandya, est né à Cap-Haïtien, première publication chez Francopolis,
poète, diseur, conteur, compositeur, dessinateur, enseignant.

3 textes  sont retenus
Texte1 (tes yeux) - Texte 2 (femme) - Texte 3 ( ADN)

 

Commentaires sur l’ensemble de ses textes :

Dana ne retient que les textes 2, 3 et 6, qui seuls se tiennent, à son sens. Elle s'explique très précisément sur l'ensemble des textes proposés. Plusieurs de ces 8 petits poèmes d’amour à la grâce naïve pourraient être retenus, s’il n’y avait pas, par trop souvent, des vers qui détonnent par leur banalité, à la limite du ridicule (comme par exemple « J’entre en toi / à la conquête / de l’île au trésor », ou  « mon amour / pour toi / feu dévorant / à incendier / toute une ville », ou enfin « J’ai appris / que le salut / vient de la femme »…).  Dommage car dans les mêmes poèmes on peut aussi trouver de beaux vers (comme par exemple : « ton corps / la sève et le sel / du poème »). Dommage aussi qu’une belle idée, celle du dernier poème, soit exploitée de manière tellement répétitive et prévisible qu’il est rébarbatif de citer le texte entier
(« Tu es la langue des fleurs
Je te parle pour parler aux fleurs »

et ainsi de suite en remplaçant « fleurs » par la série obligée « plantes », « oiseaux », « vent », « feu », « eau », « terre »,    « dieux », pour arriver, bien sûr, à l’amour :
« Tu es la langue de l’amour
Je te parle pour parler d’amour »).
 

Un oui à tous les textes pour Michel, pour qui cet auteur est un coup de coeur: Tous ces textes peuvent être reliés dans un même poème d’amour avec des réussites plus ou moins marquées. De magnifiques  moments comme :

Tes yeux ou ruissellent
Les sept couleurs
De l’arc-en ciel

Aurore éprouve des sentiments mitigés: poèmes qu'elle juge trop simplistes, avec de trop nombreux clichés. Elle accepte cependant de préserver le même qu'ici haut et,

    "Femme
    Au goût d’évangile..."

GertieCe qu’il est amoureux cet auteur ! Comment être contre un tel sentiment, chaque déclaration d’amour porte son poids de dit et de redit parfois et l’originalité en prend pour son rhume. Ces 8 courts poèmes ne sont en fait qu’un seul long poème ! Oui au premier :

"Ton intimité
Me reçoit
Sans passeport
Sans visa
Sans carte d’identité"

parce ce que l'amour y voyage sans contrainte ni formalité. En ce qui concerne les autres, elle ne peut s'empêcher de sourire gentiment à cause de la belle naïveté qui s'y exprime. Toujours avec le sourire elle s'en tient aux textes 2, 3 et 4, sans plus.

**

Commentaires: texte 1
Texte 1 (tes yeux)

Gertie
:  oui… il me fait sourire, quelle belle naïveté !
Dana : poète de l’amour, une grâce naïve des images, qui, à force de pratique et de distillations, peuvent donner de la poésie; je les ai donc finalement retenus, avec une sélection des meilleurs fragments.
Aurore donne son accors sans plus.

**                                               
Commentaires: texte 2
Texte 2 (femme)

Gertie donne un petit oui. Il est en transe cet auteur. Son amour est plus fort que sa poésie.
Laurent refuse : même si  j’aime assez « femme  au goût d’évangile ».
Dana donne son accord justement pour « femme au goût d’évangile » ses 2 vers préférés, qui réellement sortent du lot
Aurore, un peu cliché mais un peu de romantisme fait du bien ! Le rythme est " enlevé ". Oui.


**
Commentaires: texte 3
Texte 3 ( ADN )

Gertie :
petite trouvaille qui me fait sourire.

« l’ADN
De mes bouts
De phrases »

Laurent : Ce texte-là détone par ses métaphores plus originales, moins habituelles… et se laisse prendre par le même extrait: « l’ADN de mes bouts de phrases ».

Dana trouve que le tout se tien d’un bout à l’autre




***

Kader Rabia
Une découverte pour Francopolis, vient d'un village de Kabylie.
DEA en littérature pour devenir barman, puis ouvrier polyvalent dans le Bâtiment en France.

Il nous offre ici 5 textes.
1. De ton manteau seul je me couvre - 2. (Venus de loin) 3. (dans mon pays)
- 4. (tôt) - 5. (le poète)




Commentaires sur l'ensemble des poèmes.
Michel prend les cinq poèmes et en retient des moments forts comme:
"Et des syllabes voyageuses
Infatigable joueur d’instruments tristes
Caresse permanente des nids à venir"

Gertie est portée par la verve poétique de Kader Rabia mais elle ressent une instabilité profonde quant à l'ensemble des textes sélectionnés. Elle aime son style, ses métaphores, la force de son souffle. Les trois premiers textes elle les commente avec ferveur. Les deux derniers lui paraissent plus faibles même si l'écriture  et les idées exprimées tiennent bien la route...
Dana avec le souci du détail qui la caractérise développe ses choix: Je m’empresse de reprocher à cet auteur une seule chose: de « nationaliser » son désir de liberté… (dans le texte n° 3, le vers :
« et ce désir algérien
timide mais indomptable
pour la liberté »).
D’abord, cela ôte toute surprise au texte lui-même, le plaçant dans un contexte historique, politique, patriotique, qui occulte la portée universelle de l’élan sous-tendant ce beau poème ; ensuite, parce que, en toute rigueur, le désir de liberté n’a pas à être qualifié par nationalité… Enfin, poétiquement parlant, c’est maladroit. Un révolté, un « individu en alerte » qui
« brode des syllabes contre la peur », et se retrouve ainsi dans le pays des poètes tout en pensant, avec humilité, ne pas en être un. Sinon j’ai aimé l’ensemble des textes.
Quant à Laurent, il n'émet aucune réserve, il prend tout de son auteur préféré de la sélection… des images fortes, un rythme puissant, un engagement bien mené. Et un coup de coeur pour Aurore.

Commentaires: texte 1
De ton manteau seul je me couvre

Michel : Assez épique, inspiré, dans un long mouvemet de colère contre cette ville, je ne sais pas laquelle. De beaux moments de pure poésie :
" Je tourne en rond sur moi-même
Terre chassée par son soleil
Dans les murs d’exil en cette ville
Je dépose ma nostalgie en fragments "

Par contre, d’autres, émaillés de gros mots, rabaissent le poème.
Gertie donne son accord, un très long texte et pourtant on reste accrochée à sa réflexion, ses découvertes et on se surprend à marcher à ses côtés. Très belle poésie, le rythme bien marqué, on avance dans sa ville… avec plaisir.
Laurent : Grand oui, rythme haletant, frénétique tout en étant mélancolique, tantôt rageur et résigné, férocement triste. Superbe ! Dana apprécie aussi bien la veine polémique, colérique, persifleuse du 1er texte – panorama d’une

« ville
allumeuse mais infidèle » 
– que la veine tragi-comique et Aurore aime beaucoup les sens cachés, une sensualité extrême où toutes les perceptions sont exacerbées.  J'aime beaucoup :

" ... Dans les murs d’exil en cette ville
Je dépose ma nostalgie en fragments
Et dans le creux de mes rides
Résistent les dernières rimes..."

De très belles images, touchantes et profondes. Il y a des mots plus percutants que d'autres qui donnent un rythme encore plus saccadé. C'est généreux...



**
Commentaires: texte 2
(venus de loin)

Michel : J’adore ! En peu de mots beaucoup de choses sont dites. Même chose pour Gertie : Oui. À peine quelques mots et pourtant le souffle passe. J’aime sa finale. Et Laurent : Texte court mais d’une grande beauté, et d’une sagesse à la hauteur…


**
Commentaires: texte 3
(mon pays)

Michel : Oui, sans retenue. Il nous parle d’un pays lointain avec tant de poésie que nous sommes touchés.
Gertie : Oui. J’aime beaucoup ce style, ses métaphores, sa façon fort originale de nous parler de son pays… très belle poésie, il sait emboîter les mots.
Laurent : oui. De la grande poésie engagée qui évite soigneusement d’être trop évidente, trop directe, sans que cela nuise à son impact.
Dana : ce texte représente un vrai chef d’œuvre du genre complainte, du ton ricanant
« Dans mon pays
On a tout supprimé
Sauf le grand rire de l’âne » – jusqu’au chant de rossignol, qui s’élève après tout, indomptable, justement, tel le désir de liberté:
« Il va et vient
Meurt et renaît
Et jamais son chant ne finit ». 

Aurore : Sous des notes d'humour, on sent encore ici une profondeur charmante, les mots sont maniés avec habileté.


**
Commentaires: texte 4
(Tôt)

Michel : Oui après reflexion. Moment réussi :

«
Et des syllabes voyageuses
Infatigable joueur d’instruments tristes
Caresse permanente des nids à venir
»

Gertie : Oui. Bien que cette répétion du tôt me dérange un peu beaucoup et que ce texte me semble plus revendicatif, défensif, plus descriptif que poétique… il tient la route mais cadre mal dans l’ensemble de sa poésie présentée. 
Laurent : oui. Superbe résumé introspectif, bilan extatique et sobre, plaidoyer pour choses vraies et simples, par opposition aux chimères dénoncées dans les textes précédents.

« Tôt bâtisseur comme ça vient

De la chaumière ancestrale
Tôt planteur et arracheur
Des fèves et de l’oignon
Compagnon de l’olivier qui pousse
Du petit fleuve qui nourrit »

Dana : des « arts poétiques » nous révélant un poète-prophète, « pépin germé dans la boue » :

« Poète pour gueux et fils de gueux

Prophète au message à écrire ».

Oui, et encore oui : la colère n’est pas étrangère à la poésie, au contraire ; il faut seulement qu’elle soit féconde.

**

Commentaires: texte 5
(le poète)

Michel :
Oui. Petite réflexion sur lui-même, sans prétention. Gertie :  Oui,c'est court mais ce n’est pas son meilleur… la rime lui donne un air de facilité tout en lui donnant du rythme. J’aime l’idée du début et qui termine le poème.

« pas poète
Juste un individu en alerte
Comme font les vrais poètes. »
Petite réflexion amusante et on sent qu’il s’amuse avec les mots.

Laurent : Oui. Et ce texte 5 offre une belle conclusion à tout ce qui précède, humble et sophistiqué, complet, une belle profession de foi :

« Je brode des syllabes contre la peur

Les distillant élégantes par pudeur

Et je reste en alerte


Comme font les vrais poètes »

Dana : Ici, c’est le cas, et le poète qui ne se dit pas l’être le sait bien :
« la colère féconde le mot rare
et l’écrit
réduit l’espace bavard » (texte n° 5). Décidément, ce poète a trouvé sa voie.


***


Norbert Paganelli
Il s'exprime dans la langue du sud insulaire, plus âpre et plus rugueuse que celle du Nord de l'île,
à partir de 1970, il choisit de s'exprimer dans sa langue maternelle. Nouvel auteur chez Francopolis.


5 textes retenus à l'unanimité.

1- Primu viaghju/Premier voyage - 2- Altu cantu/Haut chant - 3- Virità/Vérité
4- Omu è omini/Homme et hommes - 5  Puisia è virità/Poésie et Vérité

 

Commentaires sur l'ensemble de ses textes :
Laurent dit oui à tous les textes de cet auteur, simples et beaux, complexes dans l’idée mais fluides dans la forme et le délié. La réflexion, la sagesse des choses simples confère à ce poète, un point de vue détaché et tolérant une hauteur caractérisant la grande poésie.
Michel reconnaît là toute la force des chants corses. Pour lui, le poème vérité (le troisième) est le plus réussi en raison  de la force de concentration qu'il recèle. De tous les auteurs présentés ici, Dana donne sa préférence au poète qui a reconquis sa langue natale : ...mon coup de cœur de cette fournée. J’ai aimé tous les 5 poèmes et surtout de pouvoir les apprécier dans leur langue d’origine, le corse, ainsi qu’en français ; on sent bien qu’il ne s’agit pas de traduction mais de poèmes parallèles qui portent la même puissance génuine, originaire, des mots dans les deux langues. Elle retient de lui des vers inégalables comme:

« Coincés entre deux éternités
 Nous ne pouvons marcher qu’en boitant »

Chaque poème se suffit à lui-même. Elle adhère complètement à cet art poétique si sobre, si humble, si personnel et impersonnel à la fois . Pour ce poète si près des vérités essentielles " la poètesse est la langue ".

Dans un premier mouvement, Gertie aime les écrits de cet auteur au-delà de toute logique et de toute raison:
Est-ce le fait que cet auteur écrive en français et en corse que je suis sous son charme? J’aime entendre la langue corse, surtout ses chants… et j’aime en général la culture corse, leur façon de vivre… puis de par ma nationalité (québécoise), nous avons une affinité spéciale avec les corses… difficile pour moi d’être pleinement objective. OUI, JE suis sous le charme de cet auteur. J’aime cette écriture simple et forte, engagée même. Une très belle découverte, mon coup de cœur. Sa poésie a des airs de Miron. Elle retrouve dans cette langue simple mais savamment élaborée une vérité qui dépasse le seul individu. Elle reçoit le poème:  "Altu cantu / Haut chant" comme un cri, une revendication, un droit à la différence et une belle description de ses racines. Et je m’y reconnais dans son texte, la langue n’est pas juste une façon de s’exprimer, elle est la glaise qui nous façonne.


**
Commentaires: texte 1
Primu viaghju/Premier voyage

Michel  Les mots sont forts ; le caractère entier. Gertie :  J’aime cette écriture simple et qui tient la route et nous imprègne de ce premier voyage universel. Le ton est donné par sa citation du début.
Laurent : Invitation à un voyage qu’on imagine davantage intérieur qu’extérieur, présence rassurante de la route…
Dana : Une entorse à la métaphore de la route : appelée par le chemin, mais chemin soi-même, et plus que cela, œil visant le but du chemin, pourtant ne conduisant pas, mais plutôt suivant, poursuivant le marcheur,

« Comme l’affamé
Poursuit le pain » 

car d’une certaine façon, le marcheur est son propre but, son propre pain d’eucharistie, s’il veut bien écouter son Eurydice d’ombre, la muette sœur-compagne se faisant route sous ses pieds.


**
Commentaires: texte 2
Altu cantu/Haut chant

Michel : On reconnait là toute la force des chants corses.
Gertie : Je reçois ce texte comme un cri, une revendication, un droit à la différence et une belle description de ses racines. Et je m’y reconnais dans son texte, la langue n’est pas juste une façon de s’exprimer, elle est la glaise qui nous façonne.

« … langue populaire


Vieille cousine de l’eau et de la terre… langue qui va

Par les routes d’avril »

Laurent :J’aime cette réflexion brève sur les racines, la manière dont elles se transforment, dont on cherche parfois à les contrarier ou à les figer, et le langage comme forme de résistance.
Dana : Profession de foi : la poétesse est la langue… une langue vernaculaire,
« Vieille cousine de l’eau et de la terre », grande voyageuse « Par les routes d’avril », se mouvant en lamento qui porte sa propre histoire, antique et nouvelle, « Un chant haut et fier », comme un étendard pour « Qui veut vivre dehors ». Grand vent qui nous vient de loin…

**
Commentaires : texte 3
Virità/Vérité

Michel : À mon avis le meilleur par sa force ramassée. Gertie : Oui pour la force de ce texte en si peu de mot, il nous donne toute la vérité de son peuple. Cet auteur maîtrise très bien sa plume et sa pensée.
Laurent : Jolie saynète, un instantané qui parle à chacun, et toujours ce lien entre passé et avenir, la sagesse des choses simples…
Dana : La vie, c’est une vérité tout simple, « Que tout le monde peut apprendre », inchangée depuis l’antiquité :


« Lumière et lune

Eau et feu
Trois poignée de terre
Un peu d’eau de rivière
Et deux châtaignes mûres »

Alors que sommes, nous, poètes, sinon humbles hères de cette humble vérité, parmi les peu de gens « A pouvoir l’expliquer » ?


**

Commentaires : texte 4
Omu è omini/Homme et hommes

Michel : La chute est réussie. Grande force et qui montre à merveille ce peuple.
Gertie : Une très belle réflexion et toujours dans un texte court mais puissant, empreint de sagesse et de tristesse, le droit à son identité renforcit par sa citation du début.
Laurent :Toujours le passage du temps qui nous juge, exprimé avec sobriété et délicatesse.
Dana : De cette interrogation à travers l’histoire entre hommes de demain, d’hier, et du présent, confrontés les uns comme les autres à des erreurs et parfois à des clairvoyances, je retiens ces vers magnifiques :

« Coincés entre deux éternités

Nous ne pouvons marcher qu’en boitant »

**

Commentaires : texte 5
Puisia è virità/Poésie et Vérité

Michel : Grandiose poésie qui claque au vent, qui interpelle comme une profession de foi.
Gertie : Texte plein de générosité et de liberté… de respect. Une belle simplicité. J’aime son appui sur une citation au début et j’aime bien la finale :
« Ma chanson n’est à personne

Elle n’a ni port ni maison

Elle n’a ni tort ni raison »
Laurent : Ici aussi, une très pertinente profession de foi de l’art du poète, du chansonnier, avec le recul, le point de vue détaché et tolérant des poèmes précédents, celui de notions, de « forces » plus hautes que celles des simples hommes que nous sommes ?
Dana : C’est un poème qui se dispense presque de commentaire, tellement il se suffit à lui-même. J’adhère complètement à cet art poétique si sobre, si humble, si personnel et impersonnel à la foi :

« Si ma chanson chante clair

Emportez la avec vous dans la poche du veston
Ou sous votre mouchoir
Chantez la si vous voulez
Oubliez la si bon vous semble
Si ma chanson ne chante pas
Brûlez la vous-mêmes
Jettez la dans ces ronciers
Et mettez y le feu »

Le lecteur, sans façons, est invité à participer à l’acte créateur :

« Ajoutez y ce que vous avez
Arrangez remuez
Selon votre désir »

La poésie devient alors un don universel :

« Ma chanson n’est à personne
Elle n’a ni port ni maison
Elle n’a ni tort ni raison »





***

 Nous vous invitons à présent au Salon de lecture
en Haïti avec le poète, 
Anderson Dovilas




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André Chenet pour Francopolis, mars 2012
et les membres de Francopolis.

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Créé le 1 mars 2002

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