ROMAN - NOUVELLE
À SUIVRE...

 

 

 

suivre la prose d'un auteur

¨          ACCUEIL 

¨          SALON DE LECTURE 

¨          LECTURES - CHRONIQUES

¨          CRÉAPHONIE 

¨          UNE VIE, UN POÈTE

¨          D’UNE LANGUE À L’AUTRE  

¨          FRANCO-SEMAILLES 

¨          VUE DE FRANCOPHONIE

¨          APHORISMES & HUMOUR 

¨          CONTES & CHANSONS 

¨          COUP DE CŒUR

¨          PIEDS DES MOTS

¨          GUEULE DE MOTS

¨          SUIVRE UN AUTEUR

¨          ÉDITION SPÉCIALE 

¨          LIENS &TROUVAILLES 

¨          ANNONCES

¨          LES AUTEURS PUBLIÉS

¨          LES ANCIENS NUMÉROS

¨          LES FRANCOPOLISTES

 

JUIN 2017

 

J.FLEURET

L’étrangeté de la vie

(des choses et des gens)

opus 1

 

 

LA CERISE SUR LE GÂTEAU

Au repas de Noël, le serveur a mangé la cerise sur le gâteau.
Aux yeux et à la barbe des clients.

Personne ne s’en était aperçu.
Sauf le petit garçon qui s’est mis à pleurer.

On lui demanda pourquoi il pleurait.
Il répondit qu’il voulait la même cerise que celle du gâteau
de la table voisine.

On appela le serveur qui jura qu’il n’y avait jamais eu de cerise
sur ce gâteau.

Alors le petit garçon prit la part du gâteau que sa mère venait de lui donner et la balança dans la figure du serveur.

On punit le petit garçon.

-
LE BILBOQUET

 

Le bilboquet a chuté sur la moquette en un bruit mat.
La cordelette s’est cassée ; elle s’est enroulée autour de la boule comme pour la protéger dans sa chute.

L’enfant s’est réveillé, intrigué du spectacle.
Il s’est levé ; il est allé ramasser l’objet et le prit dans ses bras et puis il est retourné se coucher. Et s’est endormi.

Le lendemain, le bilboquet était comme d’habitude, prêt à fonctionner.
La cordelette bien à sa place et la boule sur son support.
Et l’enfant ne se souvenait de rien.

-
LE PONEY

Le poney que l’enfant avait dessiné sur la feuille de papier se trouvait colorié d’une couleur qu’il n’aimait pas.

Il trouva alors dans le cartable de l’enfant un crayon d’une couleur qui lui plut. Il s’en barbouilla le corps. Quand l’enfant montra son dessin à la maîtresse, il obtint la meilleure note de la classe.

Souvent les artistes peintres se font dominer par leur sujet.

-
LE PÈRE NOËL

Le père Noël avait perdu sa hotte chargée de tous les jouets pour la nuit du 24 décembre.

Un petit garçon du village qui se prénommait Petit-Paul sut la retrouver. Devant tant de jouets il ne put résister et il en prit plusieurs sans rien dire à personne. Il les cacha sous son lit, c’était pour lui les plus beaux jouets qu’il eut jamais eus.

Le père Noël qui savait tout sur tout s’en aperçut en reprenant sa hotte.

Au matin de Noël, pour la première fois, Petit-Paul n’eut aucun jouet au pied de l’arbre.

L’année suivante, il ne crut plus au père Noël !

-

L’ARBRE

L’arbre a été déraciné par la tempête de cette nuit. Il gît au sol de tout son long.

À le voir couché ainsi tout le monde fut étonné de sa grandeur. Les jeunes enfants en profitèrent pour se faufiler entre les branches, exploit qu’ils ne pouvaient pas faire quand il était debout.

À la fin de la semaine, un des garçons fit remarquer à son père que l’arbre était tout en fleurs. C’était étonnant, d’autant que ce n’était pas la saison et que ses racines étaient à l’air libre !

On fit venir le jardinier du village qui ne comprit rien à ce qu’il voyait.

Il en conclut, un peu bêtement, que cela devait venir du fait des racines qui respiraient le bon air de la campagne.

On hésita longtemps à faire venir l’équarrisseur, pensez donc, cet arbre était trop en vie pour le couper en morceaux !

Un gamin eut l’idée de planter une de ses racines à son ancienne place.

Le mois n’était pas passé que cette pousse prit racine. Le plus étrange, c’est qu’ensuite l’arbre abattu perdit ses fleurs, se dessécha et voyant cela, on n’eut plus aucun scrupule à le découper en bûches pour le feu.

-

 

LE PORTRAIT

Ma mère, dans sa jeunesse, avait été l’amie d’un peintre. Ils étaient jeunes tous deux.

Un magnifique dessin au crayon qu’il lui avait offert avait été encadré par ses soins.

Ce dessin était un portrait de ma mère à l’âge qu’elle avait quand elle fréquentait ce peintre : c’est-à-dire vingt ans tout justes.

Ce portrait, une fois encadré, ma mère le plaça près de la tête de son lit dans sa chambre.

Toute ma jeunesse je le vis à cette même place.

Je ne sais pas pourquoi, mais un jour, je ne vis plus ce tableau : ma mère l’avait remisé dans une malle, c’est ce qu’elle me répondit quand je lui posai la question.

À la mort de ma mère, je fus obligé de mettre de l’ordre dans toutes ses affaires.

Je triais, classais, jetais et en ouvrant une imposante malle, je retrouvai ce petit tableau, ce portrait de ses vingt ans et quelle ne fut pas ma surprise de constater que les traits de ma mère avaient vieilli, que la jeune femme avait laissé la place à une dame d’un âge certain.

Le papier avait jauni et le visage avait suivi l’évolution des ans.

Comme j’étais fils unique, il ne me fut pas possible d’avoir le secours d’un frère ou d’une sœur.

Le mystère pour moi resta entier. Je replaçai le tableau dans la malle et celle-ci au grenier.

Les années ont passé. Un jour, cet été peut-être, je monterai au grenier et j’irai voir l’état du portrait, s’il a continué à vieillir ou, au contraire,

s’est mis à rajeunir, qui sait !


CETTE ÉTRANGE MAISON

C’est une maison étrange à nul autre pareil enfouie dans la forêt livrée aux lianes et aux oiseaux et dont les volets battent en plein vent les jours d’orage.

Cette maison, je l’ai connue quand j’étais enfant.

Et depuis tant d’années rien n’a vraiment bougé.

Malgré plusieurs changements de propriétaires pas un détail ne manque à l’appel de mes souvenirs.

Si, les chats, bien sûr, ne sont plus les mêmes, au fil des ans ils ont changé : de nouvelles portées de chatons ont remplacé les anciens maîtres des lieux, mais à la couleur de leur pelage on retrouve aisément le souvenir de ceux qui rôdaient, jadis, entre maisons et jardins.

L’étrangeté de cette demeure me poussa jusqu’à l’étude de Maître Couderc, notaire de la ville la plus proche.

Je me fis passer pour un acheteur potentiel d’une vieille demeure de caractère.

Le notaire connaissait bien cette maison pour l’avoir visitée lui-même et l’avoir vendue de nombreuse fois.

Il me dit : L’avant-dernier propriétaire s’était entiché de cette demeure au point de vouloir lancer de grands travaux de rénovation, déblaiement, reconstruction, mais certains entrepreneurs locaux le firent attendre, d’autres commencèrent les travaux, mais à peine les avaient-ils commencés qu’ils s’éclipsèrent pour ne pas revenir, au point, que lassé, le propriétaire abandonna tout et préféra revendre le bien.

L’actuel propriétaire, c’était ses enfants qui trouvaient le lieu idéal pour jouer à Robinson et poussèrent le père à l’achat.

N’étant pas très fortuné, il voulut mener les travaux lui-même.

Il hissa un grand échafaudage pour atteindre la toiture, mais il ne sut pas l’arrimer solidement et un vent un peu plus fort que d’habitude les fit chuter lui et l’échafaudage : il se cassa le dos au point qu’il est actuellement paralysé.

-

En procès avec son assurance, il cherche par tous les moyens à être indemnisé.

Ce qui fait que la maison est toujours dans l’état dans lequel les gens de la région l’ont connue au temps de leur jeunesse.

C’est étrange, répondis-je au notaire, comme si la maison se défendait et ne voulait en aucun cas que l’on toucha à ses pierres entremêlées de verdure…

Le notaire acquiesça de la tête.

 

 

 

J. Fleuret
Francopolis juin 2017


 

 

Créé le 1 mars 2002

A visionner avec Internet Explorer