Ce
livre ouvre un espace de communication entre deux voix, deux
poètes qui s’accordent sans se confondre, dans un riche et
harmonieux dialogue, rythmé par des poèmes, autour de la
poésie et de ses enjeux en ce monde – ou en d’autres… Que
dit-elle, si jamais elle dit quelque chose, ou sinon
qu’interroge-t-elle, que veut-elle, que peut-elle, où
mène-t-elle ? Et quelle est la vocation du poète ?
Cet espace d’échange entre les deux poètes – qui «
depuis des années, ont entamé un dialogue continu,
construit au fil de conversations impromptues, de connivences et de
lectures croisées » – devient aussi le nôtre, car il
s’ouvre en nous, comme notre propre espace de réflexion. Non
seulement sur la poésie, mais sur les éternelles
questions du sens de la vie, du pouvoir et aussi, du devoir de
conscience face au mal, face à l'action personnelle possible, et
enfin, de la place de la beauté en ce monde. Ce monde peut-il
être sauvé par la beauté, comme le suggérait
Dostoïevski et le mérite-t-il ? Des questions qui «
peuvent nourrir la pensée et les lectures de ceux qui se
préoccupent de poésie. Un dialogue ouvert, comme pour
continuer la conversation avec d'autres lecteurs... »
Parmi
les beaux poèmes qui ponctuent ces dialogues se répondant
d’un poète à l’autre comme des échos par-dessus
une forêt de signes, j’ai surtout envie de citer ce texte
emblématique de Monique W. Labidoire qui m'apparaît comme
un véritable art poétique :
« Absolue l'île quand le frisson prend corps et que la
main trace ses libelles d'espérance. Cernée de vols
d'oiseaux comme idéogrammes sur le ciel, baignée de
vagues lyriques en appel de terre, jamais guérie d'une blessure
endémique, en rupture avec le littoral embrumé par la
distance, elle interroge l'horizon et la falaise. Esseulée, la
solitude prend acte d'un devenir rêvé et chemine vers un
espace sans limites.
Les mots peuvent alors s'écorcher aux ronciers
sauvages et initier un dialogue fécond au goût d'algues et
de coquillages.
Isola madré quand l'enfant se retire du flot fœtal et
détache dans un cri le cordon de la terre mère ignorant
de toutes rives futures les solitudes et ne gardant en mémoire
que le goût du lait. Souveraine cette terre de mots à
naissance volcanique fixée dans la langue, à la
dérive de tous les sens, touchée au cœur peut-être,
lasse parfois mais combative jusqu’au sang même de son exil. »
(L'île poème, pp. 11-12)
**
De
ce livre de
dialogues qui se lit comme un roman tant la quête est intense,
j’ai choisi pour les lecteurs de Francopolis de partager quelques
fragments qui me semblent toucher la corde la plus sensible des deux
poètes : celle du questionnement autour de la création
poétique, questionnement sur la beauté face au mal. Les
références à l’histoire étant, bien
sûr, évidentes.
Vous trouverez ce dialogue dans notre
Rubrique Gueule de
mots,
Où les mots cessent de faire la
tête et revêtent un
visage...
Libre parole sur... la poésie entre Monique
W. Labidoire et Alain Duault
(décembre 2014)
***
Monique W. Labidoire, née de
parents
hongrois, a vu sa vie de jeune poète bouleversée par sa
rencontre avec Guillevic, qui la considérait comme sa fille
adoptive. Infatigablement attachée à la diffusion de la
poésie, elle anime plusieurs associations, forums et revues.
Elle a publié une vingtaine de recueils ainsi que plusieurs
essais critiques.
Bibliographie :
Solitudes, Debresse, 1961.
Le Maillon, la chaîne, Chambelland, 1964.
Saisir la fête..., Chambelland, 1967.
Arythmies, Éditions Saint-Germain-des-Prés, 1978.
Cassures, Éditions Saint-Germain-des-Prés, 1983.
Géographiques, Le Milieu du jour, 1991.
Natures illimitées, Le Milieu du jour, 1995.
Triptyque, La Bartavelle, 1997.
L'Âne et la myrtille, La Bartavelle, 1999.
Mémoire du Danube, La Bartavelle, 2000.
L'exil du poème, Librairie-galerie Racine, 2001.
Jardin dans la presqu'île, A. L. Benoît, 2001.
Épeler le monde, Librairie-galerie Racine, 2004.
Peuplement de la parole, Éditinter, 2004.
Lointaines écritures, Editinter, 2005.
Soudaines sources, Sac à mots, 2006.
S'aventurer avec Guillevic, et neuf poètes contemporains,
Éditinter, 2006.
Le Chant de l’ange : Budapest, Encres vives, 2009.
Requiem pour les mots, Éditinter, 2009.
1942, une enfance et un peu plus, Éditinter, 2010.
Mémoire d'absence, Éditinter, 2010.
L’intimité du poème (poèmes), préface par
Alain DUAULT, Sac à mots édition, 2014.
Présence à Francopolis :
Rubrique: Libre parole à... Monique Labidoire
(janvier2014)
Article dans Vie-Poète sur Charles Dobzynski
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Alain Duault
est spécialiste de
la musique à la télévision et à la radio
[France 3 et Radio classique), dans la presse, au cinéma, sur
Internet, à travers des livres. Il est aussi un poète
reconnu, qui a obtenu plusieurs prix dont le Grand Prix de
poésie de l'Académie française et le prix
Mallarmé.
Bibliographie sélective :
Poésie
Ressources, Encres vives, s. d.
Prosoésie, P. J. Oswald, 1967.
Soif de soifs, Encres vives, 1969.
La Mort blanche, Encres vives, 1970.
Tresses, Encres vives, 1971.
Rêve, mort, Encres vives, 1972.
Tuerie, Génération, 1972.
Linges, Génération, 1974.
Colorature, Gallimard, 1977.
Le Jardin des adieux, Gallimard, 1999.
Où vont nos nuits perdues, Gallimard, 2002
(grand prix de Poésie de l'Académie française).
Les Sept Plaies, La Chouette diurne, 2003.
Nudités, Gallimard, 2004.
Des froissements discrets, Encres vives, 2005.
Une hache pour la mer gelée, Gallimard, 2006.
L'Effarant Intérieur des ombres, Gallimard, 2008 (prix Omar
Khayyam).
La Lune dans les genoux, Le Renard pâle, 2008.
Hymne à la mer, Le Renard pâle, 2009.
Hymne à la nuit, Le Renard pâle, 2010.
Hymne au sexe, Le Renard pâle, 2010.
Ce qui reste après l'oubli, Gallimard, 2010.
Hymne à la mort, Le Renard pâle, 2011.
Hymne au ciel, Le Renard pâle, 2012.
Les Sept Prénoms du vent, Gallimard, 2013 (prix Mallarmé).
1. Le Passeur Éditeur
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