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Pieds des Mots : Archives

 

PIEDS DES MOTS

Où les mots quittent l'abstrait pour s'ancrer dans un lieu, un personnage, une rencontre, un objet de la nature ou de l’art...

Le principe des Pieds des mots est de nous partager l'âme d'un lieu, réel ou imaginaire, où votre cœur est ancré...

 

Printemps 2025

 

François Minod :

Les uns et les autres…

 

Deux textes inédits

 

©Jacques Grieu, Contre-sens (voir sa page Facebook).

 

Le club des uns

 

- Certains disent que l’autre est dans notre intérieur, vous y croyez, vous ?

- On dit tellement de choses.                                              

- Oui mais c’est quand même grave, si cet autre s’immisce dans notre intimité.

- Ce n’est qu’une supputation ou pour le dire autrement un fake new.

- Vous voyez, vous-même vous vous laissez gagner par l’autre.

- Quel autre ?

- Celui qui vous enjoint à utiliser des expressions de l’extérieur.

- Quel extérieur ?

- Vous ne vous en rendez même pas compte.

- Vous voulez dire fake new ?

- Entre autres, oui.

- Mais mon cher, fake news est une expression qui fait partie du langage commun.

- C’est vous qui le dites.

- Ok, on ne va pas en faire une histoire.

- Vous persistez.

- Qu’est-ce que j’ai dit ?

- Ok.

- Là, vous chipotez.

- Non, je constate.

- En quoi ça vous gêne que j’emploie des mots qui sont passés dans le langage commun ?

- Ils grignotent notre intérieur.

- Mais notre intérieur, comme vous dîtes est façonné par des apports extérieurs qui nous enrichissent.

- Ok, pardon… d’accord.

- Vous voyez, vous aussi…

- Moi aussi, je suis contaminé par l’extérieur.

- Vous préfèreriez qu’on reste les uns avec les uns ?

- Oui, on aurait moins peur d’être envahi.

- Je vois, je vois, vous êtes, comment dire, xénophobe.

- Encore un mot de l’extérieur.

- Eh oui, décidément, on est envahi.

- À qui le dites-vous ?

- À vous, cher ami. Bienvenue au club.

- Au club ?

- Oui au club des uns.

- Mais club est un mot de l’extérieur. Décidément, ils s’insinuent partout à notre insu.

- Et même à notre su, ce qui est encore plus pernicieux.

*

Aux confins de soi-même, il y a l’Autre en embuscade qui attend

Aux confins de soi-même, c’est la nuit qui s’invite dans sa robe moirée

Aux confins de soi-même, c’est l’écho de sa voix qui appelle.

 

***

 

La frontière de l’autre

 

- Tu l’as vu, l’autre ?

- Quel autre ?

- Celui de l’extérieur.

- Non, pas vu.

- Et pourtant il était là, à portée de regard.

- Où ça là ?

- À la frontière.

- De quel côté ? À l’intérieur ou à l’extérieur ?

- Non, juste à la frontière.

- Pas possible, il était soit à l’extérieur, soit à l’intérieur de la frontière.

- Il était sur la ligne.

- Oui mais de quel côté de la ligne ?

- La zone, si tu veux, la zone d’attente.

- Il attendait quoi ?

- De passer la frontière.

- Pour venir chez nous ?

- Non, pas exactement. Il transporte sa frontière pour aller chez nous.

- Donc, si j’ai bien compris, il n’est pas de chez nous.

- C’est cela, il est chez nous mais il n’est pas de chez nous.

- L’autre mais pas l’hôte. Personne ne l’a invité, pas vrai ?

- Pour l’instant, il est dans la zone d’attente.

- Qu’il y reste, de toute manière, je ne l’ai pas vu.

- Il était pourtant là, à portée de regard.

- Ça ne me regarde pas. J’ai beaucoup trop à faire à l’intérieur pour m’intéresser à ceux de l’extérieur.

- C’est toi qui vois.

- C’est tout vu. Je ne l’ai pas vu. Point.

- Du coup, il a disparu.

- Tant mieux. Bon débarras.

 

© François Minod

 

 

François Minod

Francopolis, Printemps 2025

 

 

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Créé le 1er mars 2002