Le point et la virgule
– Si on faisait le point.
– Bonne idée. Qui commence ?
– Je veux bien.
Il déambule sur scène l’air très préoccupé.
– Mais qu’est-ce que tu fais ?
– Ben le point pardi.
– Pas comme ça !
– Comment alors ?
– Ensemble, on le fait ensemble.
– D’accord, allons-y. T’es prêt ?
– Oui.
– À la une à la deux à la trois. À la quatre à la
cinq à la six à la sept à la huit à la neuf à la dix à la onze à la douze à
la treize à la quatorze à la quinze à la seize à la dix sept.
– Tu ne m’as pas attendu.
– Si, j’ai fait le point après le trois.
– Oui mais tu as continué après, sans m’attendre.
– On recommence ?
– D’accord mais cette fois tu comptes jusqu’à
trois, tu m’attends et on fait le point.
– D’accord.
– À la une, à la deux, à la trois.
Un temps long.
– Ben alors ? Je t’ai attendu après le trois.
– J’y arrive pas.
– Qu’est ce qu’on fait alors ?
– On continue sans le point.
– Oui, on s’en fout finalement du point, on le
laisse aux autres.
– T’as raison, qu’ils le fassent le point les
autres, nous on se contentera d’une virgule de temps en temps.
– Et encore…
Creuser
– On n’a rien à y gagner à creuser sans cesse, ça
s’obscurcit de plus en plus quand on creuse aussi profond. En plus ça fait
des trous.
– Et puis surtout, ça creuse.
Des tout petits trucs
– C’est des tout petits trucs. Minuscules. Trois
fois rien. Pas le temps de dire hop, c’est parti. Et pourtant ça laisse des
traces. Par milliers.
– Et ça finit par déchirer la peau du dedans ces
trucs-là.
Continuer à dire ?
– Finalement on a beau dire, ça ne fait pas
beaucoup avancer les choses, mais si on ne
disait rien, ce serait pire, Les choses n’avanceraient plus du tout,
elles seraient immobiles, pétrifiées.
– Alors on continue à dire ?
– A-t-on le choix ?
François Minod, extraits de TOC À TRAC, suivi de LE
DÉPLIEUR, Editions Hesse, 2011
Octobre 2017
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