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Ou les mots cessent de faire la tête et revêtent un visage.

 

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 GUEULE DE MOTS –ARCHIVES

(2010-2017)

 

 

GUEULE DE MOTS



Où les mots cessent de faire la tête et revêtent un visage...

Cette rubrique reprend un second souffle en ce début 2014 pour laisser LIBRE  PAROLE À UN AUTEUR... Libre de s'exprimer, de parler de lui, de son inspiration, de ses goûts littéraires, de son attachement à la poésie, de sa façon d'écrire, d'aborder les maisons d'éditions, de dessiner son avenir, nous parler de sa vie parallèle à l'écriture...etc.

 

 

http://www.francopolis.net/rubriques/sakurai06.gifCE MOIS D’OCTOBRE 2017

 

FRANÇOIS MINOD

 

Le point et la virgule

 

– Si on faisait le point.

– Bonne idée. Qui commence ?

– Je veux bien.

 

Il déambule  sur scène l’air très préoccupé.

 

– Mais qu’est-ce que tu fais ?

– Ben le point pardi.

– Pas comme ça !

– Comment alors ?

– Ensemble, on le fait ensemble.

– D’accord, allons-y. T’es prêt ?

– Oui.

– À la une à la deux à la trois. À la quatre à la cinq à la six à la sept à la huit à la neuf à la dix à la onze à la douze à la treize à la quatorze à la quinze à la seize à la dix sept.

– Tu ne m’as pas attendu.

– Si, j’ai fait le point après le trois.

– Oui mais tu as continué après, sans m’attendre.

– On recommence ?

– D’accord mais cette fois tu comptes jusqu’à trois, tu m’attends et on fait le point.

– D’accord.

– À la une, à la deux, à la trois.

 

Un temps long.

 

– Ben alors ? Je t’ai attendu après le trois.

J’y arrive pas.

– Qu’est ce qu’on fait alors ?

– On continue sans le point.

– Oui, on s’en fout finalement du point, on le laisse aux autres.

– T’as raison, qu’ils le fassent le point les autres, nous on se contentera d’une virgule de temps en temps.

– Et encore…

 

 

Creuser

 

– On n’a rien à y gagner à creuser sans cesse, ça s’obscurcit de plus en plus quand on creuse aussi profond. En plus ça fait des trous.

– Et puis surtout, ça creuse.

 

 

  Des tout petits trucs

 

– C’est des tout petits trucs. Minuscules. Trois fois rien. Pas le temps de dire hop, c’est parti. Et pourtant ça laisse des traces. Par milliers.

– Et ça finit par déchirer la peau du dedans ces trucs-là.

 

 

Continuer à dire ?

 

– Finalement on a beau dire, ça ne fait pas beaucoup avancer les choses, mais si on ne  disait rien, ce serait pire, Les choses n’avanceraient plus du tout, elles seraient immobiles, pétrifiées.

– Alors on continue à dire ?

– A-t-on le choix ?

 

François Minod, extraits de TOC À TRAC, suivi de LE DÉPLIEUR,  Editions Hesse, 2011

 

Octobre 2017