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GUEULE DE MOTS -ARCHIVES 2010
Eric Dubois - Hélène Soris - Laurence Bouvet |
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GUEULE DE MOTS
Cette rubrique reprend vie en 2010 pour laisser LIBRE PAROLE À UN AUTEUR...Où les mots cessent de faire la tête et revêtent un visage... libre de s'exprimer, de parler de lui, de son inspiration, de ses goûts littéraires, de son attachement à la poésie, de sa façon d'écrire, d'aborder les maisons d'éditions, de dessiner son avenir, nous parler de sa vie parallèle à l'écriture. etc
Ce
mois-ci, c’est Serge Maisonnier qui se présente à nous et
nous livre un peu de sa personnalité. Chez nous, à
Francopolis, nous avons le bonheur de connaître cet auteur
et n’oublions pas sa participation active à la
rédaction de l’Anthologie de la poésie parue sur le site
(et publiée chez l’éditeur Clapas) Anthologie qui a
obtenue un franc succès comme vous savez. Le
mien, d'événement, avait sans doute de trop jolis yeux
pour se contenter de seulement contempler les arbres de mon jardin. Ses
pâles mains, désormais, dessinent des arabesques dans des
lieux plus froids et étoilés. Mes deux jeunes enfants
n'appréciant pas plus que moi la brutale réalité
d'alors m'ont vite fait comprendre que les lectures du soir n'allaient
pas tarder à manquer et, en tout cas, ne suffisaient pas
à combler le vide événementiel qui s'installait.
C'est ainsi que j'ai d'abord commencé d'imaginer des tas
d'histoires (un peu comme Roberto Benigni dans La vie est belle) que je
leur racontai lors de balades à vélo ou à toute
occasion de la journée. Mais vous savez ce que c'est ! Comme
dirait l'ami Charlebois Ce métier-là c'est dangereux,
plus on en donne plus le monde en veut. Je me suis mis petit à
petit à consigner par écrit mes historiettes et autres
bêtises et je n'ai pas cessé jusqu'à maintenant,
mes carnets me suivant partout. L’écriture
est donc, chez moi, une affaire de famille et de tous les instants. Mes
enfants, grands maintenant, sont toujours mes premiers lecteurs et pas
les moins sévères. Si un texte ne les fait pas
réfléchir ou ne les émeut pas je peux revoir ma
copie. S'il le fallait je réussirais à me passer d'écrire mais bien plus difficilement de lire. Poésie, philo, essais, littérature, je suis un boulimique avec un quarteron d'auteurs que je lis tout le temps. Je me dis toujours que je ferais mieux d'écrire autre chose que de la poésie (de la prose industrielle, par exemple, ça se vend mieux !) mais j'ai trop de copains dans le milieu. Dès que je m'éloigne un peu de la belle, il y a en toujours un pour me faire replonger. Par contre, et tant pis si certains potes anars me le reprochent assez souvent, je catégorise et délimite toujours mes deux formes d'écriture ; l'esthétisme, l'art, la passion, l'émotion et la sensation pour la poésie ; les idées, qu'elles soient politiques, philosophiques ou théoriques pour la prose. J'essaie donc, toujours, de débarrasser le plus possible mon écriture poétique de militantisme politique ou d'une quelconque métaphysique. D'où ma prédilection pour le je plutôt que le on. Bon, c'est dit ! Je suis un indécrottable lyrique...mais pas transcendantal pour un sou ! Outre l'événement déjà cité, ce qui, je pense, a formaté ma personnalité, ce sont mes origines familiales extrêmement modestes issues des deux mamelles de la France d'après guerre. Un père ouvrier communiste et une mère catho paysanne qui jouaient à la maison la série Don Camillo/Peponne. Même si, depuis longtemps, j'ai opté pour la philo plutôt que le prophétisme, je suis encore maintenant toujours travaillé par cette problématique dualiste qui oppose le logos grec à la pensée judéo-chrétienne. Cette obsession schizophrénique irrigue mon écriture que je matérialise souvent en aphorismes. Si j'aime et écris parfois de la poésie je n'ai pas la prétention de penser qu'elle m'ait attendu pour se bien porter. Et plutôt qu'à encombrer les éditeurs d'un énième recueil qui ne sera sans doute ni lu ni vendu je préfère la promouvoir au sein d'une revue, en l'occurrence celle de Traversées où l'ambiance (belge) est à la franche camaraderie. Du reste, si je ne devais retenir qu'une seule raison qui me pousse encore à écrire ce serait bien celle du souvenir du dernier repas pris au resto entre amis à discuter de notre petite activité et d'y programmer le prochain rendez-vous. Évidemment j'ai besoin de solitude pour lire et écrire, que j'accepte volontiers sachant qu'elle débouchera toujours sur de nombreux partages. Pour
conclure je dirais que, même si le poète jardine
l'essentiel et raccommode l'indispensable, il y a, dans le monde et la
vie, malgré tout, une foule de choses bien plus graves et
importantes que l'écriture. Et mon souci en m'adonnant, à
ma petite mesure, à cette activité, c'est de la pratiquer
avec beaucoup d'application mais sans jamais me prendre trop au
sérieux. C'est, pour moi, la condition pour y trouver toujours
du plaisir et d'entretenir, grâce à elle, des liens
anciens et nouveaux d'amitié. Serge Maisonnier
En librairie
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