|
||
GUEULE DE MOTS -ARCHIVES 2010-2011
Jean-Pierre Lesieur - Serge Maisonnier - Juliette Clochelune... et plus |
.
GUEULE DE MOTS
Cette
rubrique reprend vie en 2010 pour laisser LIBRE PAROLE À
UN AUTEUR...Où les mots cessent de faire la tête et revêtent un visage... libre de s'exprimer, de parler de lui, de son inspiration, de ses goûts littéraires, de son attachement à la poésie, de sa façon d'écrire, d'aborder les maisons d'éditions, de dessiner son avenir, nous parler de sa vie parallèle à l'écriture. etc.
Voici une auteure qui fait honneur
à notre site en venant nous parler d’elle, de sa vie, ses
passions, ses goûts littéraires. Marie Mélisou est
une plume de qualité qui manie aussi bien la poésie que
le roman pour la jeunesse. Son œuvre est importante, variée,
abondante, touchant à des sujets divers. Après ce long
texte sur elle-même, elle nous donne trois inédits qui
finissent d’éclairer sa personnalité. Merci à elle
pour tant de cadeaux. (Michel Ostertag)
L'exercice
de parler de soi reste difficile. Non seulement parce que je
passe une partie de ma vie dans les écoles, collèges,
lycées, à déjà expliquer
mon travail aux enfants et ados. Ensuite parce que ce que je pense est
écrit
sur mon site, reste
d'actualité. Enfin, il est tellement plus simple de se cacher
recouvrir
dissimuler dans un roman ou un poème. Ou l'on est soi. Ou pas. J'écris
de la poésie le matin au lever, ou entre deux pages de roman,
c'est un moment à moi, de totale liberté, où
toutes mes émotions d'adulte
peuvent passer librement de mes pensées au bout de mes doigts
pour faire
chanter le clavier, ce qui est l'inverse de mes écrits jeunesse
où je mesure en
permanence le dosage de ces émotions-là. Lorsque
je n'écris pas, je lis. Je lis énormément, et
c'est une grande
chance d'avoir ce temps-là. Je la paie un certain prix, mais peu
importe ! J'ai
pour habitude de dire que mon inspiration est divisée en trois
tiers. Le premier, j'ai une mémoire à vif, intacte, de ce
qui s'est déroulé
dans mon enfance jusqu'à ce jour et je m'en sers. Le
deuxième, je regarde je
lis et j'écoute mes contemporains, les médias, les
journaux, les livres, les
écrits les dire, et je me surprends à vouloir restituer,
déformer ou prendre le
contre-pied de ce que j'enregistre. Enfin, cette fameuse inspiration...
qui
s'ouvre chez moi par flashs, par insights, et que je dois surtout
écouter, car
lorsqu'ils se referment, je perds à tout jamais ces instants de
grâce. C'est
sûrement moins schématique que ce que je viens de
décrire, mais ça
s'en approche. Mes
goûts littéraires sont variés... Difficile de ne
pas oublier des
centaines d'auteurs lus et aimés, ou appréciés.
Pour faire simple, sur mon
bureau, j'ai sous le coude gauche Tristan Tzara "L'homme
approximatif" et Jean Cocteau "Le Cap de Bonne-Espérance". Et
à
ma droite, les quatre derniers romans lus, "L'été en
tente double",
Jean-Luc Luciani, "Le potentiel érotique de ma femme", David
Foenkinos, "L'autre moitié de moi-même", Anne-Laure
Bondoux, "Je
ne suis pas Eugénie Grandet", Shaïne Cassim qui attendent
un résumé et ma
modeste critique. J'aime
lire et relire l'oeuvre de Joyce Carol Oates, de Charles Dickens,
Jonathan Coe, John Irving, Christian Bobin, Faulkner, Brautigan,
Réné Frégni,
Haruki Murakami, Fred Vargas et tant d'autres... Lorsque
j'aime vraiment un livre, je suis très curieuse de l'auteur et
je vais aller dévorer tout ses livres les uns après les
autres ; ça, c'est pour
moi un vrai régal. Pour les
poètes, j'ai l'impression de ne pas respirer si je n'ai pas mon
étagère de la nrf Poésie/Gallimard à
côté. René Char, Henri Michaux, Philippe
Jaccottet, Nino Judice, Constantin Cavafy, Paul Éluard, Aragon,
Fernand Pessoa
et Pablo Neruda arrivent en bonnes places. Mes
moments d'écriture varient selon les saisons ou les
événements que
je transporte dans la vie. Je n'ai jamais aussi peu écrit que
depuis trois ans,
où j'ai traversé deux cancers avec de longs
soins qui prenaient ma
détermination, et maintenant la fin de vie de ma maman
Alzheimer. C'est là
que je vois qu'écrire est lâcher donner (s')offrir
beaucoup d'énergie. Elle
peut se décupler, mais à un moment cela s'arrête et
il faut attendre que les
batteries refassent le plein. En 12
ans j'ai publié 30 romans et quelques albums jeunesse, et 3
recueils de poésies, écrit pour vous et moi des milliers
de poèmes, des
dizaines de nouvelles. C'est dire si j'ai travaillé,
travaillé, travaillé. Je
ne suis pas ce que l'on appelle un "auteur maison", mon oeuvre est
éparpillée chez différents éditeurs et cela
me plaît. J'ai goûté ainsi aux
joies des grandes maisons et des micros, pour comparer leur sens du
contact, ou
n'être qu'un numéro au catalogue ! Si, il y
a quelques années, j'envoyais mes poèmes et écrits
poétiques
aux revues, aux éditeurs, cela m'a complètement
passé. Je me fiche comme de ma
première chaussette d'être publiée. Écrire
et dire vrai, lutter, résister,
reste le plus important. Après, la vanité de se voir
publiée en revues... Pff !
Je n'ai pas le temps. J'ai
déménagé cinq fois en quelques années et
à chacune des fois j'ai
reproduit "ma tanière" de bureau à l'identique, avec mes
étagères,
mes objets, mes cadres, mes livres, mes papiers, pour me remettre
au
travail au plus vite, dans un cadre connu dompté aimé.
Normalement le matin, le
téléphone ne doit pas sonner, j'écris. Mes copines
ou amis savent que je papote
l'après-midi. Mais en plein roman ma matinée
d'écriture peut se transformer en
douze heures non-stop au clavier. Avant,
j'allais nourrir mon inspiration et mon imaginaire au cinéma,
jusqu'à dix fois par semaine, cela m'a complètement
passé. Je préfère lire,
lire et encore lire. Pas de tablette tactile, inutile de le dire. Pas
de livre
de bibliothèque, j'en suis incapable, j'ai besoin que le livre
soit à moi.
Aussi je suis entourée d'étagères avec plus de
4500 livres. C'est une addiction
pas trop dangereuse ! Cette année 2012 devrait voir la parution
d'un roman de
science-fiction à gros tirage, un album pour les petits, et
l'écriture d'au moins
trois romans prêts dans ma tête. J'écris
directement le corps de mon texte, à partir d'idées
réunies sur
un cahier, ou à partir d'un titre porteur de mille promesses.
Que ce soit pour
les romans ou pour les poèmes. J'écris
complètement démontée par les infos
catastrophiques déversées
sur nous, ou émerveillée par le détail d'une photo
que je viens de prendre ou
le bon mot d'un proche. J'écris
souvent en tentant de réparer des injustices que je trouve
criantes. Mon créneau et mon crédo alors se retrouvent. Je suis
minuscule. Mais vivante. Tous les jours. Et j'écris. Je n'ai
jamais eu l'ambition d'être Chateaubriand sinon rien... Tout ce
que j'ai réussi je l'ai acquit très chèrement. La
vie ne fait pas beaucoup de
cadeaux, il faut savoir trouver les étoiles dans les yeux qui
créent les
occasions de vivre bellement. Si je recopiais des livres entiers de la
biblio.
rose à l'âge de 7-9 ans en croyant écrire... si
j'écrivais des poèmes et de
meilleures rédactions à l'adolescence, je n'imaginais
absolument pas mon parcours
actuel. Dans 10
ans, j'aimerais avoir deux fois plus de sagesse, de volonté de
lutter contre l'injustice et le double de livres publiés. ***
Voici
trois inédits, pour vous...
Et merci d'avoir pris du temps avec moi... "J'étais
un enfant, ce monstre que les adultes fabriquent avec
leurs regrets." Jean-Paul
Sartre Comment ? Écoeurements
criards de la boîte à images, sortent des enfants sans
jeunesse à venir à tenir sous un ciel corrosif qui se
souvient de la terre
plusieurs fois tremblée. Ils conjuguent morsures monstrueux
crimes coups de
bâtons presque sans pleurer, en révolte silencieuse car
affamée, sur leurs
maigres joues pâles et noires. Doivent-ils
se réjouir, ces vivants, d'être esclaves ? Au loin,
la rumeur frugale de ceux qui discutent dans des cimetières
sans mandibules ne palpitent plus de leur enfance allongée
volée saccagée
éclatée sur une terre mille fois explosée.
Leurs parents des déserts n'ont
même pas d'eux une image figée pour pleurer ces plumes de
lumière aux ailes volées. Doivent-ils
sourire, ces innocents, d'être déjà partis ? Ailleurs,
le monstre qu'est la folie des hommes en location,
toujours insatisfaits, qui se côtoient en spirales
radioactives, retombe
sur des corps rebondis des sourires bridés des cerveaux
lacérés et naîtront des
petits d'homme mal formés à qui l'ont dira qu'il vaut
mieux l'être que malfamés
! sans aucune possibilité d'envergure que de voir le soleil se
lever encore et
encore. Doivent-ils
saluer les bêtes à deux têtes et plier en silence ? Les
misères et les jeux cruels continuent, plus loin qu'au loin,
à
jamais amputés de membres devenus fantômes sur l'horizon
sans axe sans divan ni
acropole simplement une folie de plus, le grouillant de
chimériques portails de
fragiles sauterelles d'anxieux ressacs d'un pays déchiré
depuis la nuit des
temps. La fascination des Pères du déluge au
printemps final mastique
les descendances les unes après les autres pour cracher des
moignons des
culs-de-jatte des manchots qui pourrissent sans jamais diriger. Iront-ils
joindre leurs cris aux cohortes fascinées ? Les
bergers chez les humains sont courants d'air dans le vent et je suis
incapable de pleurer chaque petit ôté aux siens à
la vie à l'espoir aux droits
de l'Homme appliqués, quel déchirement ! Alors
que l'on découvre ici GI 581c, ici-de-là
l'ébène est encore du
fretin dont on fait des esclaves, ailleurs ces bouts d'humains sont des
boomerangs qui font aussi pare-balles, là-bas les peines en
pleurs se muent en
chagrins qui sanglotent, et le futur trébuche sur le pauvre
espoir qui se noie.
Les enfants sont plus tard demain toujours, comment n'y pensent-il pas ? Marie
Mélisou - 6 février 2012
|
|
Site créé le 1er mars 2002-Rubriques novembre 2004
textes sous copyright