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Ali
Ali Iken
Ne
reste rien ...
Que
dire de nos temples qu’assiègent les moissons d’orage ?
Que dire de nos peines qui risquent de ne plus jamais vieillir et de
nos soifs qui rêvent des océans...?
Que dire des lettres qui meurent dans des boîtes de conserve et
de ces envies qui roulent leurs potentielles agates le long de ce monde
effaré où s'écoule solitaire le bruit fracassant
de nos vieilles ratures ?
Rien à en dire sinon plonger dans le dernier souffle de nos
pagaies de zodiaque restées seules sur la rive ou encore dans
l’ultime sagesse d'un livre que personne n'a jamais lu à fin de
revoir le harnais d’une gloire dont rien ne reste sauf une sellette et
un étrier et à écouter la mort qui fait d'un crime
une naissance et de la belle orange, un tissu à langer ses
saute-d’humeurs.
Face à l' immobilité écoeurante de nos
désirs las qui tardent à se taire dans l’immédiat,
à ces joies qui s’annoncent mal, à ces espoirs flottants
hors de leur bocal, à ces saisons qui font de leur succession
des cendres et refusent de se plier les cornes, ne reste plus rien qu'
à laisser nos mots se pendouiller d'eux-mêmes aux
têteaux de leurs crêtes automnales et nos crachats
suspendre leur venin sur la férocité de nos nuits
sombres.
***
Envol
Ici et là
la lumière des bouches
des mois, des heures
il y a des jours
elle déborde de partout.
Sans corps
ni même les pieds
au miroir des coeurs
l'équilibre à pas lents
deux paires de lèvres
à l'horizon en vrille
dessinent
l'arc-en -ciel
délices d'un baiser.
***
Temps
des ombres
Il n'y a pas mieux
pendant l'automne qu'un verger pour faire parler les arbres ou dire
l'écho d'un hasard sans saisons. Silencieuse furie - le ravage
des patiences, tout cet amour des temps témoins, le frisson des
feuilles, sa voix poussiéreuse suspendue aux ongles aveugles
fidèles aux manies des gels, en bribes inaperçues, sans
tamis - se consume lointaine, absente sans lumière de l'œil.
Naissance dépouillée de son temps telle la
clairière d'antan pleurant ses arbres ; elle interpelle les
ombres à marcher sur le monstre.
***
Doigts de mots
Quand du creux de nos us d'eux même les
sons se taisent les doigts qui parlent de toute la glèbe sous leur
silence s'arrachent des toiles pas besoin disent-ils fâchés les ébauches sont en dedans de nous.
***
Duo: Ali-Coralie
Ô
belle herbe folle de mon Risoud
si tu es
perdue lève la tête
admire la
branche d'épicéa
sur le bois
rangé qui sent bon
tes couleurs
automnales s'étalent
***
graminées flottantes
une pierre
modelée par la pluie
à
gauche du chemin
***
Ombre et lumière
la vachette
de travers
paît
de l'herbe
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graines rouges
sur le
chemin de retour
un sorbier
***
Des clochettes
le tronc du
pin a soif
Tob à
contre sens
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Les herbes frisées
sur les galets de
calcaire
le coin du bivouac
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copyright gert
Je voudrais te dire
des choses
Je voudrais te dire
des choses
Des choses que tu
n’as jamais entendues
De ces choses qu’on
dit
Après avoir
bu une ou deux
Coupes de champagne
Des choses qu’on ne
dit pas
A haute voix mais
qu’on murmure
Tout bas à
deux doigts de l’oreille
Des choses dont on
ne se souvient plus
Très bien
ensuite
Mais n’importe
l’émotion est passée
Et il en reste
toujours quelque chose
A-travers les choses
dites et les choses reçues
Les mots ne sont pas
choisis
Ils viennent
d’eux-mêmes au rythme
Qui est le leur
De cœur à cœur
***
Les mots d’amour
sont des caresses
Les mots d’amour
sont des caresses
Que seules les mains
peuvent comprendre
La vibration des
mots et la lente musique
Qui les accompagnent
ne sont que le reflet
Atténué
d’une écume de sentiments.
Je voudrais vous
dire, mais je n’ose…
Je
préfère aux mots le doux murmure
D’un « je
t’aime » à peine esquissé
Et mes yeux sont
plus éloquents que ma voix.
Pourriez-vous
m’entendre loin des yeux
Mais près du
cœur : il y a plus d’amour
Dans le geste d’un
au-revoir que dans une longue étreinte.
Certains gestes ont
une telle vibration qu’aucun mot
Ne saurait y ajouter
quoi que ce soit de plus.
Je vous aime autant
dans vos déplacements, vos mouvements,
Vos parfums, votre
démarche que près de moi immobile.
L’amour est vie;
l’amour est mouvement.
***
Pour un peu de vent, un
jour de pluie
Pour un peu de vent, un jour de pluie,
J’ai voulu vivre à tes côtés,
Le temps d’une averse, le temps
D’un rayon de soleil, j’ai mis mes pas dans les tiens,
J’ai respiré ton odeur, ton parfum,
Senti ta peau au-travers de ta robe,
Le temps d’une averse, l’éternité s’est tue,
Mes yeux se sont embués d’eau salée, de tristesse,
peut-être,
Je nous voyais, tous les deux, côte à côte,
avançant d’un pas
Parallèle, dans la même direction, mais il pleuvait fort,
Et la route manquait de visibilité, je ne voyais que tes cheveux
Et rien au-delà…
Le soleil est revenu et nos yeux se sont ouverts
Nos routes se sont séparées, c’est moi qui avait voulu
vivre
A tes côtés, un court moment de printemps, quand les
âmes
S’enflamment et que la raison perd pied…
J’évite, désormais, de sortir les jours de grand vent, de
trop
Grand soleil, la pénombre est mieux mon royaume !
*
Un instant d’exil, comme une cicatrice portée à
même le cœur, au fond de l’âme, depuis l’enfance,
recouverte par les linges du passé, un peu comme un bien
reçu en héritage, transmis de génération en
génération, sorte de viatique à usage interne,
jamais évoqué, jamais montré et que l’on porte en
soi tantôt comme un fardeau, tantôt comme un bien
précieux :
l’exil est en nous et seuls certains mesurent le poids de cette
connaissance.
Jour sombre où pour la première fois on
s’aperçoit de cette chose inattendue, cette cicatrice visible de
nous seuls et qui deviendra, au fil des jours, comme notre passeport,
notre marque d’une nouvelle identité.
*
Exilé de nulle part ou bien d’ici, du Nord ou du Sud, ta voix
est porteuse de plus larges horizons, de pensées sans limites,
ton comportement peut déranger, ta poignée de main n’a
pas la même trajectoire que celle des gens d’ici, mais n’importe,
tu sauras recouvrir la cicatrice de ta vie d’avant d’un nuage de
tristesse qu’on prendra pour de la mélancolie. Mais toi, tu sais
la vraie nature de ton mal…
N’évoque jamais à voix haute tes tourments et tes
inquiétudes ; secret sur ton passé, ignorant de ton
avenir, toi seul sait qui tu es et d’où tu viens.
*
Oh, toi, mon frère en exil, à mille lieux de ce que nous
sommes réellement, j’ai cru t’attendre en vain jusqu’à ce
moment béni entre tous où nos mains se sont
serrées et nos paroles se sont confondues ; dorénavant,
nous ne serons plus seuls, toi et moi, nous pourrons parler d’une seule
voix, marcher d’un même pas, côte à côte,
à jamais.
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Juliette
Clochelune
dialogue hors de
gravité
à chamali
dos à dos
voyagent
les bosses de ce
chameau
sans se voir jamais
mais à qui
causer ?
sous la lune ou le
soleil
le chameau avance
ses deux bosses
rient
et les deux astres
commencent
un dialogue à
quatre
***
Poisson d'avril
(poème acrostiche)
Poissons parlant le printemps
Oiseaux osant ouvrir leurs oeufs
Insectes inventant l'incertain
Souris sirotant en si six sirènes
Serpents soulevant sept soleils sans saveur
Oursons oubliant l'oranger des onze odeurs
Naïades noyant neuf nuanges nouvelles-nées
Dromadaires dosant le do de leurs dix doigts
Anes avalant les a les ans d'avril
Vaches virevoltant en vols violents
Ratons-laveurs rougissants les rêves
Ile invitant l'if indigo
Lissant leurs lueurs lucioles
prose poétique
un début de chemin, vers
où? carnet, voyage, feuilles libres et pensée magique ou
luisante ! les mots scintillent en flammèches et lèchent
l'ancre des navires, les vagues donnent leur sang, leur feu aux mots,
à la langue vidée qui s'étrangle au fur et
à mesure du temps somnambule, du loir flottant dans son
thé, un nuage de sel pour un thé sur la lune, un voyage
de rêveurs où tout glisse et s'éclipse ! la lune
fuit, fuite du sel, de la langue salée, du boeuf, de la vache la
genèse se trimballe en exil sur mars ou jupiter, la lune a
flambé, la terre a gelé, le temps en stalactites accroche
les mots arrache le feu et le cri fuse fuse fusée
interplanétaire, les rêves sont dérobés,
les tartes trop sucrées de marmelade de songe, plus de quoi se
gaver, se graver, graviter en tourte ou soucoupe autour du petit
chaperon lunaire!
l'ours des
banquises fond, les garçons pris dans les verres et
dans le froid se grisent, blanchissent, perdent la main, le
doigté ! plus de plumes, ni d'ailes, qu'un amas de mots de rien,
qu'un amas de cri prisonnier dans une terre craquelée, une
grange inhabitée où rôdent monstres et vampires...
les cauchemars ici sont en joie, raniment la parole, la langue de bois
n'est pas de mise, ici ça lèche, ça flambe, la
langue de feu sort sa croûte, son nid de lucioles et de
papillons, les ombres valises en cartons dégringolent et rien !
tout s'efface !
mal
léchés sont les mots, mots sonores
tiens des
mots poilus qui arrivent dans une poële à frire !
ah! purée de mots, ça flambe comme une crêpe au
cointreau miam!! allez mots sortez de vos granges hop pas de
barbelés je vous veux nus en rut en cri ! ah bas les mots bien
léchés sauf dans le mauvais sens du poil avec une bonne
langue ! au feu tout ça ! au four ! à vapeur à
dada ;-) et les chevaux à vapeur de l'enfance bleue mal
léchée qui croyait que le père noël
c'était le loup-garou ouh ouh oh voleur ! les enfants
dérapent dans les rêves d'adultes venus de la lune, faux
rêveur, faux marcheur, les mots ne sont plus en marche mais en
panne ! ils ne giclent plus, plus de sperme plus de vie brr quel froid
soudain tout gèle en âme déchue
débridée ou frigorifiée enlisée dans la
banquise mais sur la banquette arrière hop
ça remue, oh des jambes en l'air des parties de mots en
éclat dans des chambres douces !
dans la mesure des mots, des
verres, du temps jaillit, du son expulse,
sort des gorges et des granges ! explosion de mélodie,
d'harmonies en total désaccord, endiablées en valse
chopinienne, une chopine oh, allez, un coup à boire, un
bon son de glaçon, les mots éclosent en bulles en
triangles ding dong la cloche a sonné l'école n'est plus
pour les enfants le pays des petits des abeilles et du marchand de
sable attend ses voyageurs ! en route en quête pour un nouveau
chemin de travers...
***
les visages d'une
étoile
visages d'étoile
individus du corail
fibrille un sourire
grelots dans le ciel
la nuit, chant d'un
rire en cage
rêve de luciole
visage enroulé
dans l'écharpe
du renard
ciel apprivoisé
chemin des oiseaux
lumière
à dos de tableau
étoile de sable
à coeur de
visages
le chat lèche
la douleur
des souffles
noyés
en couleur vivante
ton île en
palpitations
ta constellation
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