La Querelle des joncs
La Hollande est un plat pays sans orange
la passerelle des départs qui mène à ta langue
ce grand chien bleu qui garde ta porte
une immense maison aux pierres transparentes
l’avancée de tes terres dans l’amertume des regards
le cœur de tes yeux à la traversée des canaux
la querelle des joncs et de tes chansons
quand elle passe entre tes lèvres
cette Hollande sans souvenir aux confins de toi-même
ou ce pays murissant dans le soleil de tes yeux.
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Maïlis ou la pluie
La
pluie s’écrasait sur les vitres
façonnant le chagrin
départs des lampes dans le miroir de ces gouttelettes
départ de la joie
dans le grain de sable des journées
dans les rues appelant à la vie
Tu as ouvert les armoires de tes mains
pour faire le mur, abandonnant d’un regard
tous les rêves d’équilibres
et plonger dans la soupe de la vie
Tu as partagé un moment la nuit sans aube
frappant le dedans des tempes
une aube divorcée de la nuit
nuit blanche même des paupières engorgées de
frissons
Aujourd’hui le calendrier des heures s’est réinstallé
sur les murs colorés de tes yeux
Les fenêtres laissent passer l’air invisible
Une fourmi a franchi les portes des songes
et transporté la feuille regardée dans le fond de tes yeux
jusqu’au nœud de nos ventres
Amour déchiré
La pluie s’écrasait sur les vitres moins le chagrin
et creusait d’imperceptibles sillons dans tes veines
comme un lit de fraîcheur
pour tes bras, ton ventre, tes yeux, tes lèvres
où je suis. |

Le Foulard
Le foulard bleu des songes autour de ton cou
Je l’ai vu au fond de tes yeux comme un lyrisme ténu
et ta gorge sous mes doigts et tes mains douces d’aveux
dans cette nuit des ventres complices
dans cette nuit de vent magicien
et ta langue salive comme une source bienheureuse
et tu coules en moi dans ce long désir rêvé
Tu avais mis un manteau vert qui habillait la rue
Maïlis double des souffles familiers
Maïlis des mains délivrantes
Une longue route sous le soleil serpente tes rires
Je l’ai vue dans les coins de tes yeux fuir dans la folie de ton sexe
enroulant l’horizon d une autre vie
Cette longue route sinueuse qui découlisse les cloisons
La nuit maintenant ouvre ses issues
Son domaine à tes mains rèvantes
À l’expérience de nous dans les bras dorés des
songes
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Les Gués
Je mourrai
silencieusement avec ce cri dans la gorge je t’aime
pour avoir perdu dans la nuit le charme des lumières
je parle nu avec un vètement d’aube troué sur mes
épaules
la ville comme une jeune fille ne connaît plus l’intelligence
d’aimer
Dieu regarde les gens avec un sourire très fin
l’aube l’aube profile la mort dans les veines des amants
j’ai le regret de ton feu mais le bonheur continuel des attentes dans
mon sang
Il s’agissait de la mort et du voyage péril des songes
du franchissement de leurs gués dans les bouches du temps
la parole de l’hiver a vécu dans le naufrage du mensonge
et dans ma gorge désaimée le chagrin brûlé
par les silences.
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Les Quartiers
funambules
à Thierry D.
Les
enfants de tes
rêves ont mal grandi
dans les quartiers
funambules de ta tète
tes lèvres ont
mordu la poussière de vie
tu as marché
avec l’exil voyou des songes
dans chaque rue
lointaine d’une impossible fête
tu es devenu le loup
errant au cinéma des oublis
la romance aux dents
comme une femme inventée
à
tes pas un temps d’auberges irréelles et de lits
douillets
un temps fou cela
chante la fragilité des amours
les paradis perdus
retrouvés des chansons
les secrets des
métaux sondés par tes yeux
la caresse invente un
doux plaisir de fraicheur
ma petite sœur ma
maman je meurs de vous
à chaque fois
que la nuit n’est plus la nuit
à chaque fois
que l’asile psy refuse même la folie
l’établissement
a perdu mon cœur d’enfant
je ne suis plus
Orphée dans tes bras de détresse maman
j’ai fait les
poubelles dans la ville du soleil
la rage au ventre le
cristal de mes yeux quasi défait
les lueurs de l’aube
s’emparaient de la mer
tu étais
là assis au bord du rivage et tu donnais
à un chien de
nuit l’aumône d’une caresse
le temps volé
au cœur un temps sans recours.
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¸

©Athali
* * *
Luc Vidal Photo
reproduite d’après le site de France Culture
Luc
VIDAL est né à Nantes un 6 juin 1950.
Scolarité et études lycéennes dans cette
même ville. Les chansons de Léo Ferré, Jean Ferrat
et Jacques Brel lui donnent le goût des poètes et de leurs
poèmes. Il apprend le métier d’instituteur à
l’école normale de Savenay, et fait une licence d’histoire
à l’université de Nantes. Premiers débats
avec quelques amis sur la poésie et l’esprit de révolte.
Villon, Rabelais, Baudelaire, Gérard de Nerval, Balzac, Rimbaud,
Verlaine, Zola, Marcel Proust, Romain Rolland, Aragon, Martin du Gard,
Robert Desnos, René Guy Cadou, Guillaume Apollinaire, sont ses
compagnons de route et de lecture.
Il
crée une petite maison d’édition associative dans les
années quatre-vingt, les Éditions du Petit
Véhicule, histoire de penser l’éducation populaire pour
toutes et tous vers le haut du pavé. Il a animé en
particulier la revue Signes, remplacée par la revue Incognita,
Les Cahiers d’études Léo Ferré (avec Claude
Frigara et Daniel Dallaguarda, Stéphane Oron), Les Cahiers Jules
Paressant, Les cahiers des Poètes de l’école de Rochefort
(avec Olivier Delettre) et la revue Chiendents créée avec
Roger Wallet et Stéphane Beau. Les rencontres avec Pierre
Seghers, Norge, Marie-Claire Dumas et Georges Fargeas le fortifient
dans sa ligne éditoriale. Il crée avec Xavier Tournet la
Maison de poésie de Nantes et région. Il a dirigé
la revue 303 consacrée à René Guy Cadou, Luc
Bérimont et les poètes de l’école de Rochefort.
Bibliographie sélective :
-
Orphée du fleuve, poèmes Éd. du
Petit
Véhicule, 1999/2013. Sur les pas de Léo Ferré,
avec Henri Lambert, Olivier Gillisen, Éd. des Trois Orangers,
2003.
- Léo
Ferré, Olivier Bernex et la barque du temps, Éd. du
Petit
Véhicule, 2003.
- Le Chagrin et
l’oiseau perdu (illustré par Nicolas Désiré
Frisque), poèmes, Éd. du Petit Véhicule, 2010.
- Olivier Bernex,
Léo Ferré, De toutes les couleurs, (Livre d’art),
Éd. L’Arganier, 2006.
- Spicilège,
du
Partage des ombres à L’Aigle de Géorgie &
L’œil, Ce compagnon de l’Ombre qui murmure « on arrive
»,
avec Gilbert Conan (poésie et peinture)
- Scénario
du
documentaire René Guy Cadou ou les visages de la solitude, avec
les voix de Michaël Lonsdale et Richard Martin,
réalisé par Emilien Awada et produit par Cinérgies
Productions.
***
Athali, Photo reproduite
d’après son blog
Née
à Nantes en 1962, ATHALI est peintre, plasticienne, et
poète. Après des études à l’École des Beaux-arts de Rouen puis de
Montpellier, et au College of art d'Edimburgh, elle a
participé à de nombreuses manifestations artistiques et
créations événementielles, ainsi qu’à des
expositions collectives, en France, Allemagne, Espagne, Chine. Depuis
1985 à ce jour, elle a eu une bonne vingtaine d’expositions
personnelles, dont deux à Barcelone, et une à Tokyo.
Depuis
2011, elle publie aux éditions du Petit Véhicule
plusieurs livres d’art ainsi que des textes poétiques :
-
Peaux de
peintures, 2011
(peintures et textes)
-
Texte
dans la revue Incognita,
2009
-
Destinaterre, 2010
(peintures et textes)
-
Oranges
de Vie,
2010 (en collaboration avec Luc Vidal, qui signe les poèmes)
-
Terre
d’éclipses, 2015
(peintures et textes, ainsi que des poèmes de Luc Vidal)
Pour
admirer quelques unes de ses œuvres remarquables, visitez son site.
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