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Sabine Peglion -
Marie-Claude Rousseau - Sylvie
Grégoire... et plus
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L’île et l’arbre, l’arbre et l’île : les
deux clés de l’univers totémique de Jeanne Gerval ARouff,
qu’on a pu explorer
dans les trois premières « stations » de
ce parcours – on l’aura
compris – initiatique de son œuvre, forment ensemble, à en
creuser le sens,
la clé combinée de l’androgynie ; une androgynie
essentielle, car vitale,
force de perpétuité, de naissance et de mort,
énergie génératrice des cycles de
l’univers. Une intuition ancestrale et cosmique rythme cette symbolique
dont un
seul autre artiste, à mon sens, témoigne avec autant de
clarté, et dans une
géométrie des formes similaire : le grand Brancusi
de la Colonne sans fin (œuvre assez peu connue
en Occident car créée par le sculpteur pour la ville de
Târgu-Jiu dans sa
Roumanie natale). De cette intuition s’élève, au travers des poèmes qui accompagnent ces œuvres, un immense chant d’amour, fraternel et universel, qui procède par vagues les unes plus hautes que les autres, comme dans l’extase wagnérienne de l’aire de la mort d’Isolde ; et la voix qui nous enchante, qui nous appelle, qui nous transforme en son propre écho cosmique, est bien celle de la Poésie, cette Messie-Femme de l’Ere Nouvelle, car seule capable, d’après l’artiste, de sauver dans son être l’homme gangréné par l’avoir. Peintures et poèmes forment alors un tout inextricable d’une beauté qui subjugue, entrelaçant le corps et la pensée, le cœur et l’âme, la sensualité et la spiritualité, la colère et la bienveillance. Je suis heureuse de pouvoir partager avec les lecteurs de Francopolis ces textes puissants et ces images éclatantes auxquels j’ai pu avoir accès par la grâce de l’auteure, sachant que les œuvres sont éparpillées de par le monde, et les recueils, épuisés et pratiquement introuvables dans les bibliothèques : qu’elle soit assurée de ma gratitude pour m’avoir fait l’honneur de me confier, parfois, ses tout derniers exemplaires. Merci, et Bonne Année, Jeanne ! Dana Shishmanian |
1. L'essentielle androgynie
Arbres de vie ![]() Arbres de vie XIII et XIV ou L’essentielle androgynie, 1994-1995. Assemblage - Teck - cuivre - cristal - encres d'imprimerie. Atelier de l'artiste, Floréal, Maurice. « Cette œuvre fait aussi partie d'un livre, comme un grand nombre de mes œuvres. » «
J’ai suivi pas à pas le poète Toukaram, pèlerin
illettré du Deccan1. Coulent en moi
et m’inspirent
ces lignes où l’intuition chante en lui l’arbre de l’œil
intérieur, présence, porte ouverte sur le sacré.
Arbre de Vie, il donne visage au divin. (…)
A la recherche d’un lieu où planter ma sculpture en pleine Nature, j’ai rencontré un arbre-témoin gravé d’un cœur et, en exergue : T
M O I I Tel l’azaan soufflé à l’oreille du nouveau-né, les psaumes du poète marathe, ce même Toukaram, pèlerin analphabète ivre de Dieu, inondèrent mon être : Toi, tu
prends forme
moi, je renais sans cesse : tous deux à la poursuite de l'union (...) Nous deux, un seul corps Un nouvel être est né Le Toi-moi, le moi-Toi Extrait
de Je t’offre mon arbre, méditation,
dans Signes-Souffle, Espace Multipliants, 1995 (pp. 44 ; 48) CROISSANCE
![]() Croissance / Growth ou arbre-échiquier, 1998. Hommage à Nelson Mandela. Assemblage - Teck et cuivre gravé - signes : oiseau - graine – branche. Collection privée (Jacques et Marie-Paule ARouff Frédéric, Albion Plage, Maurice). « Thème récurrent: arbre de vie. S’y trouve une allusion à Nelson Mandela : Mandela-Mandala ». «
L’énergie ne connaît pas de genre. Une discipline
soutenue, accrochée à l’instant, le lui avait patiemment
appris : l’intelligence, l’esprit, les émotions, la
volonté soumis à la Source. Source qui coulait dans son
corps-conduit, Il-elle n'en réféchissait, alors, que la
beauté. (...)
Faire un avec la
musique. Un avec le soleil qui se lève, Sunrise.
Monte en
Il-elle la rivière de feu, au
déploiement qui ne connaît pas d’arrêt. Quand le
corps
s’allume. La musique s’amplifie, nourrie d’un souffle qui emplit, crescendo, la salle. Y pénètre en douceur, à travers une fenêtre, un rayon du soleil levant, Sunrise. Il-elle avance d’une insoutenable légèreté dans la luminosité croissante. Les apprentis-danseurs de même, comme délestés, aimantés la rattrapent, lui emboîtent le pas. Tous, enveloppés de luminescence, quittent peu à peu le sol. Musique, danseurs, et lumière fusionnent UN
DANS UNE MÊME ÉNERGIE Translucides,
d’un vol
plané, ils disparaissent par la fenêtre, rejoindre
l’éther, élargir des sphères
leur ballet, dilués dans la musique cosmique. » - Sunrise,
Floréal 30 mai 2013, dans Que la musique
soit,
Collection Maurice 20ème titre, 2013.
2. Le
mandala de l’amour
![]()
Le mandala de
l’amour, 2007.
«
Fleur-étoile
île-planète œil-univers ciel-mer En ton centre, pèlerin, se rencontrent terre et cosmos. Que cherches-tu, sinon l’illimitée lumière ? Qu’est-ce, sinon l’autre visage de la vie, celui de l’Amour ? Voici venu le temps de la courbe, celui d’abolir la ligne aux angles, de déjouer les angles du temps, pour habiter la quiétude du non-temps. Voici le temps de la Sphère de l’Amour, celui de t’accorder aux vibrations cosmiques, de décrypter en toi la Fleur de Vie, création-origine parole-source signe-soleil guide-totem symbole inscrit dans ta mémoire depuis la nuit des temps. Voici le temps de la sphère-porteuse de l’androgyne lumière des galaxies. Que ton souffle l’active ! Que rayonne la force magnétique de l’Amour ! » 20 décembre 2007
Dans Carnavalesques 4 - juillet 2010 3.
JOY
![]() Music
beyond. En exposition au Centre
Charles
Baudelaire, 2004. « Enigme bondissait de roche en roche, aussi fluide que l’eau régénératrice du Tatamaka. On l’appelait JOY. (…) Enigme
rencontra alors une ‘main guérisseuse’. Ainsi la nommait-il en
son cœur. Femme à la grâce particulière. Un de ces
êtres, rarissimes, voués aux révélations.
Conquis, il la rejoint pour une promenade méditative. Il s’en
souvient :
Cette nuit-là,je m’embarquais avec elle pour un voyage initiatique. En mon âme, elle fit surgir une prairie verdoyante. ‘Ferme les yeux,’ me dit-elle. ‘Regarde en toi cet immense jardin.’ Je pris le temps de le contempler, le plaisir de le fleurir, l’ivresse d’en humer les senteurs, à ma guise. La promenade dura, se fit danse, ivresse, prière, dans un sanctuaire de passeroses, de gerberas, et de marguerites. Au loin se dressait un arbre. ![]() Photographie prise par Jeanne Gerval ARouff de son balcon à Floréal : un arbre se distingue au loin, rappelant le sapin araucaria du grand jardin de son enfance à Vacoas. Immense, il était le fruit de son imagination, rendu tangible à ma vision. ‘Marche vers lui,’ dit-elle, rassurante. Une vigueur nouvelle coulait en moi en vagues colorées. Ainsi me prenait-elle par la main vers mon enfance. Le savait-elle ? Le Pilier s’élançait, lumineux, au centre du gazon. Il étirait mon âme jusqu’aux cieux. Je l’embrassai de tout mon corps. Mes jambes rejoignirent ses racines. Je les fis pousser, selon les directives de mon guide. Elles poussèrent, et mes jambes avec. Elles poussèrent à travers toutes les strates de la Terre. Elles poussèrent, et mes jambes avec, jusqu’au Fleuve de Vie. Je suis l’Arbre, vivant de mes deux pôles, RESSUSCITE ! » Extrait de L’arbre
à énigme,
dans Arbre de Nouvelles, Collection Maurice, 2009 4. De Danse en transe ![]() Derviche tournant. Peinture acrylique. Collection privée (Jacques et Marie-Paule ARouff Frédéric, Melbourne, Australie) « Lèvre à lèvre du coquillage à l’oreille et recommence la mer roule s’enroule se déroule déclame de son ventre les tambours contre le flanc des récifs roule s’enroule se déroule au cortège d’écume vol blanc de colombes qui frôlent la peau lisse de l’aube enivrent d’iode et de sel algues et serpules d’un battement d’ailes réveillent le songe des sables Cythérée étale son voile de soie Sur la plage des amours. (…) L’immense se soulève se donne – se retire se retire – se donne mobilité pérenne des épousailles que l’ombre du cadran ne saurait encercler immuable matrice où le mystère prend chair » (Extrait de Toi-la Mer, dans Signes-Souffle,
*** « Toi l’étranger – viens (…) Je t’offre le jaune le noir le rouge le blanc module tes désirs de timbres renouvelés sculptures vivantes d’Afrique silhouettes-flammes de l’Est viens danser autour du feu la nuit sans clé épris de liberté tu voudras suivre le vent oubliant qu’il ne peut être pris tu aimeras la Croix du Sud Castor et Pollux le charriot de David et peut-être qui sait suivant par nuit limpide la trace des trois rois perceras-tu le nuage d’inconnaissance2 » Extrait
de Je t’offre ma terre,
Editions de l’Océan Indien, 1990 (p. 21) 5. La
matrice
îlienne
Les fruits de
l’Arbre de Vie ou Métisses Mémoires, 1992 « Tu
as été l’union
entre terre et mer. Entre l’Île et la Terre. Naîtront les
affranchis. L’Île se
libérera alors. Et la Terre. Il est des choses dont seul le
temps a la clé,
quand la matrice îlienne accouchera du métis de ton cœur,
homme mobile des
confluences, femme de toutes les genèses. » Extrait de La roche qui pleure, Espace Multipliants, 2000 (p. 31)
L’envers de l’âme, 1995
(reproduit
d’après Signes-Souffle, Espace Multipliants,
1995).
«
Mes pas sur le pavé Frère,
dans Signes-Souffle,
Women hold
half of the sky
« Il
ne se lassait
pas d’inciser le basalte des contours de cette femme qui l’habitait,
Amoy aux
mille facettes, l’îlienne 20° Sud, femme palette, la Muse des
Mers, la femme
des terres intérieures. L’arbre, les astres et l’œuf se
partageaient sa
cosmogonie. » Extrait
de La roche qui pleure,
![]() Women
hold half of the sky, 1988.
« Toute l’âme du monde
s’étire enivrée de ciel et de
sel Quelles eaux cachent cette nappe
gris-argent frangée
d’émeraude Peu importe les profondeurs Le VERBE de la mer réveille
en
moi des rythmes sans rives L’heure porte au doigt l’anneau de
Gygès de nébuleuse en mille soleils je glisse en cosmos » Extrait de Gygès,
dans Signes-Souffle,
***
« Revenue
de l’absence
Je
voyagevolupté plus lointaine que le souvenir j’invoque Mnémosyne pour dire la doublure dans la douce luminance offrir oasienne l’ESTUAIRE RACCORDE et l’âme s’éclaire éternité reflétée je suis ciel nuage soleil transmués océanides je suis transparence cosmogonie fluide dans l’instant illuminé Je bois la mer Luminescente
légèreté d’être Extrait de Mémoire,
dans Signes-Souffle,
Ex-Centre Charles Baudelaire - Institut de
Maurice -
Rose-Hill
Extrait
de Triple femme, dans Signes-Souffle,
Espace Multipliants, 1995 (pp. 28-29 ; 30). Repris à la fin du recueil Messie de l’ère nouvelle, Espace Multipliants, 2000 «
Les temps sont là où poésie est urgence.
Et le
veilleur brûle de rompre le corral qui l’enserre,
effervescence d’un monde avide de l’Avoir. Il lui tarde de rejoindre
l’estuaire pour se fondre fleuve dans les eaux lustrales de la
mémoire. Elles lavent, ces eaux, jusqu’à la
simplicité ultime, nudité absolue. Faut-il encore faire
tomber de l’œil l’écaille qui teinte toutes choses. La manœuvre
à la barre exige de l’être qu’il sarcle ses habitudes pour
gérer ses jachères s’il veut aborder dans l’éden
perdu, patrie de l’enfance, terre intégrale où les arts
sont UN; qu’il se libère de l’œil de l’analyse, poinçon
divisionnaire du jugement.
Emerge
l’Être purifié, métamorphosé, regard
déshabillé, le Vivant Unifié. Sauvé de la
dispersion, il est bloc sans fissures, conscience, fluidité de
l’eau d’une spontanéité œuvrante. Devenir. De chair et de
sang il se découvre étincelle lumineuse, terre de
Poésie, aire créatrice. Il est roi Midas au pouvoir de
changer en or tout ce qu’il touche, coïncidence du regard de deux
essences divines.
Une
énergie colossale l’habite, le divin en marche.
Créé créateur, l’Être est signature divine,
transmuée sienne, qu’il a pour mission d’exercer au moindre
souffle. Réceptacle, porte battante, il coule rivière,
pour la réalisation du Plan Divin. Le Vivant est responsable de
la réputation de Dieu. Révéler la quintessence de
son Génie Poétique devient sa vocation vitale. Il n’EST
qu’en jouant sa partition spécifique sans détonner.
Il n’EST qu’en chantant sa parole purifiée, son dire original,
vérité originelle, notes essentielles à l’harmonie
de la Symphonie Universelle. »
Mémoires – Poésie : voie salvatrice, dans Signes-Souffle, Espace Multipliants, 1995 (p. 36)
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Jeanne Gerval
ARouff naît le 4 juillet 1936 à Mahébourg
(Île Maurice), entre rivière et mer, là où
la Rivière La Chaux se donne à l'océan.
Après une petite enfance mahébourgeoise, sa famille s'installe à Vacoas. La benjamine (six frères et trois sœurs) se dépense autant dans des activités sportives – tennis, bicyclette, chorégraphie – que dans ses études, particulièrement la philosophie. La pratique des arts martiaux (karaté, judo) comme du yoga lui donne à jamais une discipline et une part de méditation et de contemplation dans sa quête spirituelle. |
Créé le 1 mars 2002
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