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ARCHIVES : CRÉAPHONIE

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Jeanne Gerval ARouff
  Pourquoi chanter

(9ème station)

L’artiste gribouille des signes… son imagination est comme possédée par des symboles inconnus, qui lui viennent de loin, d’au-delà de sa propre vie, de sa propre culture… mais qu’est-elle, la culture ? Ne s’agit-il pas plutôt d’une sorte de mémoire universelle, au-delà de toute limitation historique et géographique, voire au-delà de l’humain ? Jeanne gribouille des signes… sur du papier… sur la toile… sur la pierre dure, dans la peau noble du bois, ou en tailladant la carapace inexpugnable du métal… en assemblant des cailloux, des billes, des fleurs, des bouts de ficelles, des instruments de musique cassés, des livres mis à l’index, des paroles éparses, des cris, des chuchotements, des halètements, des onomatopées, des vagues de la mer, des vents, des tambours, des océans, des battements de cœur, des pulsions du sang, des éclats de verre, des couleurs en fuite… Depuis toujours, depuis son enfance, prolongée / répétée dans celle de son fils, dans celle de sa petite-fille, dans toutes les enfances du monde… elle gribouille, elle cherche… elle note…

Rétrospectivement, on reste ébloui par une certitude, une nouvelle, une de plus, plus impérieuse que celles qu’on a déjà cru acquérir en explorant, fouineur impénitent, dans son univers généreusement ouvert, et qui pourtant en a rebouté plus d’un non-prêt à s’y ouvrir : Jeanne porte partout avec elle la musique comme étant sa propre âme. Elle est musique… son écriture, sa peinture, sa sculpture. Rythme primordial de la vie. Agencement de traces telles des notes musicales toutes matières confondues. Pulsion irrépressible de la mémoire. Partition dictée par des dieux inconnus. Chant des villes du monde. Tangage. Danse. Berceuse d’anamnèse de la terre…

Cette station est là pour nous le faire comprendre, et nous révéler ainsi la clé la plus pénétrante de toutes, celle qui ouvre tout, partout, de la Nouvelle Orléans aux îles perdues dans le Pacifique, et jusqu’aux oreilles virtuelles des animaux de grand fond. Pourquoi chanter ? Pour être libre. Parce qu’on est libre. Pour la liberté que nous sommes quand nous ne savons plus où nous sommes, ni qui nous sommes… emportés par la musique comme par cette « vue des flots » qu’évoquait Malcolm de Chazal comme étant « la plus prodigieuse manière de ‘penser Dieu’ ».

Dana Shishmanian

 

La quête du Graal ou le chant dans la pierre


Les 7 tablettes, 1993-1999, Espace Totem

Le petit carnet où elle gribouille parfois de petits dessins s’emplit, jour après jour, de multiples traits étranges, apparemment sans signification. A y voir de plus près, ces signes s’élaborent quelque peu à la manière de l’écriture millénaire de la terre des symboles par excellence, que lui a transmise sa mère. Ils pourraient s’apparenter à des oiseaux en vol, en conversation, dessins dynamiques, voltigeant à la manière de ces dessins animés si captivants.

Extrait de L’anniversaire - The Birthday Party  (Traduction : Walter Ruhlmann). 
Éditeur Voix de l’Océan Indien : issuu.com/mgversion2, 2011



 
                                                      



Livre-mémoire en atelier

« J’étais assise à même le sol. Adossée au mur de la maison. Les genoux ramenés contre la poitrine supportaient mes coudes, les mains collées à plat contre mes oreilles. Je fermais les yeux. La mer en moi roulait ses tambours. Où était passée la coquille à repriser de grand-mère? C’est là que pour la première fois je fus bercée, lèvre à lèvre, le coquillage à l’oreille, par le flux et le reflux qui nous habitent. Comme une contrée lointaine, une mémoire. Depuis, je sais que je la porte en moi, lancinante, la mer. Fidèle.

Qu’est-ce qui m’avait si tôt arrachée au sommeil? L’aube se réveillait à peine. Cela me revient. Un klaxon hurla, raya d’une lune rouge mon écran intérieur. J’en fus si remuée que pour m’en remettre, il me fallut retrouver la mémoire du coquillage. Guérit-on d’une île? De l’alphabet de la mer? Qu’elle se soulève, se ride, se plisse, se froisse, se savonne... Qu’elle s’étende miroir, et l’aire pacifiante me revigore. »

Extrait de Totem, dans Pile/Face,
Éditions du Totem, 2005 (p. 7)


“I sing because I am free”



“I sing because I am free”, Encres d’imprimerie – billes de verre 1987
Expo : 1er Festival International de la mer – Semaine américaine - Institut, Musée de Port-Louis. Collection privée (Mme. Gèneviève Tyack, Rivière Noire, Maurice)

(Le titre est une citation d’une chanson de Kirk Franklin.)

« Sur les traces de la Croix, je mis le cap plein Sud. Le désir de revoir cette côte australe trahissait l'espoir de rompre le corral qui m'enserre, l'effervescence d'un monde avide de l'Avoir. J'attendais de ses eaux qu'elles me lavent jusqu’à l'ultime nudité; qu'elles me rendent à l'enfance immémoriale, océan séminal du peintre-poète-musicien. Je glisse vers l'estuaire, tel un fleuve qui infailliblement coule pour s'y fondre.

Au loin, les houles grondent contre les falaises, lissent inlassablement leurs flancs, les enlacent, voluptueuses de virginité, immaculées sous les yeux noirs des rochers. La lumière que tissent les alizés s'offre en jaillissements sur les draps du temps. Ici, la terre s'ouvre. Elle reçoit, dans le don du geste, les vagues multipliées. Apaisée, l'eau étale ses corolles. Des vaguelettes bercent leur danse sur une portée de soie. La plage s'imprègne de la salure marine alors que la boit la mer. Les syllabes du sable s'accouplent aux voyelles de l'eau. Tout est épousailles. Tout est don. (…)

Les houles se retirent. Souillac sonore a mis des sourdines. La côte sud étale son voile de silence. Riambel à marée basse dort. Un jeu de miroirs écarte les volets du ciel où gambadent pléiades et hyades; jeu qui aimante mon être vers l'immense; infiniment. Qui résisterait à telle volupté? Immergé, l'Être palpite de jouissance océane. Le songe des eaux est revenu du sommeil. La mer australe m’enveloppe, me lave, limpide. Je suis barque recueillie dans l'onde pacifiante, ravivée dans la doublure des clartés colorées de l'instant. »

Extrait de Littoral Sud, dans Le tour de l’île en quatre-vingts lieux
(Collection Maurice), Éditions Barlen Payamootoo et Rama Poonoosamy, 1994 ;
reproduit d’après Pile/Face, Les Éditions du Totem, 2005, p. 15
 





Sur Black Presence, Jeanne note : « Après sa participation au Salon d’Automne 1989, une exposition collective à Paris, l’œuvre était à l’ambassade de Maurice, Paris, en 1989. Elle ne m'a jamais été retournée. La reproduction figure au dos de mon livre Iliennes 20° Sud ou Le geste unique des femmes mauriciennes 1994 - UNICEF. Peinture qui montre lisiblement des empreintes - TRACES - de PAS, démarche et signe personnel si importants pour moi. »

« La voix soul de Roberta Flack douce-moelleuse inonde ma mémoire. Au croisement je tourne à droite, la rue éclairée au néon surélève une vieille demeure égrène sur 10 mètres son balcon bicentenaire déroule ses fers forgés ses fougères suspendues au plafond vieilles demeures gloire du Vieux Carré du Quartier Français de la Nouvelle Orléans son animation non-stop Bourbon Street illuminé pulse de tous ses pores du Dixieland Hall des maisons de radio des bars de la rue de sept et au-dessus de soixante-dix-sept ans tous nés trompette clarinette à la bouche ou saxo ténor soprano ou alto le Jazz embrase la Cité du Croissant au palais cet arrière-goût de yen de Gumbo ses crabes ses huîtres ses écrevisses son okra cette soupe qui me laisse au ventre une brûlure blues.

À St. Peter Street la foule afflue comme un seul homme de Burgundy Street de Royal Street vers ce temple premier du Jazz centenaire le Preservation Hall vieille bâtisse de 1750 bien trop étroite pour accueillir cette parade sans précédent pour célébrer la nuit entière le nouveau millénaire sur une immense estrade surélevée ce moment unique magique La nuit de l’Improvisation où la vie court tangible tactile comme celle où Angela Hagenbath et Joe Cartwright image des noces qui engendrèrent le Jazz attire l’île toute entière à la rue Royale de Port-Louis nuit mémorable entre toutes when the Saints go marching in. »

Extrait de JAZZ, dans Nocturnes, Collection Maurice, 2000,
republié dans Pile/Face, Editions du Totem, 2005 (pp. 24-25)




The Rape Rap, 1993

Assemblage-installation - Le livre The Rape of Sita, 1993, de Lindsey Collen, potence de bois, toile métallique, clé, tresse collante.

« C’est moi qui ai lancé ce livre. Il fut mis à l’index quelques heures après. Une autre épopée… D’où The Rape Rap, 1993. »

Collection Mme. Rajnee Lallah, Curepipe, Maurice



Shrub Concerto, New Mexico, 1986.
Expo : 1er Festival International de la mer – Semaine américaine - Institut, Musée de Port-Louis – Collection privée
« J’ai roulé sur le fleuve. A lui seul, son nom est voyage: Mississippi. Ses eaux, pèlerinage. J’ai prolongé les rives du temps, longé celles de la Nouvelle Orléans, au temps arrêté. Le Natchez, bateau à vapeur, le dernier, est le même, du moins de même naissance, que celui en terre australienne, qui glisse sur les eaux du Nippean à Sydney. L’homme est le même sous toutes les latitudes. Aux besoins de réinventer le temps, de le réveiller, de se souvenir; voué au ressouvenir.

Du plus loin que je revienne, je revois cette cave où nulle lumière se reptile en fraude. Nulle chandelle, nul tirak*. Ce réduit, cave-cage d’escalier où ma mère logeait ses cantines, les unes sur les autres, les plus petites sur les plus grandes, telles les marches d’un autel, revenues de quels voyages, de quelles terres, recouvertes d’une patine que seul le temps sait cuisiner. Enveloppé des ondes souterraines, ce désir en moi d’apprivoiser la nuit, de creuser le temps, de décrypter ces glyphes qui, tel l’arbre recèle les arcanes secrètes de chaque atome. Ramer à reculons, au diapason du rameur du temps. D’un temps disparu. Mais le temps se souvient de ce qui dort. De ce temps qui bat en moi.

C’est là, dans cette cave-cage, caverne sans diha ni chandelle, qu’à sept ans, l’âge de raison, dit-on, - après une bêtise de gosse craignant les réprimandes - je me réfugiais, voyageais dans la magie de l’interdit, quand la nostalgie des cantines m’étreignait. Bien trop fragile pour oser soulever le plus petit des couvercles de bois plein, les narines dilatées des effluves de camphrier qu’ils distillaient, tapis à l’angle des murs, à même le sol, immobile, l’œil vrillé sur les glyphes d’un alphabet indéchiffrable. Je m’abandonnais, porté par cette matrice accueillante, enveloppé de cette nuit propice aux songes.

Une mémoire sommeille en moi de ces voyages, plages lointaines de l’enfance, allées pavées de pierres cristallines.

Des eaux ruisselantes dévalent cornalines et améthystes, jaspes et apatites.

Je hume un cliquetis d’éclairs.

Résonne en moi, mauve ou bleue, beige ou blanche, l’heure irradiée.

Le temps tisse ses légendes sur les rives invisibles du rêve.
Voyages immobiles que module le fleuve de la vie, modèle, de son chant, les images. »

Extrait de Le voyageur immobile, dans Pile/Face,
Éditions du Totem, 2005 (pp. 12-13)


“Music beyond”

Music beyond. Expo 2004 - Centre Charles Baudelaire.
Atelier de l’artiste: Floréal, île Maurice

« Énigme est né dans un parterre. A la fois un verger. C’est tout juste s’il n’est pas lui-même une fleur, ou un fruit. Ou même un poisson. Niché dans une rue paisible, à Vacoas, en bordure de la rivière Tatamaka, le domaine qui le vit naître réunissait tous les atouts de la campagne dans la ville.

L’enfant se nourrissait de couleurs, de parfums. Du rouge au violet, la palette des roussailles, vavangues, jamalacs, mangues, letchis, fruits de Cythère, jamblons, habitaient son souffle. Il resplendissait au gré des floraisons, des rapports… Dès l’aube, KoKooooooo Riko, ….kouak…..kouak…..kouak, il dansait avec les poules et les canards, berçait les lapins aux yeux roses…¸

Enigme bondissait de roche en roche, aussi fluide que l’eau régénératrice du Tatamaka. »

On l’appelait JOY. (…)

« HUI, HUI, HUI … HUI, HUI, HUI … HUI, HUI, HUI… » Tel est le chant du réveil-matin d’Énigme.

« HUI,  HUI, HUI … HUI, HUI, HUI …  HUI, HUI, HUI… »  Celui qui, chaque jour, à fréquences diverses, le tire en douceur du sommeil.

Chant si plein d’entrain, de joie de vivre, qu’il pulse d’amour. Il renferme un pouvoir. Celui de la prière. A l’effet purificateur, nettoyant l’âme de tout ce qui pourrait l’obscurcir.

Geste contagieux de gratitude, ramenant quiconque l’écoute dans son champ, dans son flot de louanges. 
Merci pour ce jour nouveau.
Merci pour cette vie qui coule en moi.
Merci pour ce que je suis.
Merci pour tout ce qui m’est donné.
Merci … Merci … Merci … Merci …
 
Un mantra de chants d’oiseaux.

Mais où se nichent-ils donc ?

JOY contemple le panorama indicible qui s’étale de son balcon du troisième étage. En face de la fenêtre centrale se dresse au centre du gazon du voisin d’en face l’Arbre Arocaria dans toute la splendeur de ses Hauteurs Sacrées.

Telles sont les lois immuables de la vie. Nos Piliers restent autour de nous. D’une façon ou d’une autre. Sous une forme ou une autre. »

Extrait de L’arbre à énigme dans Arbre de Nouvelles, Collection Maurice 2009
           


Music from the spheres, L’Alizera II, 1997. Disques d’ordinateur en suspension. Exposé au Salon de Mai, Maurice, reproduit dans La Roche qui pleure, Espace Multipliants, 2000. Collection Mme. Myrna Baichoo, Curepipe-Road, Maurice.

« Il regarde s’enrouler les houles au loin, poudrées d’une substance de songe. Son rêve prenait chair dans ses pensées.
Elles sont la portée où chacun et tous joueront sa mélodie dans le concerto multiplié. J’entends battre en moi l’île-basalte, s’animer les sept cordes du merveilleux instrument.

Ses neuf disques dansent aux bras du vent. Sculptent l’espace de leur partition polychrome.

Ils rassemblent en archipel les îles dispersées, les grandes terres déchirées, déchiquetées. Ils sont la mémoire engrangée de l’humanité, delta de toutes les errances parées pour la danse bariolée. Ces disques sonnent les couleurs de l’arc-en-ciel. L’alizéra arpège ses notes éoliennes, paroles de ralliement de toutes les langues, de tous les peuples, leur chant, notre chant :
LA SYMPHONIA DE L’ALIZÉRA
S’avance, prophète, l’écriture nouvelle des énergies rassemblées. »

Extrait de La roche qui pelure, Espace Multipliants, Maurice, 2000, p. 11

Le chant des villes


Photo : Monica Maurel

« DONGGG… DONGGG… DONGGGGGGG… Les derniers accents de l’horloge électrique se taisent. La cathédrale Saint-Louis draine vers la messe de 18h la communauté chrétienne au long de la rue de l’Église. Sir William Newton, perpendiculaire à la rue Royale.

En remontant la rue la Rampe Emmanuel Anquetil du Quartier Chinois, je déguste un à un mes van yen. Les fenêtres des maisons pieds sur rue, s’éclairent à dénier à la rue son droit de lampions. Je croise un couple. Il tangue à droite, à gauche. Elle sur des talons échasses, la robe au ras des fesses, dandine dérive.

“Killing him softly with her song, Killing him softly…”

Et la ville poursuit son JAZZ. »

Présentation d’une rencontre dans le cadre du Printemps des poètes, Maurice, 2006
 

Jeanne au djimbe - disant ‘Na pa kass la ligne, Edouard’, poème dédié tout spécialement au poète Edouard Maunick, souffrant. Lors de la Fête de la Cité en plein centre de Port-Louis - Rue du Vieux Conseil au Parcours culturel. Août 1996. Photo : Lindsay Kadarasen

« Autrefois le feu
sur la pierre-autel libérait la peau des tambours
de leurs rides sèches
et brisait la danse l’osier des reins la soûlerie »

Edouard Maunick, dans Les manèges de la mer, Présence Africaine, 1964,
fragment reproduit d’après Recours au poème


« Encore quelques heures et je boirai les étoiles,
portée par la Symphonie du Sud-Est.
D’autres soleils
à la lumière de la première aube
attiseront le feu du don. »

Jeanne Gerval ARouf, extrait de La messagère du bonheur,
dans Pile/Face, Éditions du Totem, 2005 (p. 36)



Biographie


Jeanne Gerval ARouff naît le 4 juillet 1936 à Mahébourg (Île Maurice), entre rivière et mer, là où la Rivière La Chaux se donne à l'océan.
Après une petite enfance mahébourgeoise, sa famille s'installe à Vacoas.

La benjamine (six frères et trois sœurs) se dépense autant dans des activités sportives – tennis, bicyclette, chorégraphie – que dans ses études, particulièrement la philosophie. La pratique des arts martiaux (karaté, judo) comme du yoga lui donne à jamais une discipline et une part de méditation et de contemplation dans sa quête spirituelle.

       
   Jeanne Gerval ARouff - Stations  parus
   Dire l'Île (1ième station) publié en novembre 2013

   L'arbre-Totem Partie I et Partie II (2ième et 3ième station) publié en décembre 2013 - 

   L’Essentielle androgynie (4ième station) publié en janvier 2014

   Initiation ou l’essentielle nudité Partie I et Partie II (5ième station) publié en février 2014

   La Porteuse (6ième station) publié en mars 2014

   Les Matières (7ième station) Les matières I De pierre et de bois, publié avril 2014

   Les Matières (8ième station) Les matières (II). L’éphémère et l’éternel, publié mai 2014

  
Jeanne Gerval ARouff
 
station 9- Pourquoi chanter

Revue Francopolis juin 2014
recherche  Dana Shishmanian

 
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Créé le 1 mars 2002


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