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Sabine Peglion -
Marie-Claude Rousseau - Sylvie
Grégoire... et plus
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L’artiste gribouille des signes… son imagination est comme possédée par des symboles inconnus, qui lui viennent de loin, d’au-delà de sa propre vie, de sa propre culture… mais qu’est-elle, la culture ? Ne s’agit-il pas plutôt d’une sorte de mémoire universelle, au-delà de toute limitation historique et géographique, voire au-delà de l’humain ? Jeanne gribouille des signes… sur du papier… sur la toile… sur la pierre dure, dans la peau noble du bois, ou en tailladant la carapace inexpugnable du métal… en assemblant des cailloux, des billes, des fleurs, des bouts de ficelles, des instruments de musique cassés, des livres mis à l’index, des paroles éparses, des cris, des chuchotements, des halètements, des onomatopées, des vagues de la mer, des vents, des tambours, des océans, des battements de cœur, des pulsions du sang, des éclats de verre, des couleurs en fuite… Depuis toujours, depuis son enfance, prolongée / répétée dans celle de son fils, dans celle de sa petite-fille, dans toutes les enfances du monde… elle gribouille, elle cherche… elle note… Rétrospectivement, on reste
ébloui par une
certitude, une nouvelle, une de plus, plus impérieuse que celles
qu’on a déjà cru
acquérir en explorant, fouineur impénitent, dans son
univers généreusement
ouvert, et qui pourtant en a rebouté plus d’un non-prêt
à s’y ouvrir :
Jeanne porte partout avec elle la musique comme étant sa propre
âme. Elle est musique…
son écriture, sa peinture, sa sculpture. Rythme primordial de la
vie. Agencement
de traces telles des notes musicales toutes matières confondues.
Pulsion
irrépressible de la mémoire. Partition dictée par
des dieux inconnus. Chant des
villes du monde. Tangage. Danse. Berceuse d’anamnèse de la terre… Dana Shishmanian |
La quête du Graal ou le chant dans la pierre ![]() Les 7 tablettes, 1993-1999, Espace Totem Le
petit carnet où elle gribouille parfois de
petits dessins s’emplit, jour après jour, de multiples traits
étranges, apparemment sans signification. A y voir de plus
près, ces signes s’élaborent quelque peu à la
manière de l’écriture millénaire de la terre des
symboles par excellence, que lui a transmise sa mère. Ils
pourraient s’apparenter à des oiseaux en vol, en conversation,
dessins dynamiques, voltigeant à la manière de ces
dessins animés si captivants.
Extrait de L’anniversaire - The Birthday Party
(Traduction : Walter Ruhlmann).
Éditeur Voix de l’Océan Indien : issuu.com/mgversion2, 2011 ![]() ![]() ![]() Livre-mémoire en atelier « J’étais
assise à
même le sol. Adossée au mur de la maison. Les genoux
ramenés contre la poitrine
supportaient mes coudes, les mains collées à plat contre
mes oreilles. Je
fermais les yeux. La mer en moi roulait ses tambours. Où
était passée la
coquille à repriser de grand-mère? C’est là que
pour la première fois je fus
bercée, lèvre à lèvre, le coquillage
à l’oreille, par le flux et le reflux qui
nous habitent. Comme une contrée lointaine, une mémoire.
Depuis, je sais que je
la porte en moi, lancinante, la mer. Fidèle. Qu’est-ce qui m’avait si
tôt arrachée au sommeil? L’aube se réveillait
à peine. Cela me revient. Un
klaxon hurla, raya d’une lune rouge mon écran intérieur.
J’en fus si remuée que
pour m’en remettre, il me fallut retrouver la mémoire du
coquillage. Guérit-on
d’une île? De l’alphabet de la mer? Qu’elle se soulève, se
ride, se plisse, se froisse,
se savonne... Qu’elle s’étende miroir, et l’aire pacifiante me
revigore. » Extrait
de Totem, dans Pile/Face, “I sing because I am free” ![]() “I sing because I am free”, Encres d’imprimerie – billes de verre 1987 Expo : 1er Festival International de la mer – Semaine américaine - Institut, Musée de Port-Louis. Collection privée (Mme. Gèneviève Tyack, Rivière Noire, Maurice) (Le titre est une citation d’une chanson de Kirk Franklin.) « Sur les traces
de
la Croix, je mis le cap plein Sud. Le désir de revoir cette
côte australe
trahissait l'espoir de rompre le corral qui m'enserre, l'effervescence
d'un
monde avide de l'Avoir. J'attendais de ses eaux qu'elles me lavent
jusqu’à
l'ultime nudité; qu'elles me rendent à l'enfance
immémoriale, océan séminal du
peintre-poète-musicien. Je glisse vers l'estuaire, tel un fleuve
qui
infailliblement coule pour s'y fondre. Au loin, les houles
grondent contre les falaises, lissent inlassablement leurs flancs, les
enlacent, voluptueuses de virginité, immaculées sous les
yeux noirs des
rochers. La lumière que tissent les alizés s'offre en
jaillissements sur les
draps du temps. Ici, la terre s'ouvre. Elle reçoit, dans le don
du geste, les
vagues multipliées. Apaisée, l'eau étale ses
corolles. Des vaguelettes bercent
leur danse sur une portée de soie. La plage s'imprègne de
la salure marine
alors que la boit la mer. Les syllabes du sable s'accouplent aux
voyelles de
l'eau. Tout est épousailles. Tout est don. (…) Les houles se retirent.
Souillac sonore a mis des sourdines. La côte sud étale son
voile de silence.
Riambel à marée basse dort. Un jeu de miroirs
écarte les volets du ciel où
gambadent pléiades et hyades; jeu qui aimante mon être
vers l'immense;
infiniment. Qui résisterait à telle volupté?
Immergé, l'Être palpite de
jouissance océane. Le songe des eaux est revenu du sommeil. La
mer australe
m’enveloppe, me lave, limpide. Je suis barque recueillie dans l'onde
pacifiante, ravivée dans la doublure des clartés
colorées de l'instant. » Extrait de
Littoral Sud, dans Le tour de l’île en quatre-vingts lieux
![]() ![]() Sur Black Presence, Jeanne note : « Après
sa participation au Salon d’Automne 1989, une exposition collective
à Paris, l’œuvre était à l’ambassade de Maurice,
Paris, en 1989. Elle ne m'a jamais été retournée.
La reproduction figure au dos de mon livre Iliennes 20° Sud ou Le
geste unique des femmes mauriciennes 1994 - UNICEF. Peinture qui montre
lisiblement des empreintes - TRACES - de PAS, démarche et signe
personnel si importants pour moi. »
« La voix soul de Roberta Flack douce-moelleuse inonde ma mémoire. Au croisement je tourne à droite, la rue éclairée au néon surélève une vieille demeure égrène sur 10 mètres son balcon bicentenaire déroule ses fers forgés ses fougères suspendues au plafond vieilles demeures gloire du Vieux Carré du Quartier Français de la Nouvelle Orléans son animation non-stop Bourbon Street illuminé pulse de tous ses pores du Dixieland Hall des maisons de radio des bars de la rue de sept et au-dessus de soixante-dix-sept ans tous nés trompette clarinette à la bouche ou saxo ténor soprano ou alto le Jazz embrase la Cité du Croissant au palais cet arrière-goût de yen de Gumbo ses crabes ses huîtres ses écrevisses son okra cette soupe qui me laisse au ventre une brûlure blues. À St. Peter Street la foule afflue comme un seul homme de Burgundy Street de Royal Street vers ce temple premier du Jazz centenaire le Preservation Hall vieille bâtisse de 1750 bien trop étroite pour accueillir cette parade sans précédent pour célébrer la nuit entière le nouveau millénaire sur une immense estrade surélevée ce moment unique magique La nuit de l’Improvisation où la vie court tangible tactile comme celle où Angela Hagenbath et Joe Cartwright image des noces qui engendrèrent le Jazz attire l’île toute entière à la rue Royale de Port-Louis nuit mémorable entre toutes when the Saints go marching in. » Extrait de JAZZ, dans Nocturnes, Collection Maurice,
2000,
republié dans Pile/Face, Editions du Totem, 2005 (pp. 24-25)
«
Énigme est né dans un parterre. A la fois un verger.
C’est tout juste s’il n’est pas lui-même une fleur, ou un fruit.
Ou même un poisson. Niché dans une rue paisible, à
Vacoas, en bordure de la rivière Tatamaka, le domaine qui le vit
naître réunissait tous les atouts de la campagne dans la
ville.
L’enfant se nourrissait de couleurs, de parfums. Du rouge au violet, la palette des roussailles, vavangues, jamalacs, mangues, letchis, fruits de Cythère, jamblons, habitaient son souffle. Il resplendissait au gré des floraisons, des rapports… Dès l’aube, KoKooooooo Riko, ….kouak…..kouak…..kouak, il dansait avec les poules et les canards, berçait les lapins aux yeux roses…¸ Enigme bondissait de roche en roche, aussi fluide que l’eau régénératrice du Tatamaka. » On
l’appelait JOY. (…)
«
HUI, HUI, HUI … HUI, HUI, HUI … HUI, HUI, HUI… » Tel est le chant
du réveil-matin d’Énigme.
«
HUI, HUI, HUI … HUI, HUI, HUI … HUI, HUI, HUI…
» Celui qui, chaque jour, à fréquences
diverses, le tire en douceur du sommeil.
Chant
si plein d’entrain, de joie de vivre, qu’il pulse d’amour. Il renferme
un pouvoir. Celui de la prière. A l’effet purificateur,
nettoyant l’âme de tout ce qui pourrait l’obscurcir.
Geste
contagieux de gratitude, ramenant quiconque l’écoute dans son
champ, dans son flot de louanges.
Merci pour ce jour nouveau. Un
mantra de chants d’oiseaux.
Mais où se nichent-ils donc ? JOY
contemple le panorama indicible qui s’étale de son balcon du
troisième étage. En face de la fenêtre centrale se
dresse au centre du gazon du voisin d’en face l’Arbre Arocaria dans
toute la splendeur de ses Hauteurs Sacrées.
Telles
sont les lois immuables de la vie. Nos Piliers restent autour de nous.
D’une façon ou d’une autre. Sous une forme ou une autre. »
Extrait de L’arbre à énigme dans Arbre
de Nouvelles, Collection Maurice 2009
![]() Music from the spheres, L’Alizera II,
1997. Disques d’ordinateur en suspension. Exposé au Salon de
Mai, Maurice, reproduit dans La Roche qui pleure, Espace Multipliants,
2000. Collection Mme. Myrna Baichoo, Curepipe-Road, Maurice.
« Il regarde s’enrouler les houles au loin, poudrées d’une substance de songe. Son rêve prenait chair dans ses pensées. Elles sont la portée où chacun et tous joueront sa mélodie dans le concerto multiplié. J’entends battre en moi l’île-basalte, s’animer les sept cordes du merveilleux instrument.S’avance, prophète, l’écriture nouvelle des énergies rassemblées. » Extrait de La roche qui pelure, Espace Multipliants,
Maurice, 2000, p. 11
Le
chant des villes
![]() Photo : Monica Maurel «
DONGGG… DONGGG… DONGGGGGGG… Les derniers accents de l’horloge
électrique se taisent. La cathédrale Saint-Louis draine
vers la messe de 18h la communauté chrétienne au long de
la rue de l’Église. Sir William Newton, perpendiculaire à
la rue Royale.
En
remontant la rue la Rampe Emmanuel Anquetil du Quartier Chinois, je
déguste un à un mes van yen. Les fenêtres des
maisons pieds sur rue, s’éclairent à dénier
à la rue son droit de lampions. Je croise un couple. Il tangue
à droite, à gauche. Elle sur des talons échasses,
la robe au ras des fesses, dandine dérive.
“Killing him softly with her song, Killing him softly…” Et la ville poursuit son JAZZ. » Présentation
d’une rencontre dans le cadre du Printemps des poètes, Maurice,
2006
![]() Jeanne au djimbe - disant ‘Na pa kass la ligne, Edouard’,
poème dédié tout spécialement au
poète Edouard Maunick, souffrant. Lors de la Fête de la
Cité en plein centre de Port-Louis - Rue du Vieux Conseil au
Parcours culturel. Août 1996. Photo : Lindsay Kadarasen
«
Autrefois le feu
sur la pierre-autel libérait la peau des tambours de leurs rides sèches et brisait la danse l’osier des reins la soûlerie » Edouard Maunick, dans Les manèges de la mer,
Présence Africaine, 1964,
fragment reproduit d’après Recours au poème «
Encore quelques heures et je boirai les étoiles,
portée par la Symphonie du Sud-Est. D’autres soleils à la lumière de la première aube attiseront le feu du don. » Jeanne Gerval ARouf, extrait de La messagère du
bonheur,
dans Pile/Face, Éditions du Totem, 2005 (p. 36) |
![]() |
Jeanne Gerval
ARouff naît le 4 juillet 1936 à Mahébourg
(Île Maurice), entre rivière et mer, là où
la Rivière La Chaux se donne à l'océan.
Après une petite enfance mahébourgeoise, sa famille s'installe à Vacoas. La benjamine (six frères et trois sœurs) se dépense autant dans des activités sportives – tennis, bicyclette, chorégraphie – que dans ses études, particulièrement la philosophie. La pratique des arts martiaux (karaté, judo) comme du yoga lui donne à jamais une discipline et une part de méditation et de contemplation dans sa quête spirituelle. |
Jeanne Gerval ARouff - Stations parus
Dire l'Île (1ième station) publié en novembre 2013
L'arbre-Totem Partie I et Partie II (2ième et 3ième station) publié en décembre 2013 -
L’Essentielle androgynie (4ième station) publié en janvier 2014
Initiation ou l’essentielle nudité Partie I et Partie II (5ième station) publié en février 2014
La Porteuse (6ième station) publié en mars 2014
Les Matières (7ième station) Les matières I De pierre et de bois, publié avril 2014
Les Matières (8ième station) Les matières (II). L’éphémère et l’éternel, publié mai 2014
Créé le 1 mars 2002
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