Taille-crayon
et tire-bouchon
MARCEL. C’est un fichu truc, le
taille-crayon ! Il a plus souvent l’habitude de « manger »
le crayon que de le tailler, c’est fou ce que ça peut user de
crayons, un taille-crayon !
GEORGES. Oui. Tout dépend du crayon. Plus il est tendre, plus il
est « mangé » par le taille-crayon…
PAUL. En fait, à chaque taille-crayon, son crayon !
GEORGES. On devrait vendre un lot de crayons avec attaché un
taille-crayon adéquat !
PAUL. Vous imaginez le bazar que ça ferait !
GEORGES. D’autant que si on ajoute la gomme avec, car pourquoi ne pas
associer la gomme adéquate avec son crayon ?
MARCEL. Au moment des promotions, il y a bien des bouteilles de whisky
avec sur le goulot, attaché, un verre, en prime.
PAUL. Par contre, je verrais bien des chaussures de marche avec les
chaussettes qui vont avec !
GEORGES. Pas bête ! Car souvent les ampoules qu’on attrape aux
pieds proviennent de la mauvaise qualité des chaussettes.
MARCEL. Donc, rien ne vaut la panoplie ! Le vélo vendu avec le
maillot, les chaussures, le casque, les pansements en cas de chute…
GEORGES. L’adresse des cliniques avec le nom des médecins
spécialisés dans le sport et ses méfaits…
PAUL. La gourde remplie de liquides énergétiques, de
cachets anti-coup de pompe.
GEORGES. L’adresse de la meilleure masseuse du canton pour
réparer les muscles froissés, les entorses multiples.
MARCEL. Et bien sûr l’assurance multirisques couvrant tous les
cas de figures possibles.
PAUL. Un truc à vous dégoûter à jamais de
faire du vélo…
GEORGES. Mais c’est là qu’entre en lice le marketing, à
chaque boyau usé, une prime serait versée par la marque
du vélo : « Plus vous roulerez, plus vous serez
remboursé » et encore : « On veut faire de
vous un sportif, pas un consommateur ». Tu parles !
PAUL. Vous délirez, les amis…
GEORGES. Oh, à peine !
PAUL. Revenons à notre taille-crayon, s’il vous plait. Il y a
pire que lui, oui, pire, c’est le tire-bouchon, car enfin, si on peut
toujours tailler un crayon avec un couteau affûté, essayez
donc
d’ouvrir une bouteille de vin si vous n’avez pas de tire-bouchon.
Impossible ! La bouteille, vous pouvez la jeter, croyez-moi, ou tout au
moins la remiser à la cave. Avec les dents, il ne faut pas y
songer. Un couteau, pas davantage… Un homme sans tire-bouchon est un
homme perdu, à moins de boire que de l’eau !
GEORGES. Je suis tout à fait d’accord avec ce jugement,
moi-même, une fois, je venais d’emménager dans un nouvel
appartement et pour fêter cela, j’ai sorti une bonne bouteille de
bordeaux, mais je n’avais pas de tire-bouchons… J’ai dû aller
sonner chez mon voisin de palier, lequel, gentiment, m’a
prêté son outil.
MARCEL. Ça crée des liens…
GEORGES. Vous avez dit vrai, depuis, nous sommes devenus amis.
MARCEL. Le pinard rapproche les peuples, quelqu’un a dit ça, je
crois !
PAUL. Un poivrot, sûrement !
MARCEL. Pas forcément. Un connaisseur !
GEORGES. Un habitué. Ce qui est sûr, c’est que nous sommes
devenus amis !
MARCEL. Il y a comme ça des choses indispensables, le
tire-bouchons pour la bouteille de vin ; le taille-crayons pour le
crayon !
PAUL. Et pour les huîtres ?
MARCEL. Rien !
GEORGES. Si, on a parlé, il y a quelques années d’un type
qui avait inventé une solution astucieuse…
MARCEL. Qui consistait à offrir la possibilité d’ouvrir
toutes les huîtres en tirant sur un fil placé à
l’intérieure de l’huître, au moment de sa formation…
GEORGES. Oui, l’idée était bonne, mais la mise en
pratique n’a pas été à la hauteur des
espérances.
PAUL. On glorifie les bonnes bouteilles, les vins de bordeaux, de
bourgogne reçoivent moult prix, d’étoiles, de
commentaires, l’américain Parker fait la pluie et le beau temps,
oui… mais quant au tire-bouchon ? Rien ! Pas le moindre classement ! Et
pourtant, il y en aurait des choses à dire. Tous ne sont pas
égaux devant la critique. Certains déchiquètent le
liège du bouchon, l’émiettent, le rendent inutilisable,
laissent tomber des morceaux au fond de la bouteille ; certains autres
travaillent en artiste, opérant en silence, ne laissant pas de
trace, rendent le bouchon intact avec seulement un petit trou au
sommet. Seuls, ceux-là méritent le nom de tire-bouchons !
GEORGES. C’est comme pour tout le reste, la qualité n’a pas de
prix !
MARCEL. Eh, oui ! Il y a dans les tire-bouchons, comme en voiture, les
Rolls et les Twingo!
PAUL. La malédiction : ouvrir un grand cru et n’avoir qu’un
tire-bouchon de basse extraction !
GEORGES. Là aussi, il ne faudrait jamais vendre de grands
bordeaux sans tire-bouchon de même qualité !
MARCEL. L’un ne va pas sans l’autre !
PAUL. Vive le mariage de l’utile et de l’agréable !
GEORGES. Que dire, de l’indispensable et de l’agréable !
PAUL. Les magasins Nicolas devraient ouvrir une annexe pour la vente…
MARCEL. De tire-bouchon et
GEORGES. …de taille-crayon…
MARCEL. Pas forcément…
PAUL. Ou alors offrir à ses meilleurs clients un tire-bouchon de
haute qualité, ça serait un argument publicitaire valable
: « Achetez une bonne bouteille chez Nicolas et il vous sera
offert le tire-bouchon qui sera digne de l’ouvrir ».
MARCEL. Ça c’est ce qu’on appelle avoir le sens commercial…
PAUL. Vous savez mon goût pour les produits qui donnent la
possibilité de faire plusieurs choses…
MARCEL. Comme le canapé-lit, par exemple.
PAUL. Les robots-ménagers qui sont capables de mixer, couper,
malaxer et que sais-je encore !
GEORGES. Le télé-magnétoscope-Dvd…
PAUL. Eh, bien moi qui adore les mots fléchés que je fais
avec un crayon, bien sûr, et un verre de bon vin, je devrais
chercher à trouver le tire-bouchon-taille-crayon !
MARCEL. De qualité adéquate, évidemment !
PAUL. Évidemment !
GEORGES. Je pense que celui-là demanderait à être
inventé !
PAUL. J’en ai bien peur !
*****
Michel
Ostertag
pour francopolis mai 2008
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