Billet d'humour ou ballade d'humeur
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Brèves de conversations II

MARCEL et GEORGES


MARCEL. Jésus, j'aurais aimé le rencontrer, pas pour lui baiser les pieds ou les lui laver, non, pour boire son vin qu'il a fabriqué avec de l'eau. Ce vin-là, j'aurais aimé voir quel goût il pouvait bien avoir !
GEORGES. Une piquette, sûrement !
MARCEL. Pas dit !


MARCEL. Tu comprends, la loi de Pareto est toujours d'actualité, tu peux essayer de l'oublier mais elle revient à chaque raisonnement : les 20-80, tu ne peux rien y faire. 20% des riches possèdent 80% de la richesse nationale et dans tous les domaines, c'est la même chose, il n'y a rien à faire. On est victimes de ce truc-là, c'est tout.

MARCEL. Les gens, ils me font rigoler. Dans les trains, maintenant, il y a des wagons climatisés et quand la clim tombe en panne, et crois-moi, ça arrive souvent, les gens râlent comme des voleurs, mais moi, je me souviens des trains d'après-guerre, où il fallait voyager les glaces grandes ouvertes avec le risque de choper une escarbille dans l'œil. Tous ces jeunes ignorent tout de leur passé proche.
GEORGES. Et quand tu leur parles de ce temps-là, ils te regardent avec des yeux tout ronds…Comme si tu étais un martien ! Pourtant, y a pas si longtemps que les trains marchaient de cette façon, non ?


MARCEL. Tu sais, quand je revois défiler les Actualités de la débâcle de juin 40, ça me fait tout drôle…
GEORGES. Ah ! Oui, pourquoi ?
MARCEL. Mais parce que je suis dessus !
GEORGES. Comment ça, dessus ?
MARCEL. C'est comme ça ! On a filmé à tour de bras, à ce moment-là, je me suis trouvé avec mes parents  à l'endroit où se trouvait le cameraman, c'est comme ça qu'aujourd'hui je peux me revoir sur l'écran de télé à chaque fois qu'on nous commémore l'Exode de 1940. ça me fait de drôles de souvenirs.
GEORGES. C'est normal, c'était la drôle de guerre !


MARCEL. Les barrières les plus terribles, ce sont celles que tu te mets dans la tête ou qu'on a mis dans ta tête, celles-là, tu sais, tu n'auras pas de toute ta vie pour les enlever ou simplement les abaisser, crois-moi. J'admire ceux qui sont vierge dans leur tête, qui n'ont jamais été au catéchisme, à l'armée, sous la coupe d'un petit chef facho, tu vois le genre, le type libre, totalement libre… J'aurais aimé être un de ceux-là.

GEORGES. J'aime bien les salles de concert, la grande musique j'aime, mais je dois avouer qu'à la télé, c'est autrement mieux, mis à part l'acoustique, ça, question d'acoustique, rien ne vaut la salle Gaveau ou la salle Pleyel, bien sûr, mais à la télé, la caméra, elle se balade de droite à gauche, en bas en haut, elle te fait voir les mains du pianiste, la tête du premier violon, le type aux percutions qui attend, attentif, le moment exact où il va donner son unique coup sur la cymbale ou dans le triangle.. C'est magique !         


GEORGES. Chaque matin, tous ces gestes répétitifs, se laver, s'habiller, faire son lit et aussi déjeuner, tout ça avant de faire un peu de créatif, d'original, et tout ce que j’aime faire, écrire, peindre, inventer des trucs, des phrases, des histoires. Que la vie est mal faite ! Je me sens tout à fait capable de me consacrer à ces choses-là du matin au soir.


MARCEL. L'autre matin, j'ai pris un bain un peu trop chaud, assurément. J'ai eu une chute de tension. ça fait drôle ! On a plus de jambes, la tête vacille, on a l'impression de perdre pieds, on a qu'une envie : se raccrocher à un meuble, s'allonger par terre s'il le faut…l’impression d'être sur un bateau au sortir du port. Puis ça se passe au bout d'un moment.
MARCEL. Les gosses, si on les écoutait, ils se laveraient jamais les dents…C'est comme ça que plus tard, tu vois des types qui ont de vrais chicots à la place des dents… Et si c'est pareil pour le reste du corps, tu imagines ce que ça doit être !


MARCEL. J'ai remarqué que ce sont ceux qui n'ont rien qui ont le plus d'héritiers…
GEORGES. C'est l'apanage des pauvres !
MARCEL. Et à l'inverse, ceux qui ont le plus, sont ceux qui ont le moins d'héritier, voire pas du tout.
GEORGES. C'est pour ça que la richesse reste toujours dans les mêmes mains, c'est la pauvreté qui se divise, et là, tu hérites plus qu'il n'en faudrait !


MARCEL. Tu te rends compte, le même présentateur du Journal Télévisé pendant trente ans, le type qui a passé toute sa vie à débiter les mêmes horreurs chaque soir, à la même heure, devant la même caméra, l'opinion qu'il doit avoir du monde dans lequel il vit, malgré tout.


MARCEL. Tu sais, moi, j'ai toujours fait de l'athlétisme. Tout jeune, c'était les 200 et 400 mètres. Puis en devenant adulte, ce fut le 5 000, puis le 10 000 mètres. À près de quarante ans, je me suis mis au marathon, au début, j'étais à 2h45, puis, d'année en année, je suis passé au-dessus de la barre dès 3h. Aujourd'hui, à près de cinquante ans, je vais vers les quatre heures de course. D'ici ma retraite, il me faudra partir la veille pour arriver avec les autres !


MARCEL. A l'armé, on faisait souvent le lit en portefeuille, histoire de mettre à la coule les « bleubites » comme on les appelait. Mais tu sais, au cours de ma vie, j'en ai rencontré des types qui avaient le cerveau en portefeuille sans qu'ils aient la possibilité de refaire leur lit !
GEORGES. T’as raison ! Des types tellement obtus que t’as l’impression que leur cervelle est enveloppée de calcaire et quoique que tu dises, y a rien à faire, leur système de penser ne peut pas varier d’un pouce, c’est toujours le même refrain.

MARCEL. L'autre jour, j'ai croisé dans ma banlieue, un type très bizarre…
GEORGES.Qu'est-ce qu'il faisait de si particulier ?
MARCEL.Il avançait de six pas et aussitôt après il marquait une courte pause en se mettant accroupi, les fesses sur les talons, puis, comme s'il était mû par un ressort, il bondissait pour reprendre sa position droite, puis, derechef, il reprenait sa course et, de nouveau, six ou sept pas après, il recommençait…
GEORGES. Ce type, c'était zébulon !

GEORGES. Mon frère vit à la campagne. Il y a une ferme pas loin de chez lui, d'où des mouches en permanence, surtout l'été. L'année dernière, il a fait repeindre son salon avec de la peinture spéciale anti-mouche, vraiment efficace, tu peux me croire, depuis…
MARCEL. S'il existe une peinture "anti-cons", tu me fais signe, je l'achète de suite et je repeins tout mon appartement...


MARCEL. J'aimerais  plus le cinéma si les gens qui le font faisaient eux-même un peu moins de cinéma, tu comprends, car, ce que je vois, ce sont des gens qui en font un plat de leur truc, ils se font un de "ces cinémas"  au point que tu peux pas voir une séquence de trois minutes sans qu'aussitôt des effets spéciaux viennent dégueulasser l'intrigue, bousculer l'image avec karatékas bondissants… Non, j'en suis arrivé à regretter les vieux films en noir et blanc d'avant guerre, les Gabin avec texte d'Audiard, tu te rappelles ?



MARCEL. Avec le vin, c'est toujours la même chose : c'est l'escalade ! Tu roules avec un verre par çi, par-là, puis tu engraines avec un apéro chaque midi, puis tu changes de braquet, tu attaques le litre au repas, puis vient la débandade avec les copains, comme des cons on s'entraîne les uns les autres pour finir par dégénérer. Il faut revenir à l'eau, la pétillante ou la plate, à la convenance de chacun. Elle seule remet les choses en place.
GEORGES. Et puis comme ça, après une petite cure de flotte, tu peux repartir le pied ferme dans le jus de la treille, n'est-ce pas ?

MARCEL. La messe, le dimanche, à l'église, c'est bien tant que le curé chante, c'est quand il parle que les choses se gâtent, car à écouter ce qu'il raconte à ses ouailles, je préfère rester dehors à discuter avec les copains…
GEORGES. Devant un verre au bar du café d'à-côté…
MARCEL. T'as tout compris !


MARCEL. Je comprends les femmes qui en ont assez du foot à la télé, tu penses, tous les soirs, c'est la même chose, onze mecs, face-à-face, à courir après le même ballon… Il y a de quoi foutre le camp et aller voir ailleurs…
GEORGES. Oui, mais ailleurs, c'est pareils ! Tous les autres mecs sont devant le petit écran, c'est foutu, non, il y a une solution, que la Fédé de football offre aux supporters un deuxième télé à ceux qui n'en ont qu'un…


MARCEL. Quand je pense à mon mur pour lequel je me suis cassé le cul à chercher des vieilles pierres à travers le Causse pour respecter la tradition laissée par nos anciens ; tu montes les pierres une à une, en plein soleil, sans ménager ta peine, tu fais ce que tu peux pour être conforme à ce que tu vois des autres murs et puis un jour, un petit bonhomme, en complet cravate, une petite sacoche à la main se présente à toi, envoyé du Ministère des Impôts, dit-il, des papiers officiels plein les mains pour te reprocher de ne pas avoir suivi correctement les plans issus d'un Schéma directeur ou d'un POS dernier cri. Toi, tu tombes des nues, tu ne comprends rien à rien et c'est le drame. Il t'enverrait aux galères, ce mec ! Finalement, en désespoir de cause, tu devras payer une amende, tout heureux à ne pas avoir à détruire ce mur qui t'a coûté tant d'efforts et de peine. Aux prochaines Elections, tu voteras Lutte-Ouvrière, la haine accrochée au bulletin de vote !
GEORGES. Oui, mais tu oublies que ce sont les ouvriers qui montent les murs chez les riches propriétaires, ils s'en foutent pas mal des ennuis, c'est pas eux qui reçoivent les agents du fisc ! Eux, ils montent les murs, ils touchent leur salaire et ils s'en vont, l'esprit libre ! 


MARCEL. Cette manie qu'ont les gens de vouloir tout expliquer, mettre tout en place dans des petites cases, nomenclaturer les choses et les gens, coller des étiquettes, comparer les uns avec les autres, donner des notes, créer des hiérarchies : autant de choses qui polluent la vie et le raisonnement de chacun.
MARCEL. J'ai remarqué que depuis quelques années les journaux nous prenaient soit pour des experts en tout, des sortes d'éternels polytechniciens doublés d'énarques soit de parfaits débiles mentaux ! La télé, c'est pareil.
GEORGES. Sauf qu'à la télé, c'est plutôt le côté "débile mental" qui est le plus souvent mis en pratique !


MARCEL. Tu as pensé à l'énorme album de famille que nos arrières-petits-enfants auront à feuilleter quand ils seront grands. Quand on pense à toutes les pellicules photos, les films vidéo, les cassettes audio que nous prenons d'eux depuis l'inventions de toutes ces machines… C'est démesuré ! Dans cinquante ans, ils verront leur arrière-grand-père sur le pot, le jour de son baptême, que sais-je encore…
GEORGES. Ils foutront tout ça au feu avant même de les avoir vus, tu penses !
MARCEL. C'est à espérer !


MARCEL. On avait un copain qui s'appelait Joseph, il était charpentier-menuisier et sa femme s'appelait Marie. Quand ils ont eu un garçon, nous ses copains, on lui a soufflé de l'appeler Jésus, ça nous semblait tellement évident… Il n'a jamais voulu ! Je ne sais pas pourquoi !


MARCEL. Avec les moustiques, c'est une guerre sans merci entre eux et moi. On est dix dans une pièce, un moustique arrive, tu peux être sûr je serais le seul à me faire piquer, y a pas photo ! Il paraît que c'est parce que j'ai le sang sucré !
GEORGES. Tu devrais aller voir les ours, s'ils te lèchent les jambes, c'est que ce qu'on te dit est vrai !


MARCEL. Ils viennent d'inventer les plages équipées de balises pour aveugles, je trouve cela  génial, non ? Mais moi, ce que j'aimerais, c'est qu'ils inventent un système pour que je retrouve à coups sûr ma voiture dans la rue où je l'ai laissée, car neuf fois sur dix, je tourne en rond pendant une demi-heure, je panique un maximum avant de la retrouver où je l'avais garée. Ça, pour moi, ça serait un immense progrès.
GEORGES. En fait, seuls les progrès qui améliorent notre vie ont de la valeur, les autres, c’est pour la gloriole…
MARCEL. Comme monter sur la lune, à quoi a servi tout ce tintouin ? Et ils parlent d’y retourner, ils ont rien compris les mecs ou alors ils ont du fric en trop à dépenser ! Alors, sur Mars, tu imagines !

 

Michel Ostertag
pour francopolis novembre 2009


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Créé le 1 mars 2002

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