Un fantôme qui hante un
autre fantôme est un esprit supérieur.
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Il vaut mieux prendre le diable par les cornes que de le tirer par la
queue.
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Le poème est un objet qui sert à mesurer la distance
entre nous et l'éternité.
Sans cesse, il se heurte aux limites de sa liberté.
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Si vous parlez au travers de votre chapeau, ayez la décence de
porter un chapeau de qualité.
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Il faut voir plus loin que le bout de son fleuve. Il faut croire
à la mer même en plein coeur de la ville.
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Si vous adressez la parole à quelqu'un, n'oubliez pas le timbre.
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Accumulez des points cardinaux et devenez pape!
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Restez pour toujours à la mode : dénoncez la sottise.
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Être lucide implique la remise en question de se penser lucide.
La folie n'est jamais loin.
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J'aime bien qu'il y ait le mot vain dans écrivain.
Ah oui, et aussi le mot rire dans écrire.
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Ce n'est pas l'amour qui va transformer votre vie, c'est votre vie qui
devrait transformer l'amour.
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Mot d'enfant.
Emilie affirme, alors que beaucoup de neige a fondu, que c'est le sable
épandu sur les trottoirs
qui attire le soleil.
Extraits
inédits de Mouches à feu, 2006.
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LES APHORISMES
DE JEAN-MICHEL MAULPOIX
Le poème fait des clous que j’arrache, et des trous qu‘il
laisse dans la voix.
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Les métaphores, en bandes armées, font des photocopies. Le
Poète ? Un colleur d’affiches.
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Il ne suffit pas de convertir l’insatisfaction en puissance de feu.
À moins que la mélancolie ne soit une arme blanche.
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Face à la mort, je m’agenouille, je rends des comptes. Vivre
est une habitude que l’on prend en naissant .
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Quelles sont vos raisons d’être ? Amasser de l’argent ?
Bronzer à Hammamet ? Dégrafer la gorge des femmes ?
Je vous sens expert en ces choses que je connais si mal :
De mon côté je me contente d’agrafer les pages et les
phrases.
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Je tourne autour de ma propre vie : j’en connais la sortie et j’en
cherche l’entrée.
J’ai mis par jalousie mon innocence et mes désirs sur tables
d’écoute, et je circule
parmi les phrases comme dans les rues d’une ville dépourvue de
centre et de plan.
*
J’écris par ignorance de ce que je vais dire : être
à soi-même quantité d’autres.
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LES
APHORISMES DE JEAN-MARIE KERWICH
Je vais, je viens, mais je ne peux aller aussi loin que ce brin d’herbe
au bord du chemin.
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Le feu ne peut brûler le feu, ni l’eau ne peut noyer l’eau, mais
l’homme peut blesser son semblable.
*
Si le feu pouvait pleurer, la pluie ne serait pas aussi belle.
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Au milieu de mille imbéciles, il y a un ignorant magnifique.
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Les gitans vous ont volé votre or, mais ils ne vous ont pas
vendu l’eau des montagnes.
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En construisant les murs, on détruit le vent.
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Les pommes se vendent aux bourgeois, mais se donnent aux vagabonds.
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Ce matin, je suis entré dans une église. De nombreux
fidèles
suivaient la messe. Mais nul ne savait que Dieu se promenait dehors.
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extraits
de Les jours simples, Le temps qu’il fait
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LES
APHORISMES D’YVON LE MEN
Comme le bruit court qu’on peut être heureux, j’alimente la
rumeur.
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Ses yeux avançaient sur les pages
comme les pas du funambule
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Les phrases étaient autant de fils
qu’il aurait traversés
*
Les mots pesaient sur la phrase
comme la barre sur les bras du funambule
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Le silence qu’il faisait en lisant
allait crever.
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On aurait dit
que cet homme qui lisait
venait d’apprendre à lire.
Il y a cet instant où c’est l’heure du poème.
*
Son regard était tendu
comme un fil au-dessus du vide
extraits
de Besoin d’être heureux, éditions du Seuil
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