Aphorismes

par Aaron de Najran
-Prononcer vingt-cinq aphorismes par jour et ajouter- :
«Tout est là» (Jules Renard)
APHORISMES DE
JEAN DIF
On
couche ses idées sur une page pour les ensevelir dans l'oubli
car
la plupart des livres ne sont feuilletés que par des aveugles.
Se
dévêtir comme
on dévide un cocon. Laver la vitre qui nous sépare des
autres.
Ne pas la briser. Non, seulement la frotter, la nettoyer
jusqu'à
la rendre invisible.
La page n'est pas le miroir de
l'auteur. C'est la fausse fenêtre du lecteur.
La
poésie est une auberge espagnole où chacun apporte ce qui
lui manque.
Toute fenêtre par
où nul regard ne se glisse est une bouche inutile.
Rien
n'est passionnant que ce
qui est vrai. Devons-nous en conclure que les oeuvres qui font mouche
sont
toujours l'expression de la vérité? Non, certes, mais
elles
en sont alors l'illusion.
Fourbissez
votre âme jusqu'à
ce qu'elle reflète ceux qui la regardent. Ils y
reconnaîtront
l'oeil des profondeurs.
Les
écrivains ne se mettent pas à poil quand ils se
déboutonnent. Ils mettent la main à la plume.
Comment
tenir sa langue dans sa poche quand elle est trop bien pendue?
Mettre les bouchées
doubles n'empêche pas de mâcher ses mots.
Les
consonnes forment la carcasse
des mots. Les voyelles leur donne de la chair et les accents donnent
des
ailes à ces dernières. Il ne faut donc pas
s'étonner
que les paroles s'envolent.
Le
regard nous permet de voir, mais c'est par les mots que nous comprenons.
La langue est la pierre
à aiguiser des sentiments.
On
parle autant avec les dents
qu'avec la langue. La parole a été donnée aux
hommes
non seulement pour flatter mais aussi pour mordre. La preuve? Un homme
privé
de dents éprouve les plus grandes difficultés à
s'exprimer
sans bafouiller.
Les
mots ne sont pas les miroirs de la pensée. Ils en sont les
graines.
Vivre de sa plume? Comment? En
rongeant le porte-plume!
copyright Joelle Sacré
Si la terre tourne rond,
comment se fait-il que le monde aille si mal?
Le
monde avance en titubant. N'est-ce pas normal puisque la terre est
ronde?
La vie est une illusion
d'optique. Qui sait où se trouve son horizon?
La vie
est un songe dont on ne sort que pour entrer dans un sommeil encore
plus profond.
Vient
un âge où l'on regarde plus volontiers dans le
rétroviseur qu'à travers le pare-brise.
Savourer
l'éphémère. Ce qui nous éloigne d'hier nous
sépare aussi de demain.
Les
souvenirs sont les éponges de la pensée.
Pour
passer d'un champ d'honneur à un chant d'horreur, il suffit de
changer une lettre.
Il est plus facile de gagner
une croix de bois qu'une croix d'honneur. Les cimetières
militaires le confirment.
Les
monuments aux morts sont d'autant plus imposants que la tombe est vide.
Les
épreuves de la vie
sont des fers. Elles nous imposent leur forme. Nous ne sommes que des
cheveux
entre leurs doigts. Le temps nous froisse pas. Nous prenons le pli des
rides.
Pourquoi dit-on j'ai fait mon
temps alors que c'est lui qui nous a fait?
Le
temps dresse des échafauds: échafauds d'âge. Est-ce
pour un ravalement?
Le
temps perdu est naturellement celui qui nous manque le plus.
Les hommes sont
tellement enclins à courir après le temps
qu'on pourrait les croire pressés de mourir.
Aller
ventre à terre ne signifie pas toujours brûler les
distances. A preuve chenilles et colimaçons.
Mourir,
c'est tomber dans son
passé, être absorbé par lui. Le temps est un
anneau.
Celui du mariage avec le néant. L'éternité est un
nid
sans ourlet.
On naît par hasard. On
meurt par nécessité.
Il
arrive toujours un moment où la vie n'est plus qu'un trait
d'union entre deux dates au bas d'une épitaphe.
Les
dalles des sépulcres
sont les oreillers du vent. Elles ressemblent au socle d'une statue.
Mais
celle-ci est couchée dessous. Il ne reste plus de visible qu'une
légende.
Encore le temps l'efface-t-il.
On a donné au cercueil
la forme d'un plumier pour rappeler aux humains,
qu'entre ciel et terre, ils ne pèsent pas plus lourd que du
duvet.
Les
cigarettes sont, dit-on, dangereuses pour la santé. Fumer, ce
serait en quelque sorte mourir à petit feu.