Billet d'humour ou ballade d'humeur
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Une prise de position de  Philippe LANDREAU

 

 

       

 

                 

 

                                                                   EN

                                                               TERRE 

ETRANGE

TERRE 

DE 

                                                      POESIE…

 

 


La poésie française contemporaine, celle du début du vingt et unième siècle n’est pas une poésie de rupture. A bien des égards, elle semble vouloir se sécuriser, par des retours, en sa forme, ses structures, dans le refuge confortable d’un académisme frileux, qu’elle nomme à rebours non-conformisme, à défaut de révolte. Des sophistes viennent y affirmer le retour d’un ordre qu’ils justifient par un désordre qu’ils présument mais qui n’est que celui de leur propre esprit. L’incroyable pauvreté de la thématique résume cette croyance que le poétique ne doit se limiter qu’à un seul champ d’investigation, celui de son propre ego. Le spectre de l’écriture ainsi réduit ne peut qu’infiniment tourner sur son propre socle, dans sa statuaire morbide et mortifère.

Cette paupérisation n’est pourtant que le reflet de l’incroyable frilosité des écrivains de poésie de l’hexagone. Il y aurait beaucoup à dire sur cette reddition sans combattre, de l’âme et sur l’état moral d’une société qui anesthésie toute velléité d’aller de l’avant, par ce conformisme puritain délétère et stérile. J’ai déjà évoqué en conclusion d’un texte intitulé " De l’inquiétude en poésie " cette nécrose de l’imaginaire, indiquant que la forme et le fond participent d’une même ouverture en miroir de soi au monde :

 

 

 

 

Je venais parler d'une question sous-jacente de l'écriture poétique, de ce qui la sous-tend. Nous pourrions évoquer sans trop dévier de notre route d'un voyage des Grandes découvertes et des grands vents le souffle qui mène à condition d'en prendre le risque au large de soi-même. Mais, quel pourrait bien en être l'objet, sinon une tentative démesurée de se comprendre, de se regarder au-delà ? Avec quels outils ?

Existe t'il au-delà des formes, des formules et du sens une communauté de l'écriture poétique et dans la diversité une unité? Je le crois volontiers, avec des nuances cependant. Ce n'est pas dans la qualité au fond qu'il faut chercher les éléments moteurs de communauté de l'écrit, je ne suis d'ailleurs pas critique, mais bien sur dans la thématique. C'est pourquoi j'ai intitulé ce passage " De l'inquiétude en poésie "

Lecteur attentif je vois bien que seule la forme renouvelle le fond. Il y a un véritable tronc commun qui est une adresse de soi au monde pour l'interroger en miroir, savoir s'il porte les mêmes stigmates, mêmes doutes, mêmes douleurs, s'il parle la même langue d'inquiétude pour passer, traverser. 

 

 

Philippe Landreau

(Dilah : La dernière île avant l’hiver)

 

 

Ainsi, c’est d’ailleurs que nous parvient dans une langue pure, terrible, vivante et toujours neuve, la sonore gravité qui habite la langue française et c’est un juste retour des choses. Perdre sa langue c’est perdre son identité, cette évidence est contrebalancée par la créativité. Les écrivains du Sud (Afrique Noire, Maghreb, Caraïbes, Océan Indien) ont réussi cette prouesse de réinvestir leur identité à travers la langue du colonisateur en y insufflant (la modelant, la malaxant) le vaste et puissant esprit de leurs propres cultures, leurs propres civilisations. Ils en ont pris l’argile de mots et pétri le prodige d’en donner un sens à la fois plus vaste mais aussi plus vrai parce que plus proche du dépouillement, des évidences terrestres et de l’esprit, au sens spirituel de l’appropriation, une reformulation lumineuse. Cette gestation ne s’est pas faite sans dilemme, quelle plus grande oppression que celle de parler la langue de l’oppresseur…mais c’est aussi utiliser ses propres armes contre lui-même et en enraciner l’indépendance littérairement et littéralement.

 

 

Huatau te mata'i
Fleur de mousson
Sur fond de flamboyant
Et de récif frangeant

Pua tou te hava'e

Passé à l'éclair zébré
Des soupirs

Tuatau i te upo'o rahi e

Besoin de soi renaissant
Dans la lumière argentée
Affleurant l'eau calmée

Huatau te mana'o
Un soir de mélancolie
Promesse de pêche fructueuse



FLORA DEVATINE


 

Une civilisation sans imagination est une civilisation de langue morte, une civilisation sans la poésie est une civilisation en voie de disparition, puisqu’elle est garante de l’imaginaire, de la créativité, et d’une présence attentive à ses convulsions. Mais, au fond il s’agit moins de l’écriture poétique que de l’acte de l’écriture poétique qui formule une exigence, un refus. On n’écrit pas la poésie on est la poésie sans différenciation. Un territoire d’absolue liberté, que n’enserre nul carcan, que le doute fécond, nulles limites que celles que l’on s’imposeraient. Voilà, là est le voyage des grandes découvertes, il en faut le courage, ce levier du courage pour écarter les brumes et les voiles…et aller loin, plus loin, au-delà du possible parce qu’aucune imagination, la plus fertile qu’elle soit, ne peut donner autant à rêver que l’adéquation du rêve et de la réalité, en leurs sombres chemins, la quête inlassable, les chutes, les déchirements, les renoncements.

L’écriture poétique est une écriture du dépouillement, celle de la mise à nu, de la mise à mort du dénuement ou commence la reconstruction de l’espace, de la revendication de sa propre respiration : " j’écris, donc j’existe " celui qui dit " moi " dans toutes les langues désespérées, en trouve le soleil et ses chutes, sans manichéisme, la lumière et l’obscurité, s’approprie la parole dans laquelle lève la dissidence. Souvent le poème en est le premier graffiti : je signe en moi les peuples à genoux, je meurs de cette révolte, ces hiéroglyphes de mon sang. Lorsqu’on en enlève la théâtrale dérision, les fortes déclamations que l’Occident péniblement ahane, à bout de souffle, ailleurs, quelqu’un signe également souvent, trop souvent, d’un arrêt de mort, la fin non des illusions, mais du possible.

 

                                         Philippe Landreau

 

 

 

 

pour aimer ma ville, j'oublie seulement la déraison de ses hommes et ferme à double clef mes élans de cannibale pour mieux comprendre que toute ville est une musique plantée en moi en toi et que l'on chante jusqu'à épuisement vocal et que l'on finit par danser à chaque pas, à chaque air dans toutes les métropoles, seul à l'autre bout de son miroir et souvent même dans l'absence de son ombre, rien que pour mourir en paix dans les doutes que l'on s'était construits




pour habiter ma ville, j'ai appris à fermer les yeux et à ouvrir mon corps, dans l'espérance de la nuit et la surabondance des couleurs, j'ai vu la ville à son premier été en minijupes, arc-en-ciel troué dans ses tourmentes de mers errantes




pour épeler ma ville, j'ai compté les arbres que j'ai croisés dans mes fugues et s'il y a un oiseau qui chante, je m'assieds au seuil de cette ville à moi à venir dans l'urgence des miracles avec des feuilles d'automne qui ne savent plus mourir


RODNEY SAINT ELOI




 

 

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Créé le 1 mars 2002

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