de Jean Bordes sélection octobre
2003
LE PASSAGE DE LA MUSE
– « c’est une histoire perdue cela » –
et en effet elle s’était perdue dans l’encadrement de la
porte
qui avait avalé la bouche du ciel
je voulus m’approcher mais une main
invisible au moment où j’allais franchir le seuil
me repoussa dans l’autre monde
immobile à l’intérieur de la maison
Anna se taisait depuis des années
avec son visage de terre tourné en dedans
sur ses épaules passa la muse de Dante
elle cousait au fil d’Ariane des mots d’étoiles
pour que leur chemin se rejoigne
xxxxxx
le feu tant qu’on souffle dessus
ne s’éteint pas
et devient un soleil
ou des cheveux
de ce soleil sort
une femme invisible
qui remue les braises
dans le secret
je l’appelle la Muse de Dante
et je pose mes mains sur elle
pour la rendre visible
parfois elle parle
une langue si lointaine
que je la comprends
et ses mots me brûlent
mais de ce feu qui me consume
je dois faire un arbre en fleur
pour continuer de vivre
au plus secret de nous-mêmes
Toulouse, 14 avril 1967
xxxxxx
j’ai muré la porte
et faisant cela je savais
que je nous déchirais
ensemble
j’ai muré la porte
je déchirais nos cœurs
je ne voulais pas
qu'elle devienne mon ennemi
j’ai muré la porte
et j’entendais ses pas
et je criais je l’appelais
et j’entendais sa voix
mais la vie tue l’amour
pourtant je voulais
qu’elle vienne qu’elle soit
l’aliment du feu
mais la vie tue l’amour
et si toujours
pour moi ton cœur brûle
je te supplie de n’être jamais
mon ennemi
Toulouse, 15 avril 1967
xxxxxx
ma tête lavée
à grande eau de pensée
je voulais toucher
la bouche de tes mots
prendre souffle
à tes lèvres
qui flottaient
dans mes rêves
je voulais me tuer
pour vivre en toi
et devenir ta chair
Toulouse, le 16 avril 1967.
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