Tout change, tout coule. L'immuable se fait silence et dans les rides du soir, près de la lampe, l'œil force sur un texte mal tissé. La pluie brune ruisselle sur la ville. Les trottoirs sont glissants. Le téléphone fixe s'est exclamé ce matin. Au fil de la conversation, des perles de diamant rugissent à mes yeux. Le scintillement profond m'éblouit alors que mon corps s'enfonce dans le sofa comme dans des sables mouvants. Venir au monde et puis s'enfuir.
Tout change, tout coule. Le vertige soudain, les bourrasques tentatrices, les fourmis dans les mains. Les vestiges d'une vie, les ruines du dédain, un funambule incertain. Quelques uns dérapent et si personne ne les rattrape, un instant plus tard, ils doivent partir. Venir au monde et puis s'enfuir.
Tout change, tout coule. L'immeuble fier, votif désormais, s'allonge dans le ciel. Mes yeux ébahis, sur les étages au passage, se couvrent incertains quand le sol s'entrouvre. Dans les entrailles de la terre meuble, mon avenir se fige. Dans l'abîme du jardin, j'impose ma tombe. Venir au monde et puis s'enfuir.
|