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2. Petite suite
Watteau
Je ne sais ce que je cherche
Dans l’effleurement de tes yeux
Est-ce une manière de te voir ?
Tu glisses dans la vie
N’usant rien
Des jours
Tu dis :
Aucune vision
Endommage les yeux
Aucun chant
La musique
Ton regard tonnant
De côté
Sonore
Neuf
*
Piano et framboises d’été encore
Dans l’assiette
Watteau comme paysage
Une rivière
Une fleur ouverte
Un blé d’or
Tout est parfait dans cette musique
Il n’y a que le hasard
Qui pourrait s’y glisser
Mais qu’y ferait-il ?
Insouciant.
Le cri, on croit chaque fois en avoir atteint le fond.
On n’y est pas. Tout au fond, il y a là une source d’un cri
Toujours nouveau. Terrible.
Le cri, il s’y cache : dans la honte, la gêne.
Partout en soi. Quelque part.
Indicible.
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3. Le cri
Garé
dans la nuit
S’affalant avec son odeur de feu éteint
Sur le flanc du ciel
Blanc
Il a crié quand même (quatre jours), il a crié avec
une voix humaine
Quatre jours avec un cri sans arrêt lancé dans le noir
À s’endetter avec son mal
Ses mains sur la nappe
Sales
Pleines d’encre
Le cri est né de lui-même :
« Le bonheur d’écrire est plus fort que toute peur !
»
Ne croire que ça
C’est avoir pitié
De l’épouvante
Attendons
Demain.
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4.
Les jours restent
Un pied dans la terre
Un pas dans la lumière
Je marche
Vie. Souffle. Joie.
De multiples mondes
Consentent
À l’espérance
Je marche
Je pars
Ne demande rien
À personne
Mais dois tout
À chacun
Tranquille
Je pars
Le cœur léger
Sac de toile
Papier blanc et crayon noir
La tristesse à l’atelier
N’en parlons plus
Je pars
Sur la joue droite
Une douceur d’air salin
Une pluie d’enfance
L’eau à la bouche
Tranquille
Je pars
Les jours restent.
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5. Petite suite de l’ombre
Le monde tient en un tout
Et lentement ta parole
Claire
Se lit au soleil
Quelques mots suffisent
Pour en faire un verbe
Alors que l’ombre raconte
La lumière
Sur tes lèvres
*
Chevelure noire
Soyeuse
Mèches de nuit
Jupe pêche
L’âme endort
La noirceur
Veille
Le cœur
*
C’est ainsi
La poésie
Est faite de cent poèmes
Mais toujours
Du même mystère.