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Chaque mois, comme à la
grande époque du roman-feuilleton, nous vous présenterons un épisode d'une Nouvelle:
Tableau III : Le cheval rouge (Gauguin)
Tableau IV : Guernica (Picasso)
Tableau III : Le cheval rouge (Gauguin) Autour
des piscines une trentaine de jeunes s’étaient
agglutinés. Une jeune femme exaltée, debout les
exhortait. Grande, brune, assez belle malgré sa peau rougie par
le soleil, elle parlait avec véhémence.
Immédiatement, Kevin se sentit proche d’eux et s’enquit de leur
problème : deux personnes âgées avaient fait
interdire la musique diffusée en permanence pour soutenir
l’ambiance festive ! Crime ! Oui : crime ! Eux, étaient jeunes
et avaient besoin de chanter, de danser dans l’eau, ou hors de l’eau:
la passionaria rallia les plus indécis, et, une horde se
précipita à sa suite voir le directeur de l’hôtel ;
à son grand regret, le jeune amoureux les délaissa pour
aller commander au bar.
Tableau IV :
Son verre à la main, il suivit son ami au sous-sol. Kévin s’inscrivit pour une chanson en Deuxième partie de la soirée. Face à la mine perplexe de Cédric, il expliqua que la première partie était réservée « aux vieux » qui chantaient de « vieilles » chansons, et se couchaient tôt ; après eux, la «vraie soirée » commencerait. Le récital des «vieux » se fit devant un public d’adultes, d’enfants et de grand- parents. Cédric faillit éclater de rire en entendant Roger- Joseph chanter, plutôt bien, «Les Compagnons de la Chanson .» Il se retourna vers son ami, mais la place était vide. Agacé par cette défection, il décida de partir avec les «vieux » puisqu’on le traitait comme un invalide que l’on posait là et qu’on abandonnait ensuite ! Mais les jeunes déboulèrent en factions serrées, chahutant pour revivifier «les sangs de navets », s’installant en raclant les chaises, poussant les tables et renversant les boissons. On distribuait les récompenses et Roger- Joseph eurent le deuxième prix pour leur duo, après une vieille Dame qui avait une voix magnifique ! Des hurlements, des sifflets, des huées s’élevèrent de la horde des « jeunes », ils trépignaient, lançaient des lazzis et des imprécations, menés tous par une Marylise encore plus rougeaude mais, surtout, bien imprégnée. L’atmosphère changeait. Lentement, le premier public s’évacuait, laissant le champ libre à la génération nouvelle. Kévin fut remarqué par son sens du rythme, et gagna le premier prix, il fut ovationné et vint verser des larmes de joie dans le cou de son compagnon, qui, touché par cette marque de tendresse infantile, le serra contre lui. Le lendemain, Cédric s’éveilla mal à l’aise, une impression indéfinissable ternissait son esprit d’habitude si paisible. Kévin, quant à lui, se leva tard, légèrement euphorique, mais complètement abattu par un mal de crâne abominable, qui lui fermait un œil, et taraudait son esprit à coups de lance sous le cuir chevelu : ah ! Béatitude ! Retrouver le goût- même amer - de la fête ! Il se sentait revivre malgré le tangage qui soulevait son estomac à intervalles réguliers : « S’te plait, apporte-moi un café fort » gémit-il. La couche voisine était vide… On verra ça plus tard ; « le jeune » s’enfonça dans ses oreillers et se rendormit. Tableau V :
Cédric sur son matelas de plage, trouvait le temps long et le soleil plus pâle, la mer semblait être décolorée… Alors, la musique retentit, il était presque midi, et tout était sali à jamais. Il décida de retrouver son ami, de voir s’il était sorti de son coma éthylique. A mi- chemin, il aperçût les Roger – Joseph à l’ombre de leur parasol, et ressentit un frisson d’envie. Arrivé sur la terrasse supérieure, il fut vaincu par des hurlements cacophoniques, là, des dizaines de jeunes et moins jeunes tressautaient dans l’eau, et, toujours en première ligne : Marylise, plus écarlate que jamais ! Quelle ne fut pas sa surprise de reconnaître parmi ces inconnus la silhouette aimée que les éclaboussures d’eau et le contre jour abimaient en la morcelant en mille fragments plus ou moins floutés, comme perçue à travers une vivre brisée ; mais c’était son cœur qui était brisé. Il s’affala sur un monticule pierreux et attendit la fin de cette exhibition dont le refrain, dominant les rires, prenait des tournures de chant guerrier : « Nous aussi on a payé « Jeunes, on veut d’la gaité « On n’est pas des retraités » Puis un corps humide enveloppa le sien, il reconnu la douceur de sa peau, son odeur, ses sens vacillèrent : comment pourrait-il s’en passer ? Alors, contrairement à ses principes, il le prit par le cou et se tenant ainsi, ils allèrent déjeuner. Mais la guerre était déclarée contre les Roger – Joseph, Cédric qui avait accepté de quitter la plage pour la pelouse de la piscine, remarqua la guérilla menée contre eux : quand ceux-ci, discrètement, allaient au bain, un jeune surgissait sautant en bombe à mi- parcours pour gêner leur évolution, on s’ébrouait près de leur place, interceptait leurs boissons, ou bousculait le serveur ; c’était stupide et cruel. Mais le plus grave, c’était que Kévin était à ce jeu le plus acharné de la bande. Cédric découvrir avec horreur le coté machiavélique de son ami, un enfant bête et gratuitement méchant, un petit voyou dénué de sens moral ! Le lendemain, las d’avoir enduré ces brimades, mais stoïques et fiers, les deux vieux messieurs se replièrent vers la plage et virent que le nid d’amour des «petites frappes » était délaissé, ils s’y installèrent. Les autres adultes s’étaient aussi regroupés le plus loin possible, sur la pelouse. Cependant, les jeunes avaient d’autres revendications à propos d’un moniteur de plongée «qui avait laissé l’un d’entre eux s’asphyxier », une nouvelle querelle commençait. Marylise dont la peau rouge brique devenait plus brune, tentait d’envenimer la situation sans résultat : son règne finissait ! Kévin, lui, s’énervait, il avait de plus en plus besoin d’excitation, les tendres attentions de son ami l’importunaient, il pensait avoir affirmé ses désirs et y avoir soumis son compagnon ; cependant une nouvelle fête étant annoncée cette nuit, il voulait prouver ses capacités d’organisateur à son arrogant et prétentieux amant.
à suivre...
Commentaires d'Orlando de Rudder
Mais
le ton est là, fort et vous créez votre propre genre littéraire... On
aimerait mieux connaître les vieux, blouvard et pécuchet un peu badplaf...
Mais qu'on peut rendre plus touchants et plus moches en même temps ? Quant
à la brune ramenarde, je la verrais plus odieuses: la décrire (regard, bijoux,
tout ça) |
Créé le 1 mars 2002
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