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Chaque mois, comme à la grande époque du roman-feuilleton, nous vous présenterons un épisode d'une Nouvelle:


FIN DE SAISON 

par

Eliette Vialle


Partie 1- Octobre

Partie 2 -novembre 2010... suite

Tableau III : Le cheval rouge   (Gauguin)

Tableau IV : Guernica  (Picasso)

Tableau V :  Les vieillards tragiques  (Edgard Tygat)


Tableau III :  Le cheval rouge (Gauguin)

 Autour des piscines une trentaine de jeunes  s’étaient agglutinés. Une jeune femme exaltée, debout  les exhortait. Grande, brune, assez belle malgré sa peau rougie par le soleil, elle parlait avec véhémence. Immédiatement, Kevin se sentit proche d’eux et s’enquit de leur problème : deux personnes âgées avaient fait interdire la musique diffusée en permanence pour soutenir l’ambiance festive ! Crime ! Oui : crime ! Eux, étaient jeunes et avaient besoin de chanter, de danser dans l’eau, ou hors de l’eau: la passionaria rallia les plus indécis, et, une horde se précipita à sa suite voir le directeur de l’hôtel ; à son grand regret, le jeune amoureux les délaissa pour aller commander au bar.

De retour près de son compagnon, il lui relata l’incident avec une telle fougue que celui-ci ne pourrait que se joindre aux autres ! Mais Cédric poussa un profond soupir et ironisa : «  ah ! Quelle histoire ! » Et le pria de ne pas se mêler à une revendication aussi vulgaire. Kévin bouda, mais l’autre ne le remarqua pas ou le fit croire .Ils partirent les derniers et rencontrèrent, sur la terrasse, une vingtaine de jeunes, passablement énervés, discutaillant à voix basse, et l’on comptait  même des étrangers parmi eux : italiens gesticulateurs,  germaniques lourdement approbateurs, ou, ceux  qui n’avaient rien compris mais suivaient le mouvement général. On reconnut Kévin, et on invita son compagnon, on avait décidé de faire une immense table de jeunes, pour rendre les vacances plus conviviales : mais comme cela gênait le service, on attendait que les tables se libèrent. Cédric rattrapa de justesse son ami, alors que celui-ci s’élançait  dans la salle à manger à la suite des autres.

Arrivés à la chambre, leur première querelle éclata : Cédric trouvait le côté grégaire de son ami totalement immature, cette jeune femme : hystérique et ceux  qui les suivaient : des petits voyous lâchés pour la première fois sans parents responsables ! Kévin argua qu’ils étaient jeunes et avaient besoin de gaité, de rythme….

<< Alors pourquoi être venu avec moi pour des moments partagés, la fête tu peux la faire à Paris, c’est assez laid et puant pour ça ! Ici la mer est turquoise, tout est si magnifique que c’est un crime que de ne pas en respecter la beauté et la sérénité ! >>

Kevin n’avait rien à répondre, depuis qu’il connaissait Cédric, c’était ce dernier qui pensait pour le couple, mais, il eut  la désagréable sensation que Cédric parlait comme un vieux, et qu’ils étaient vieux tous les deux !

La salle à manger était barrée par une imposante tablée de jeunes qui riaient haut et buvaient  fort. Installés  un peu à l’écart,  les deux amis entendaient  leurs interpellations avinées ; les jeunes fêtaient la victoire de Marylise, la  meneuse à la peau rouge qui avait obtenu le retour de la musique : une heure en fin de matinée, pour la gym, mince victoire ! Mais c’était le triomphe des jeunes contre les vieux mollassons… qui auraient été mieux placés en gérontologie !

Tous ces propos et, surtout, l’esprit qui en émanait,  mirent Cédric hors de lui : << On se croirait à une réunion  de sous développés néo-nazis ! >>. Il se leva et sortit en direction du piano bar. Là, des mélodies sirupeuses n’attiraient que des adultes bavardant à voix basse ou rêvassant en contemplant le soleil couchant. Enfin, le calme !

Kevin, quant à lui, opta pour une forme de résistance : comme, il était tard, les « jeunes » se virent fermement obligés de quitter la salle à manger, ils s’installèrent  à l’extérieur,  sur les marches de la terrasse dans le but de fumer à l’aise ou bavarder : la plupart étaient là pour  un stage de plongée sous-marine, de cheval ou de golf, et ne vivaient qu’en demi pension ; Kévin accepta une cigarette et  échangea avec eux de menus propos , raconta qu’il était en vacances avec un ami adulte, on ne lui posa pas de question, car ce qu’il y a de bien chez les jeunes, c’est que chacun ne s’intéresse qu’à lui ! On lui apprit que les vieux gêneurs étaient un couple  «très vieux » et,  Kévin  crut reconnaître Roger et Joseph, alors il en rajouta à leur sujet, juste pour se sentir à égalité.

Il retrouva son ami qui sirotait un cognac, en écoutant de l’ «Aznavour » ! C’était à pleurer ! Quoi ! Les autres participaient à un karaoké dans la discothèque, ils allaient s’amuser, chanter, rire et boire, ils rentreraient bourrés, et lui ! Oui, lui ! vivait avec son papa !

Cédric se sentit mal, ce n’est pas ce qu’ils avaient décidé, ni souhaité ensemble ! Mais, qui avait  eu cette idée, sinon lui, soutenu par l’acceptation servile de l’autre : le choix était le sien, Kevin n’était qu’un esprit de girouette, suivant le premier vent qui soufflait. C’était  navrant, dès le deuxième soir, qu’une telle divergence surgisse ! Cédric décida d’aplanir la situation et de laisser Kevin s’amuser, cependant, en lui, subsistait une blessure qu’il refusait, pour l’instant, de sonder.




Tableau IV : Guernica (Picasso)


Son verre à la main, il suivit son ami au sous-sol. Kévin s’inscrivit pour une chanson en Deuxième partie de la soirée. Face à la mine perplexe de Cédric, il expliqua que la première partie était réservée « aux vieux » qui chantaient de « vieilles » chansons, et se couchaient tôt ; après eux, la «vraie soirée » commencerait. Le récital des «vieux » se fit devant un public d’adultes, d’enfants et de grand- parents. Cédric faillit éclater de rire en  entendant  Roger- Joseph chanter, plutôt bien, «Les Compagnons de la Chanson .» Il se retourna vers son ami, mais la place était vide. Agacé par cette défection, il décida de partir avec les «vieux » puisqu’on le traitait comme un invalide que l’on posait là et qu’on abandonnait ensuite !

Mais les jeunes déboulèrent en factions serrées, chahutant pour revivifier «les sangs de navets », s’installant en raclant les chaises, poussant les tables et renversant les boissons. On distribuait les récompenses et Roger- Joseph eurent le deuxième prix pour leur duo, après une vieille Dame qui avait une voix magnifique ! Des hurlements, des sifflets, des huées s’élevèrent de la horde des « jeunes », ils trépignaient, lançaient des lazzis et des imprécations, menés tous par une  Marylise encore plus rougeaude mais, surtout, bien imprégnée. L’atmosphère changeait. Lentement, le premier public s’évacuait, laissant le champ libre à la génération nouvelle. Kévin fut remarqué par son sens du rythme, et gagna le premier prix, il fut ovationné et vint verser des larmes de joie dans le cou de son compagnon, qui, touché par cette marque de tendresse infantile, le serra contre lui.

Le lendemain, Cédric s’éveilla mal à l’aise, une impression indéfinissable ternissait son esprit d’habitude si paisible. Kévin, quant à lui, se leva tard, légèrement euphorique, mais complètement abattu par un mal de crâne abominable, qui lui fermait un œil, et taraudait son esprit à coups de lance sous le cuir chevelu : ah ! Béatitude ! Retrouver le goût- même amer - de la fête ! Il se sentait revivre malgré le tangage  qui soulevait son estomac à intervalles réguliers : « S’te plait, apporte-moi un café fort » gémit-il. La couche voisine était vide… On verra ça plus tard ;  « le jeune » s’enfonça dans ses oreillers et se rendormit.



Tableau V : Les vieillards tragiques  (Edgard Tygat)


Cédric sur son matelas de plage, trouvait le temps long et le soleil plus pâle, la mer semblait être décolorée…
Alors, la musique retentit, il était presque midi, et tout était sali à jamais. Il décida de retrouver son ami, de voir s’il était sorti de son coma éthylique. A mi- chemin, il aperçût les Roger – Joseph  à l’ombre de leur parasol, et ressentit un frisson d’envie.  Arrivé sur la terrasse supérieure, il fut vaincu par des hurlements cacophoniques, là, des dizaines de jeunes et moins jeunes tressautaient dans l’eau, et, toujours en première ligne : Marylise, plus écarlate que jamais !  Quelle ne fut pas sa surprise de reconnaître parmi ces inconnus la silhouette aimée  que les éclaboussures d’eau et le contre jour   abimaient  en la morcelant en mille fragments plus ou moins floutés, comme perçue à travers  une vivre brisée ; mais c’était son cœur qui était brisé. Il s’affala sur un monticule pierreux  et attendit la fin  de cette exhibition dont le refrain, dominant les rires, prenait des tournures de chant guerrier :

                     « Nous aussi on a payé
                     « Jeunes,  on veut d’la gaité
                     « On n’est pas des retraités »

Puis un corps humide enveloppa le sien, il reconnu la douceur de sa peau,  son odeur, ses sens vacillèrent : comment pourrait-il s’en passer ? Alors, contrairement à ses principes, il le prit par le cou et se tenant ainsi, ils allèrent déjeuner.

 Mais la guerre était déclarée contre les Roger – Joseph, Cédric qui avait accepté de quitter la plage pour la pelouse de la piscine, remarqua la guérilla menée contre eux : quand ceux-ci, discrètement, allaient au bain, un jeune surgissait  sautant en bombe à mi- parcours pour gêner leur  évolution, on s’ébrouait près de leur place, interceptait leurs boissons, ou bousculait le serveur ; c’était stupide et cruel. Mais le plus grave, c’était que Kévin était  à ce jeu le plus acharné de la bande. Cédric  découvrir avec horreur le coté machiavélique de son ami, un enfant bête et gratuitement méchant, un petit voyou dénué de sens moral !

Le lendemain, las d’avoir enduré ces brimades, mais stoïques et fiers, les deux vieux messieurs se replièrent vers la plage et virent que le nid d’amour des «petites frappes » était délaissé, ils s’y installèrent. Les autres adultes s’étaient aussi regroupés le plus loin possible, sur la pelouse. Cependant, les jeunes avaient d’autres revendications à propos d’un moniteur de plongée  «qui avait laissé l’un d’entre eux s’asphyxier »,  une nouvelle querelle commençait. Marylise dont la peau rouge brique devenait plus brune, tentait d’envenimer la situation sans résultat : son règne finissait !

Kévin, lui, s’énervait, il avait de plus en plus besoin d’excitation, les tendres attentions de son ami l’importunaient, il pensait avoir affirmé ses désirs et y avoir soumis son compagnon ; cependant  une nouvelle  fête étant annoncée cette nuit, il voulait prouver ses capacités d’organisateur à son  arrogant et prétentieux amant.

 

Commentaires d'Orlando de Rudder

Vous  apportez vraiment quelque chose... Mais peut-être ne faut-il pas annoncer au début que ces vacances seraient moches! J'ajouterais un peu plus de descriptions (quatre ou cinq lignes a tempo par ci par là (J'appelle ça Gestapo: GEStes Attitudes, POstures)...

Mais le ton est là, fort et vous créez votre propre genre littéraire...  On aimerait mieux connaître les vieux, blouvard et pécuchet un peu badplaf... Mais qu'on peut rendre plus touchants et plus moches en même temps ? Quant à la brune ramenarde, je la verrais plus odieuses: la décrire (regard, bijoux, tout ça)
Mais c'est peu de choses: Vous y êtes et ça doit faire grincer voluptueusement les dents de pas mal de lecteurs... L'écriture est superbe, un vrai style discret et fort qui sert le propos avec un beau balancement! Bin bravo
Bâtissez plus les personnages secondaires! Il faut les "voir".


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Créé le 1 mars 2002

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