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Yann L. sélection décembre
2003
Il se présente
à vous.
ELLE COURAIT DANS LA NEIGE
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Elle courait dans la neige. Simplement. Elle courait dans la
neige, et soudain j'ai compris pourquoi la montagne est si belle. Elle
est si belle parce que des jeunes femmes aiment encore courir dans la neige,
longtemps, en grandes enjambées dans les champs inexplorés.
Par une nuit d'hiver, par une douce pluie de flocons, la montagne devient
une lune où la jeune femme peut faire ses premiers pas, où
elle devient un Amstrong en tailleur redessinant au loisir de ses pas la
géographie des champs.
Prenez le lieu où vous êtes, celui où vous allez,
et tracez entre les deux le plus long chemin possible. Coupez à
travers champs, sautez les rivières, descendez, en courant, les
chemins sinueux, perdez-vous, regardez en arrière, vous venez d'écrire
un poème. Pas irréguliers, légers ou profonds, en ligne
droite ou en crabe, longues glissades sur les pentes glacées, autant
de rimes impensables aux pieds espiègles, autant de raison de continuer
à se perdre pour se retrouver. Regardez le ciel. Vous ne voyez rien.
C'est normal, vous avez des flocons plein les yeux. Ce soleil de nuit vous
éblouit plus sûrement que le plus tropical des soleils. Il
fait danser dans votre regard les lueurs nocturnes, vous fait découvrir
au travers de ce cristal éphémère une nuit kaléidoscope
où l'immensité des blancs se découvre en prisme. Regardez
les arbres, là, et là, il y en a partout, camouflés
sous des petits murs blancs bâtis par un ciel farceur sur chacune de
leurs branches. Attendez la jeune fille, souriez-lui, sous l'arbre, puis
jetez vous sur la plus basse des branches. Secouez-la. Vous venez de créer
une pluie de neige. Elle vous sourira, puis, portant négligemment
la main à ses cheveux se découvrira bonhomme de neige. Bataille
de neige. Roulade. Vous voici deux masses blanches courant dans la neige,
à la recherche du prochain champ vierge, de la prochaine lune à
découvrir, écrivant sans le vouloir le prochain quatrain du
poème de la vie.
Regardez devant vous. Le chalet est là, tout près, qui
vous attend avec ces provisions de bûches n'attendant qu'une allumette
pour crépiter de vous voir. Rentrez. Précipitez-vous sur votre
vêtement le plus agréable, le plus doux, ou, mieux, précipitez-vous
sur une couverture. Couvrez-la, couvrez-vous, puis lentement allez à
l'âtre, jetez-y quelque bois, une allumette. Faites cuire de l'eau,
faites du thé. Allongez-vous près, tout près, plus près,
de la mordante chaleur. Jetez un œil, ravi, au dehors, l'averse blanche
continue, recouvrant les dernières traces qui vous ont mené
là. Effaçant le furtif instant. Mais bientôt quelqu'un
d'autre courra là, gravant pour un instant sa propre prose.
Regardez l'âtre, regardez-la. La nuit est là qui vous attend,
avec son cortège de souvenirs et de plaisirs. Bonne nuit
***
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