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Notre Livre
de Noël vous propose les textes des membres de Francopolis pour passer
l'hiver.
Hélène
Soris est notre auteur-cadeau dans le Salon
de Lecture.
Une
infographie
de Laurence de Sainte Maréville |
Présentation des textes
de la SÉLECTION DE DÉCEMBRE
Par
Stéphane Méliade
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"... Quand on est plusieurs à les tenir dans la main".
Les cendres tombaient doucement et les plus vieux étaient toujours très
émus pendant cette période. Ils disaient que c'était "comme
un poème de Noël".
Mina-Rad fit le geste de remonter une mêche de ses cheveux et sa main buta
contre le scaphandre qui protégeait son visage.
- C'est quoi un poème ?
Jauge-Maxi tenta une explication.
- Je crois que ce sont les écrits qui nous ont prévenus avant le Grand
Incident.
Cordon-San intervint du haut de ses huit ans.
- Moi, je sais ! C'est un peu comme quand on va dans la Chambre de Liberté,
toutes les semaines, et qu'on nous injecte le Jardin Intérieur.
Mina-Rad secoua la tête.
- N'importe quoi ! Un poème, c'est une sorte de chauffage !
- Tu confonds avec un poële ! J'ai trouvé ! Un poème, c'est le
cri de nos loups à deux têtes !
Jauge-Maxi, leur Chef d'Alvéole, soupira et sortit un coffre de sous son lit.
- Je crois qu'il est temps que je vous montre quelque chose. J'ai trouvé ceci
le mois dernier et vous allez voir que l'existence de la Poésie n'est pas
une légende. Ça date de décembre 2003.
- Oh, c'est l'année de la naissance de maman...
C'étaient des feuilles de papier. Du vrai papier. Dans la Ruche, celui qui
en possédait une seule était riche et respecté. Et là,
il y en avait au moins trois d'un coup. Mina-Rad sortit la première d'entre
elles et se mit à lire tout haut.
*********
"Chers lecteurs, nous vous souhaitons tout d'abord un très joyeux Noël
et de très bonnes fêtes de fin d'année. Grâce à
Juliette Schweisguth qui a voulu souligner l'hiver et noël , et conçu
cette édition spéciale, nous allons faire souffler sur vous le vent
magique qui fait briller les yeux. Et un vent neuf : pour 7 d'entre nos 10 auteurs
de cette édition, c'est la première publication dans Francopolis. Vous
allez constater que ce mois-ci, Francopolis est en hiver, mais il faut entendre l'expression
"être en hiver", comme on dit "être en amour". Expression
courante outre-atlantique et ça tombe bien, puisque 6 québécois
et seulement 3 français et 1 suisse sont au nombre de nos auteurs . Peut-être
parce que c'est un pays où on est particulièrement intime, de cúur
et de corps, avec la saison blanche. De Saguenay en Gaspésie, D'Abitibi en
Estrie, ils sont venus en nombre vous partager leurs textes, comme des flocons qui
ne fondent pas.
*
" Le feu! Le
feu était sorti de nos bouches, et jamais plus l'hiver
n'aurait de nom."
Un pays froid, le Québec ? Laissez-moi rire.
Entré comme un brandon fou dans l'hiver, pour sa première publication
dans Francopolis, Maxime Catellier scande ses
mots en lançant, avec son texte sans titre une sagaie
sauvage dans la savane blanche.
Karl Létourneau relève tout de suite
"une parenté avec Gaston Miron pour le traitement
et le choix des thèmes), ardent défenseur de la patrie: il y a tout
cela majestueusement rendu dans cette poésie généreuse, charnue,
pulpeuse, presque érotique."
Stéphane Méliade exulte : "il est dévastateur,
il est impérial.
Un poème-aigle qui vaut son pesant d'âme.
Tu le lis, tu perds un kilo à chaque fois."
Il se pourrait bien que Maxime Catellier ait quelque chose d'un chaman.
"j'irai creuser ma tombe
dans la neige, car je suis déjà né.
J'ose me perdre dans la naissance gelée des sources."
*
"Ce fut ce 24 décembre 2003 que naquirent les
cinq enfants de la paix sur terre tant espérée depuis la nuit des temps."
Un vrai conte de noël, c'est ce que nous offre Roselyne
Carrier, avec "Le
noël des 5 paons des Nations Unies", également nouvelle
venue dans nos francopages.
"Le Noël mondialiste de la paix, la générosité,
bref, l'amour." résume à merveille Yves Heurté.
"Tout un conte, en plein dans líesprit de Noël
sans toutefois tomber dans les clichés." salue Gertrude Millaire.
Venez écoutez les 5 paons crier "Léon", qui n'est jamais
que "Noël" à l'envers, et remettre le monde à l'endroit.
*
"Ce qu'ils riaient de nous voir chercher notre passé
dans la cime des arbres, chacun s'excusant de prélever
un peu de l'autre pour former une boule-de-neige"
On raconte que les oiseaux aiment se poser sur les épaules de Yann
L et que les fleurs poussent dans les traces de ses pas. Je suis porté
à le croire, en lisant cet extrait de "Notre
mémoire future". Créateur discret et rare, ça fait
quelques années qu'il séme ça et là, de temps en temps,
ses mots fertiles, empreints d'un regard à la fois tendre et tenace. De quoi
donc être très heureux de le publier pour la première fois sur
Francopolis.
"J'y trouve toujours cette pureté qu'est la
tendresse", s'émerveille Juliette Schweisguth.
"Regardez le ciel. Vous ne voyez rien. C'est normal,
vous avez des flocons plein les yeux."
Dans un autre texte, "Elle
courait dans la neige", il nous livre peut-être un des secrets
de son écriture : inviter directement le lecteur à entrer dans le texte,
à avoir chaud, à avoir froid et surtout, à aimer.
"Joueur, vivant, vivifiant, léger, ample et
lyrique", ces six adjectifs offerts par Florence Noël ne sont
pas de trop pour qualifier les six textes que nous offre Yann L. Lorsque vous aurez
lu en plus "Solitude
Cadeau", "Petite
Pensée", "Neige"
et "Te rencontrerai-je
en hiver ? ", vous irez vous aussi "écrire
des mots d'amour sur le capot des voitures".
*
"j'aime vraiment ce rythme et cet univers tracé,
cette penserie froide qui pourtant retient un peu de chaleur sur mon coeur",
Florence Noël toujours, en phase cette fois avec "Les traces
de pas" de Claude
Pech.
"Mais peut-être reste-t-il encore des traces
de pas sur la lune ?", se demande t-il dans ce "texte
joli et rêveur" comme le qualifie Isabelle Servant, promenade
où chaque pas dure une saison.
*
Un autre genre de pas, ceux de Thierry Roquet
qui, dans le sapin, jouerait volontiers le rôle des aiguilles.
"Il faudrait donc que j'y merde les pieds, indifféremment
le droit, le gauche, d'une lanière terriblement concrète."
Toujours hérissé de piquants jubilatoires, le style de Thierry Roquet
nous laisse toujours un peu essouflés, comme si nous avions trouvé
dans la cave un flacon plein d'une substance mystérieuse, interdite, aux reflets
de foutre et d'asphalte.
D'ailleurs, il vous prévient : "On
fêtera pas noël", c'est même le titre de son texte.
"Station-Sévice pour faire le plaint."
démarre Stéphane Méliade.
"J'aime bien ce genre abrupt, absurde, dur et extravagant.",
poursuit Karl Létourneau.
"Cet auteur a compris qu'en poésie on pouvait
aussi parler autrement, et qu'inventer triturer un langage ça en dit des choses,
des milliers de choses", conclut Isabelle Servant.
Allez juger par vous même, et boire les rasades d'eau-de-feu de Thierry Roquet,
au fond d'un verre fissuré par lequel s'écoule ce qu'il est de bon
ton de nommer l'amour.
*
"la dextre tremble
peur livide
des mots"
L'approche des fêtes aiguise certains esprits, jusqu'à leur faire
prendre conscience de la Grande Maîtresse du monde : la peur. C'est le cas
de Patrick Packwood, animateur de la passionnante
liste Vers Libres et auteur du texte "Blanc" La peur.... le blanc..."Ce
sujet a tellement, tellement été abordé qu'il est tellement
tellement difficile à remettre sur le tapis", reconnaît
Yves Heurté. Raison de plus pour apprécier ce texte à l'ambiance
étrange, qui déclenche une sorte de malaise agréable, de maladie
de conscience.
L'autre texte, "Glacial",
plus développé nous trasporte au pays de l'hallucination ultime : la
réalité. "La ligne de fin, l'éclosion
finale, craquelle l'ombre et son vernis, taille la mèche d'une "autre"
réalité", admire Laurence de Sainte Maréville.
"hallucinations
des points orange sautillent
suivis par une inscription glauque et illisible"
À noter pour les Montréalais que vous pouvez écouter Patrick
et d'autres membres de la liste Vers
Libres chaque mois lors des soirées à micro ouvert de SoloVox,
au café L'Utopik 552 rue Ste-Catherine Est tel:514 844-1139.
*
"Si la Production a les moyens, on peut installer
le mirage d'une
terrasse en arrière-plan; Raimu peut jouer
le rôle - miragique - du tenancier..."
Ainsi introduite, la pièce d'Hervé Baudouy, "L'étoile
du chameau" vous indique tout de suite que vous êtes en territoire
de rire, et les pérégrinations rigolo-bibliques de Bar-Tabah et ses
compagnons, dont certains illustres, vous raconteront une sacrée histoire,
en marge de l'histoire sacrée.
"L'auteur a le sens du "punch" et du "timing".
félicite Karl Létourneau, "savamment
impertinent", l'appuie Florence Noël. Bref, le co-animateur
drôle de Pages Libres et Lignes
de vies fait une entrée en force et en rire pour ses premiers pas dans
Francopolis.
*
Il est des Noëls encore plus blancs que d'autres, ceux où il manque
quelqu'un. Et pire d'entre les pires sont ceux où le quelqu'un ne manquera
pas vraiment, et peut-être même n'aura t-il jamais existé complètement.
"Noël 1917, 7:00 heures, les religieuses ont
entonné
líAdeste Fideles."
Une enfant est morte d'abandon comme on meurt de froid, la tête entre les
barreaux du lit, dans un internat du Québec, un soir de Noël 1917. Texte
ou le Père Noël est amnésique, le "Conte
de Noël" de Daniel B.
"Ça fait mal de lire ça, même
si c'est bien écrit.", s'émeut Hélène Soris.
"Magnifique histoire, cruelle, vraie et humaine"
, complète Isabelle Servant.
Au fond, il n'y a pas grand-chose d'autre à ajouter.
*
Meilleure que l'homme ? En tout cas, la nature du "Saguenay"
de Dominic Francúur vient nous soulager de notre
charmante espèce. Non qu'elle soit paradisiaque ou idyllique, mais elle est
parfois "aimable, cette chanson pour ses images, son
rythme dansant et chantant, son pouvoir d'évocation", comme
le rappelle Yves Heurté.
"Le passé simple des deuxième et quatrième
strophes donne une ambiance de légende ancienne." remarque
également Hélène Soris. À lire, donc, cet hymne à
une région de lacs et de neige, première publication de son auteur
à Francopolis.
*
Pour clore en beauté cette sélection, un grand habitué de
nos éditions dont on retrouve souvent avec un grand plaisir la vision subtile
et un peu oxymorique, mêlant pureté du regard et une certaine science
de la douleur, Jean Marc La Freinière et
son poème "Le
chemin".
"Je rejoins les oiseaux
Par la porte des feuilles
Sans quitter la peau noire
Où méditent les pierres."
"Mots choisis et essaimés dans l'urgence de vivre", Laurence
de Sainte-Maréville continuerait presque le poème, capable de "réchauffer les enfants peut être",
espère Hélène Soris.
*
En vous rappelant aussi que nous avons créé pour vous un Livre
de Noël qui vous attend à pages ouvertes, avec nos textes.
En ayant la joie de vous présenter également Hélène
Soris dans notre Salon
de Lecture.
Il ne me reste qu'à vous souhaiter, au nom de toute l'équipe et
de tout cúur, un Joyeux Noël et une très bonne fin d'année 2003,
qui -nous l'espérons- verra se réaliser vos vúux les plus chers, qu'ils
soient littéraires ou personnels. Nous attendons toujours vos textes comme
on attend des cadeaux.
*
Mina-Rad serra contre son scaphandre les trois précieuses feuilles de papier
vieilles de plusieurs dizaines d'années. Elle éouta le vent qui martelait
l'extérieur de l'Alvéole, bête furieuse et chargée de
cendres. Doucement, elle tendit une des feuilles à Jauge-Maxi et une autre
à Cordon-San, conservant la troisième.
- C'est peut être ça, la poésie, réussit-elle a
dire malgré son émotion. Entendre le vent glacé qui souffle
dehors et en conclure qu'il faut partager trois feuilles qu'on ne comprend pas complètement.
Mais... qu'est-ce qu'elles donnent chaud quand on est plusieurs à les tenir
dans la main !".
Stéphane Méliade, le 17 décembre 2003.

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