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Depuis que Francopolis est entré dans sa troisième
année, notre librairie
dépasse largement les100 auteurs. Nous vous invitons
à venir la visiter.
Vous y trouverez des poètes, des nouvellistes, des auteurs
de pièces de théâtre, hommes et femmes venus des
cinq continents. Vous pouvez, vous aussi, en faire partie en nous proposant un texte.
Dans notre salon
de lecture vous effleurez du bout de vos doigts les méditations
poétiques de notre amie et membre Catrine
Godin.
Francopolis
: sélection de mai 2004
" Les vents de printemps
Ont écarté les fleurs
Quand j'ai fait mon rêve.
Maintenant je suis réveillé,
Mon coeur est troublé "
Priest Saigyo (dans le recueil "Poèmes Zen" aux éditions
Véga)
Tout d'abord, grande première, à
partir de ce mois-ci,
vous suivrez mois après mois le roman de Sever Miu
"des
pas sans traces" .
Ce feuilleton mettra à l'honneur un peuple très francophile
et francophone ainsi qu'un membre méconnu du monde latin :
la Roumanie.
(dont nous avons précédemment publié un chapitre.)
Et voici venues les senteurs et couleurs de mai, ce joli mois qui fleure
bon les encres vives et vous invite à cueillir 21 pétales
d'auteurs dans une terre commune, celle de la voix, des mots
porteurs de rêve.
9 auteurs dont 2 nouveaux ont fleuri en donnant naissance à
20 poèmes et une pièce de théâtre.
Cueillez-donc les fruits de, Arnaud Delcorte, Sarah
Godfroid (Belgique), Patrick Packwood et Jean-Marc la
Frenière (Québec),
Nicolas Kurtovitch (Nouvelle-Calédonie),
Jean-Marc Baholet, Eric Dubois, Jacques Rolland et France Weber
(France).
Jean Marc Baholet vous offre cinq poèmes
"Voix", "Foudre", "Aux
confins", "Peinture" et "Noctambule" ouvrant "de vraies respirations" là où "le son rebondit" (Yves Heurté)
Gertrude Millaire écoute la "Voix" et traduit "Une sorte
de combat entre le dit et le non dit, entre la voix et l'écriture...
une sorte de silence très bavard."
" Epeller les syllabes des mots
frottés contre la vitre
que touche la nuit
avec ses ongles bleus. "
(...)
" Seul le silence
ce nomade accompagne
ma voix "
Hélène Soris "imagine parfaitement l'auteur en
compagnie de ses mots, sa solitude celle qui nourrit et même sa sensation.
Celui-ci est poète."
Stéphane Méliade ricoche "il court une certaine
finesse et un certain battement intérieur. Un univers
créé. Un poème digne de ce nom."
**
"mini séquences" (Gertrude Millaire)
"élégant et profond" (Steph Méliade)
"Foudre" éclaire "un lien
entre nature et émotions" (Hélène Soris)"Foudre" "aurait presque pu être
un tableau" (Hélène Soris) c' est "presque un cadeau au
lecteur " (Steph
Méliade)
" Affolées
les jonques se dispersent
comme les algues marines
des hauts fonds.
Récifs
où s'affûtent frissons nocturnes
et rêves en lucarne "
**
"Aux confins" "nous entraîne
dans les pays de son imaginaire, le pays de son écriture. Les "mains
noires d'orpailleur" sont les siennes qui tissent avec l'encre. (...) Il
rend très bien la sensation de celui qui éprouve en urgence
l'envie d'écrire. (...) C'est quelqu'un qui écrit par passion" (Hélène
Soris)
" ta tête
se noue aux confins,
ton regard aimanté
comme la limaille au vent "
**
" Décidément je reçois
tout à fait cette écriture. " s'enchante Hélène
Soris en découvrant "Peinture" "ici je lis
comme je regarderais un tableau. (...) Les couleurs sont fortes."
" tu enregistres le souffle de l'homme,
- cette bête visionnaire.
Leurs mains usées façonnent la pierre
scarifiée le jour "
**
"Noctambule" "est une musique ou un tableau
abstrait.
(...)
" les rêves brossent l'oeil
avant d'éclater en floraisons violentes
(...)
L'encre s'efface
au claquement du silence."
Cet auteur décrit avec talent l'état où il se
trouve quand il écrit. "il y a la sensualité que procure
le plaisir d'écrire quand on le fait surtout pour le plaisir, et
sans chercher absolument à plaire. Voilà ce que j'ai reçu." confie Hélène
Soris
Stéphane Méliade le ressent "comme plusieurs textes
compressés dans un seul."
***
Arnaud Delcorte vient de Belgique,
il vous invite à lire "Orlando", "Jessica", "Jordan" et "L.M.D." quatre poèmes
à
l'écriture contemporaine "Le ton est rare, dur
et moderne, viril. L'effet est là, mais plus encore par sa vérité
humaine que par la rudesse évocatrice du style."(Yves Heurté)
Ce n'est certes pas Stéphane Méliade qui le désapprouvera
puisqu'il poursuit "par désir d'accueillir ce
côté qui me semble bienvenu, résolument contemporain
et explorateur du mythe américain."
En lisant "Orlando" l'on perçoit "une écriture
visuelle." (Gertrude
Millaire), une écriture "magnifique, inattendue. Ecrire d'après
la télé c'est rare. Et ce retour sur le nubien. Tant de symboles.
De la poésie de la vraie" (Hélène Soris)
" Orlando
D'anciens Egyptiens avancent sur le petit écran
Le Rainforest Café Fumant
Café plus transparent tu meurs
Tumeur "
**
"Jessica" reste "original, très
moderne, rythmé, enlevé, spontané" (Hélène Soris)
" Ce soir
J'ai mangé au TG1 Fridays
Mangé du steak mangé du steak
Une petite serveuse sympa Jessica
A réinventé le sourire pour moi"
**
Jordan est "une observation
très personnelle" (Gertrude Millaire), Hélène
Soris aime la conclusion
"Jordan
En noir et blanc
Un corps émergeant du liquide
Primordial
Ici
Tout est Disney "
**
L.M.D. trace "des instants
de vie" (Gertrude
Millaire) et enthousiasme Hélène Soris : "ça c'est
une déclaration d'amour à couper le souffle ! Il a un style
bien à lui. Il y a un rythme, une assurance et cette spontanéité
dans les " je t'aime " il aime tout et tous
mais je crois que c'est tant il l'aime Elle. "
" Insomniaque
J'égrène les chapelets de regards croisés
Je chante la beauté
J'aime
La blancheur
La force
Et tout ce qui n'est ni blanc ni fort "
***
Eric Dubois vous propose trois poèmes denses,
rythmiques et
sobres "Béance", "Epitaphe" et "L'âme du peintre"
"L'atmosphère bien campée" de " Béance " dont le titre étonne
régale Stéphane Méliade "entraîné
dans cette écriture comme dans une sorte de course assise."
Yves Heurté se servirait bien une seconde lampée de cette
encre rythmique "Ce texte sonne juste, et l'analyse
aussi, servie par une écriture dense."
" Un moment tu oublies le monde semble
à ta portée et tout autour de
toi s'agite
Pourparlers locaux et remises de jeu la mouche va se noyer dans ton
verre un moment tu oublies
(...)
L'heure tourne tu mets ton pardessus il fait froid dehors
il est tard t'as passé un bon moment à oublier "
**
"Epitaphe" plait par sa tendre ironie,
Isabelle Servant "pense à Brecht"
Philippe Landreau : "on dirait une petite chopine de Bablon
ou une gorgée de Delerm."
" A la chair rose à la morsure
du temps
Aux câlins des femmes
A la Vierge Marie à la Visitation
(...)
Ici dort
Le soliste des mots
L'improvisateur des mots
L'allumeur de mots "
**
Quant à "L'âme du peintre" il est tout à la fois
"magnifique et sobre" au coeur d'Isabelle Servant,
"simple et beau" au regard de Stéphane
Méliade et forme "un beau jeu de couleurs" selon Gertrude Millaire quand
Philippe Landreau philosophe "Oui il faudrait "voir" en couleur."
"Jaune
Presser le fruit
Y mettre son âme
Vert
Là vivent nos
Racines "
***
Prenez soin de cette fleur fragile, cette lueur humaine que vous tend
le poème
"Les paragraphes éteints " de Jean-Marc
la Frenière.
Gertrude Millaire se penche et sent "une simplicité
désarmante" tout glissant vers une "fin en point
d'interrogation " une route pour les
pas perdus ? "
Stéphane Méliade, touché, pense "comme quoi
on peut faire une sorte de "bilan" dans une poésie" avec "un regard
simplement humain"
Philippe Landreau, conquis, condense "c'est bien écrit
sobre et vrai"
"Il y a dans les livres
Des pargraphes éteints
Par les blancs de mémoire,
(...)
Il y a ceux qui marchent
Mais gardent devant eux
Une porte fermée."
*******************************************
Sarah Godfroid, notre plus jeune auteure,
garde toujours cette même maturité dans une écriture
toute en finesse et cette fois encore elle vous fait cadeau de "Demi-soleil", un poème qui par
bien des aspects nous rappelle le haïku.
"Il dort
papillon clos
retourné à la terre"
"Oui un dessin en mots avec beaucoup
de délicatesse, un dessin japonais" se ravit Hélène
Soris
Envie de répondre au "Demi-soleil" de Sarah Godfroid par un haïku de
Louve Mathieu (de Joncquières, Québec)
"notes d'eau broutées
par les troupeaux de terre
sortis de l'hiver"
***
Ding ding dong ! Hop là ! Elles clignent de l'oeil à
Rimbaud ces "Consonnes" pleines de l'humour de
Patrick Packwood, elles ont traversé
l'espace depuis le Québec et tintinnabulent jusqu'en
notre terre poétique espace de paix, sans frontière.
Isabelle Servant aime leur "originalité (...) : ça
change des poèmes habituels " et Stéphane Méliade
la rejoint "Rien que pour l'idée et l'humour
réussi du texte."
" C incertain pour certains, au son
trop changeant, "Plaît-il ?
J'affirme haut que saucisson s'écrit sans C ! OK ?"
Bien sûr, avec des sons sur d'autres consonnes calquées,
Ce n'est pas étonnant que, l'orthographe, on la mutile ! "
***
Qu'il est agréable de cheminer en compagnie de Jacques
Rolland qui vous fait sourire grand les oreilles
avec trois poèmes tout en douceur "Ma mère", "Poème" et "Ce que je cherche".
"Ma mère" est "superbe de
tendresse ironique, complice" s'extasie Steph Méliade.
"Ma mère" "est très sobre,
très humain et sur fond non pas de regrets quelque chose de plus
diffus, mais je ne veux pas creuser..." frémit Philippe Landreau
"Ma mère" est "adorable" murmure Hélène
Soris qui "adore la construction de ce poème.
son rythme ses reprises. Enfin un poème travaillé sans doute
sorti spontanément et perfectionné. J'y entends une grande
tendresse un sourire qui flotte quand il regarde sa mère. Le poème
danse léger comme la danse du parapluie."
"Ma mère
son petit parapluie voltigeait dans la foule
(...)
les mots
cendres éparses
auront cessé leur petit roulis."
**
"Poème" a conquis Yves Heurté
"Et voilà du très bon,
faussement léger. Duo objet/être réussi. Les tableaux
extérieurs et intérieurs s'harmonisent et complètent."
De ce "Poème", aussi conquise Hélène
Soris écarquille son coeur "un auteur, vraiment.
Un auteur sensible.
Les absences se cachent dans les chuchotements des mots quand on arrive
à écrire, refermer le voile sur une "indicible souffrance",
"une bouillie d'étoiles". Magnifique, tout tout s'est troublé
peut-être à travers une brume de larmes."
"Poème
à ouvrir en un éclair
une brèche dans les miroirs
(...)
(indicible souffrance
avalant le fil des jours
comme un trou noir une bouillie d'étoiles)"
**
"Ce que je cherche" fouille au travers la cicatrice
des mots, fouille le battement jusqu'en leur arrière-coeur.
"Et je sais, à force de lire
la plupart des auteurs, qu'elle existe même s'ils ne veulent pas l'avouer
.. et tant mieux ! "cette blessure secrète qui saigne sous les mots." saigne de
l'encre .." trace
Hélène Soris.
Stéphane Méliade souligne "tout est dit en peu de
lignes et ça touche au centre."
"où quelques orpailleurs
fouillent avec moi
la blessure secrète
qui saigne sous les mots."
******************************************
Aller à la rencontre de France Weber c'est respirer en poésie,
habiter des visages singuliers en écoutant leurs touchers d'ombre
et de lumière. C'est dire si nous sommes ravis de sa présence.
Les deux
poèmes qui germent ici sont les fruits du recueil "Premier indicible" dont vous pouvez lire
la préface d'Yves Heurté.
"Tu viens" séduit Isabelle
Servant "ah magnifique ! j'aime beaucoup,
il se passe quelque chose, et le regard est acéré" sa "fin en pirouette
est drôle." (Hélène Soris)
il "désarçonne par le
final, son réalisme clinique... "
(Philippe Landreau)et "il y flotte un certain charme, que
l'estocade de la fin n'amoindrit pas mais souligne. " (Steph Méliade)
"Tu viens
Tu manges ma lumière
Puis tu rotes allègrement
Avant de me jeter dans l'ombre"
**
"Un bout d'ciel" est presque une lettre,
presqu'un coeur, lettre ouverte et repliée, oubliée, coeur
ouvert et replié, oublié dans un livre qui ne demande qu'à
vivre." (Juliette
Schweisguth)
"Un bout d'ciel", un bout d'lettre nous "cause de coeur
à coeur." (Steph Méliade)
"Un bout d'ciel
Dans la main
Drôle de rêve
Pour t'écrire"
***
Nicolas Kurtovitch est un auteur très
actif en Nouvelle Calédonie, auteur fidèle que nous sommes
toujours heureux de retrouver en espérant que vous partagez
ce même enthousiasme. Ce mois-ci vous ouvrirez les rideaux de mots
pour voyager avec "Les papillons" "une pièce
de théâtre" qui serait plutôt "un Dialogue".
Quant à moi j'imagine bien ces "papillons" comme un voyage initiatique.Effeuillez
donc les quelques commentaires que voici avant de sauter dans le wagon des
mots en marche. " original. j'ai peut être apprécié
parce que si j'ai une insomnie je me raconte des histoires. et... j'en ai
de moins en moins donc il a raison."(Hélène Soris) "une pièce
de théâtre ? je dirais plutôt "Dialogue" l'écriture
thérapeutique ? J'aime cette vision assez juste...l'écriture,
une thérapie qui n'a rien avoir avec la littérature. Si
seulement tous les écrits thérapeutiques avait cette sagesse
d'être écrits pour soi...!" (Gertrude Millaire)
" je trouve beaucoup beaucoup de
choses dans ce texte, qui ouvre de multiples pistes de réflexions."
(Stéphane Méliade)
"(Premier acte)
Premier personnage
Faites-moi plaisir et soyez gentil en me disant que de temps en temps
vous songerez à moi, cet inconnu qui a essayé de vous faire
accepter l'idée que la littérature est parfois, elle aussi,
action.
Si ce trajet était plus long, ou si nous nous arrêtions
à une terrasse de café, je vous dirai toute l'action que
les livres ont engendré à travers l'histoire du monde. Je
vous dirai les formidables créations matérielles des hommes
issues des créations imaginaires des écrivains et des poètes.
Je vous raconterai l'histoire de cet homme qui, rassemblant autour de lui
et de son projet fou, décida de partir dans une région inexplorée
et d'y construire la cité idéale dont il avait lu une description
imaginaire dans un simple et petit livre. J'aurai beaucoup à vous
raconter de l'action mon ami.
(...)
(Troisième acte)
Deuxième personnage
J'ai écrit l'histoire et la description des papillons. Entièrement,
de mémoire. Ca m'a pris deux ans complet. Il y avait une vieille
affiche épinglée sur l'un des murs : « Papillons de
Nouvelle Calédonie ». Un endroit très éloigné,
je crois. Je n'avais aucun papier, aucun crayon et de la lumière
artificielle vingt quatre heure sur vingt quatre. On m'a laissé totalement
seul, je n'ai vu personne ni entendu la moindre voix pendant ces deux années.
Quelqu'un que je n'ai jamais vu me passait de la nourriture par une
trappe percée dans le mur de grosse pierres. La trappe faisait un angle
si bien que même en me baissant, en rentrant toute ma tête dans
le trou et en collant mon visage aux parois, je ne voyais que des pierres,
et non pas de l'autre côté du mur, là où je
supposais
se trouvait un couloir de garde. Alors chaque jour j'écrivais
un papillon, ça pouvait me prendre quatre heures pour une seule bête.
Lorsque j'écrivais le second papillon, je commençais
par me réciter le précédent. Ainsi de suite. Sur
l'affiche il y avait soixante papillons."
**********************************************
En vous souhaitant des lectures surprenantes, douces, violentes, vivantes,
des lectures qui vous ressemblent, nous vous donnons rendez-vous le mois
prochain et vous remercions de votre fidélité.
Juliette Schweisguth pour le comité de Francopolis
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