Vos textes publiés ici après soumission au comité de lecture de francopolis.



 

actu

 

 

archives

Notre librairie compte plus de 150 auteurs. Nous vous invitons à venir la visiter.

Vous y trouverez des poètes, des nouvellistes et romanciers, des auteurs de pièces de théatre, hommes et femmes, connus et inconnus, venus des cinq continents. Vous pouvez, vous aussi, en faire partie en nous proposant un texte.

Dans notre Salon de lecture, honneur ce mois-ci à Ile Eniger.

  
"Des ailes"
un tableau de Lino

Présentation des textes
de la SÉLECTION
DE
MAI 2005

n*26

Par  Laurence de Sainte-Maréville



Francopolis : sélection de mai 2005



À l'instar de contrepoints étoffés par le style de chacun, les paroles diverses et variées jointes aux gestes, se répondent à leur façon dans le ventre du monde...

Nous vous proposons pour ce moi de Mai 2005 onze auteurs qui nous partagent et soulèvent quelques coins de cette incroyable aventure de l'histoire humaine.


Jean-Jacques Dorio et le sens poétique... nous égrène ses mots avec parcimonie, efficacité, comme un paysage relevé de quelques touches fines et légères de pinceau ou d'encre précise, pleines de sens, et appliquées au bon endroit. Il nous gratifie de quatre textes liés par ce style incontournable : le bâton, prétexte, le grand saut, les contours.

« De pages blanches quadrillées
Sur lesquelles une main
Trace des signes

Comme l'appareil - le sismographe -
Qui transmet sur une feuille
Les légères secousses de la terre »
(extrait "Le bâton")

Yves Heurté s'exclame sur le poème - Les contours - : « Un poème primesautier qui dit à cloche-pied des choses fort graves. Il me fait penser à ces jeux d'enfant où l'on dessinait des cases à la craie sur le sol du préau de récréation. On sautait d'un pied sur l'autre sans marcher sur les lignes et gare à qui le faisait. Il allait en prison ou mourait. » Hélène Soris remarque : « Cet auteur a un style qui se rapproche de la poésie japonaise et justement cette poésie laisse toujours une liberté à l'auteur, le laisse penser, rêver ». Juliette Schweisguth goûte et affirme, non sans malice : « C'est léger, et plein de gourmandise de sens ! Ici la pensée embrasse le poème, le rythme prend ! »

***

Pascal Dufrenoy attise des kilomètres d'existence et de trépas sous les semelles qui progressent et savent s'arrêter lorsque nécessaire. C'est l'âme d'un coloriste adapté à chaque circonstance qui se reflète sur les espaces pointés du doigt. Au cours de cet itinéraire, quatre poèmes se déroulent : l'or du poète (à la lecture Blaise Cendrars surgit entre volumes personnels dont «Bourlinguer (1948)» et fragments de sa vie); ballade pour Ernest (Ernest Hemingway bien entendu, écrivain américain honoré par Cuba, prix Nobel, nous n'oublierons pas non plus «The Old Man and the Sea» évoqué dans le poème...) ; Arthur, marcheur-murmure (Rimbaud), In Mémoriam.

« Courant dans la boue
Le bras droit emporté par la fièvre animale
Sur la route filmée de la fin d'un monde
La reconquête des amputés

Le Tremblay en automne
Abritait ses étranges faunes
Des Picabia, Léger… marchaient bien tranquilles
Livrant au matin clair sa lumière adoucie
" Quand tu aimes il faut partir " »
(extrait "L'or du poète")

« Non seulement le fond mais la forme est aussi épique. Avec ses retours, ses arrêts qui cassent le trajet comme des petites gares, ses avancées vers l'est, ses frères rencontrés sans faiblesse » (Yves Heurté pour L'or du poète). « Seconde partie plus intime et qui n'est pas sans nous rappeler tous ceux que nous avons perdu » (Cécile Guivarch) puis « poème qui retrace le chemin des humains, la mémoire humaine, qui rouvre une bibliothèque humaine » (Juliette Schweisguth pour In Mémoriam). « Une écriture raffinée, soignée » (Hélène soris pour Arthur, marcheur-murmure.


***

Jacques Coly nous pianote cinq poèmes sans titres apparents (mais en ont-ils besoin ?) comme un prélude qui contient déjà les gammes...

« et voici qu'il tricote
un manteau d'évidence
pour habiller ses nuits »

« Elle sème la beauté et le rêve
prompt à jouir et à punir »

« Sur le toboggan de la lune, je réinvente le corps
féminin sans aucune protection »

« fils chamarés / patchwork on words » (texte 2) (Catrine Godin). « On sent beaucoup d'émotions, un goût d'amertume aussi face au monde qui nous entoure » (texte 2) (Cécile Guivarch). « Ici, la poésie naît du quotidien et lui donne une belle lumière, de beaux contours. Cette prose très courte est rare mais efficace » (texte 5) (Teri Alves).


***

Michèle Menesclou traverse quatre textes (Les vieilles dames-ballons, inventaire, la couleur bleue du café, le blues de la caissière du Franprix) comme l'on prend le vent du large par l'intérieur des corps ! Un métronome qui scande des éclats, de la tendresse, des pauses où rien n'est laissé au hasard. C'est fort, étudié, observé, vécu, poétique. Certains passages nous laissent bouche ouverte sans qu'aucun son ne puisse être audible. Du grand art.

« Le réveil a beuglé comme un dément, bouche ouverte, branlant de la glotte. » (extrait la couleur bleue du café)

« ça pique un roupillon, ça fait la manche, ça fait le spectacle, ça joue de la guitare, ça chante : " Les amants de saint jean ", et la rame traverse des tunnels obscurs, Dubo, Dubon, Dubonnet… Quand la lumière revient, les portes s'ouvrent et le flux se déverse et un autre paquet d'âmes apparaît » (Le blues de la caissière du Franprix)

« l'écriture est ferme et sûre d'elle, allusive et chantante. Bref un succès. » (Les vieilles dames-ballons) et « Une chanson de rue, avec bifurcation de virtuose du volant qui vous laisse sur le carreau, coquin de sort ! » (Inventaire) (Yves Heurté). « un tour de force pour rendre appétissant cet inventaire ! » (Gertrude Millaire). « Chaque texte rédigé parfaitement a son caractère Bravo ! » (Hélène Soris)


***

Robbert Fortin - l'un des plus importants poètes québécois de la nouvelle génération nous annote Jean-Marc Lafrenière - glisse une lumineuse simplicité au plein de ses poèmes sans complaisance (Nuit, si tu veux que la nuit, écrire brûle, tout questionner, je me donnais une joie). Il établit une communication sensible entre l'ombre, les gestes et les songes qui nous hantent.

« un autre que moi vivait
sous ma peau sa lumière de soleil triste
ses yeux penchaient du côté des rivières
paupières d'eau grisées d'une même eau à naître »
(extrait je me donnais une joie)

En ce qui concerne le poème "tout questionner" : « La pâte ne retombe pas au four de ce poète. La méditation se maintient au même niveau, et on clôt sur une très belle image. » (Yves Heurté) ; « Ce rythme est vraiment étrange comme une blessure. Il y a des fulgurances, des éclairs qui viennent se coller contre notre cœur » (Juliette Schweisguth). « Ma-gni-fi-que de bout en bout, c'est ferme, la langue danse, tourne, musique et frappe dans la douceur même la clarté » (Catrine Godin pour "si tu veux que la nuit").


***

Ludovic Kaspar frappe à nos vitres avec des titres en anglais, directs, percutants, en-tête refrains, des tickets qui remplissent les poches, petits carnets sans frontière : living for the city (just enough), heart of snow, take the long way home.

« Rouler vers la nuit où j'attends quelqu'un que je n'attendais pas.
Celui là me double ; hors de portée. »
(extrait take the long way home)

« Le voyage en poésie continue sur l'autoroute, avec le même don d'évocation et les moyens pour le faire. Cela reste très fort. » (Yves Heurté). « Les belles saisons du Nord au bout de la route, comme une évidence » (Teri Alves)


***

Yann Francis est un jeune auteur québécois. « Les nouvelles (La Feta en berlingot ou 50 petites kabouleries de rien du tout, j'ai la tête un peu trop, le permis, la baie du badakhshan) font partie d'un recueil à paraître bientôt, elles ont effectivement été écrites en Afghanistan où il a séjourné pendant un an » (Jean-Marc Lafrenière). L'écriture est puissante, implacable, pimentée et sous un souffle qui nous accroche ; elle décrit une réalité quotidienne difficile, délicate, avec une contre-plongée au coeur d'une palette de sentiments divers. Avec « J'ai la tête un peu trop » l'auteur griffe avec humour notre sens commun des existences. A lire avec clin d'oeil pour lui rendre son sourire.

« Les chaises à trois roues conduites par des culs-de-jatte enturbannés, grâce à un pédalier incorporé aux guidons, qui évoquent les chaises roulantes du cent mètres aux jeux paralympiques;
être à Kaboul, à Kaboul, hey! être à Kaboul ; »
« Les trous à scorpion, inoccupés en hiver, où l'on plonge une main afin d'ouvrir le robinet qui commande les valves du réservoir d'eau; »
(extraits Le feta en berlingot)

« On dirait du Ginsberg dans la forme et dans le souffle » (Teri Alves). « Il y a là de tels contrastes que s'en est la force, et le mouvement, l'empilement donne ce vertige que l'on ressent si fort, ce dépaysement de gestuel... » (Catrine Godin) ; « J'ai vécu en ce même lieu des Kaboulis ces mêmes moments et je m'y retrouve à merveille. Je pense qu'il est impensable de traiter ce texte d'exotisme facile » (Yves Heurté pour Le feta en berlingot). « Une simplicité mais une simplicité piquante qui sait bien rendre l'absurde de certaines situations » (Gertrude Millaire pour J'ai la tête un peu trop). « N'hésitez pas, plongez. Un texte à ne pas respirer, à lire en diagonales plusieurs fois dans tous les sens, des mots à regarder droits dans les yeux » (Philippe Vallet pour la baie du badakhshan).


***

Arnaud Delcorte sur les traces de la mémoire avec Indonésie et ses questionnements suspendus le temps d'une inspiration, nous ouvre également la porte sur son univers en de courtes phrases à la fois dépouillées, condensées, riches dans Il y a et Treize gouttes d'encre au désert ; mystère et amour mêlés-démêlés.

« Il y a dans ta main
L'inconstance des matins d'hiver
Quand ta chair hésite
Entre gazelle et fauve »
(extrait Il y a)

« C'est fort comme un poing dans le front » (Catrine Godin sur Indonésie).
« Ce texte se démarque par une certaine audace de l'écriture. Le titre lui-même, " Treize gouttes d'encre au désert ", est un petit bijou du genre. » (Teri Alves)


***

Louis Primerano chante l'espoir avec "Point, à la ligne" traduit avec beaucoup de sensibilité dans une langue qui nous est commune. Monologue intérieur qui s'enrichit des pensées de l'autre, un écho qui trouve toute sa plénitude dans les liens étroits que les hommes apprennent à tisser. En résumé, une sorte de canevas ou une trame, un récit initiatique qui tente au milieu des doutes et des cris, de pointer avec élégance et douceur l'une des clés qui peut permettre - de renouer avec - l'ouverture d'un nouveau paragraphe...

« Je ne dis rien. Elle ne dit rien. Comment lui expliquer qu'il faudrait remonter plus haut ? Plus haut, à la source même.
Comment lui dire que la source des mots n'est pas de même nature que le langage, qu'elle est différente de toute écriture ? ! »
(extrait de la nouvelle de Louis Primerano)

Yves Heurté nous parle de la dynamique du texte :
« Un beau texte inclassable. L'impossible affleure mais on ne le saisira pas car il est l'impossible. Ni avec les mots ni avec soi. Le manque n'est pas sur cette feuille mais en soi. Un soi qui se partage en deux entre l'impuissant et le voyeur. » Cécile Guivarch touchée, nous confie : « Un texte profond. Les phrases courtes se succèdent, créant ainsi un rythme, accentuant le malaise. Les mots ont de la force, ils percutent, se cherchent, font mal. On attend une délivrance. »


***

Bozéna Bazin, nous surprend, nous percute, nous chahute et ironise, elle se laisse porter par les mots et leurs sens ou leurs non-sens ; elle nous emballe par la douce folie truculente de sa nouvelle "Les ouvre-boîtes". Nous sommes sur la corde raide d'un mobile métallique aux bords tranchants... Et tout caquette !

« La stridence de leurs cris enfle, bondit contre mes tympans endoloris, ricoche contre les murs, s'insinue dans ma pauvre tête et parcourt le réseau de mes nerfs, tendus jusqu'à la limite de rupture. Je me bouche les oreilles pour ne plus les entendre et je m'écroule, pantelante, sur le sol. »
(extrait Les ouvre-boîtes)

« L'idée est folle et originale. Mais bien sûr, cher ami (ie) que je suis votre boite de converse. (oh pardon ! De conserve ) Que vous allez réussir à m'ouvrir. Et il en tombera de la sauce aux rires, des lentilles d'humour. » (Yves Heurté).
« Cet auteur est fou. D'une folie attachante. Le grand enfant que je suis a apprécié. Il fallait oser donner le rôle principal à toute une armée d'ouvre-boîtes plus ou moins bien intentionnés ! Mention pour l'ouvre-boîte sud-américain qui pratique le vaudou et fomente un complot contre la narratrice. Rafraîchissant. » (Teri Alves).


***

Patricio Sanchez marque une pause à l'aide du poème "Montpellier, trois minutes d'arrêt" avant le nouveau départ qui se dessine déjà.

« Ce silence de marbre que le fer
nous arrache.
Entends-tu le vol de la chouette
sur les branches? »

« Nous devons aller
où commence
le jour. »

« J'aime bien ces instantanés poétiques, des esquisses tout en douceur, avec un coin de rêve sous les paupières… » (Juliette Schweisguth) à qui nous laisserons le mot de la fin jusqu'à notre prochaine rencontre.


***

Dans notre Salon de lecture ce mois-ci, Ile Eniger

*

mai 2005
Laurence de Sainte-Maréville
pour le comité de Francopolis


 

-> Vous voulez nous envoyer vos textes?

Tous les renseignements dans la rubrique : "Comité de poésie"

Accueil ~Contacts ~La charte de l'équipe

 

Créé le 1 mars 2002