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Depuis que Francopolis est entré dans sa troisième
année, notre librairie
compte près de 200 auteurs. Nous vous invitons
à venir la visiter.
"SOIES ET LUMIÈRES" NOVEMBRE
2004
20ième Edition de Francopolis
" guitariste"
création de Laurence de Sainte Maréville
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Présentation des
textes
de la SÉLECTION
du mois de novembre
par
Juliette Schweisguth
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Francopolis
: sélection de novembre 2004
« Le vent décline rien.
Personne ne témoigne pour le témoin.
Juste la blanche obscurité
contre elle serre le chuchotement,
l'automne et la soie, le bruissement
du sablier »
Hrvoje Pejakovic, poète croate ("Celan tardif"
poème extrait de "Ville interdite")
Novembre crisse sur francopolis,
dépose ses soies et ses lumières.
Réchauffez-vous à notre flambée.
Ce mois-ci accueille huit auteurs
dont six nouveaux venus, dix poèmes et deux nouvelles.
Nos auteurs viennent de France, de Belgique et de l’île Maurice.
Venez, effeuillez donc ces visages écrits.
KONSSTRUKT se joint pour la première fois à
notre veillée. Il nous offre "Quelquefois" un poème d'une musicalité
et mélancolie très sobres, où le silence crie entre
les notes. Un désespoir, une lucidité tracent un visage, une
lumière, une voix.
"Je trouve que ce poème racle la gamelle
de la lucidité comme si elle était la dernière nourriture
à laper avant d'en finir. Et le leitmotiv du "quelquefois" bat exactement
comme remue la queue d'un chien errant.
Une des versions les plus plus limpides du désespoir qu'on puisse
trouver, claire comme un os si entièrement rongé, que son
blanc ressemble à celui une robe de mariée. " (Stéphane
Méliade)
" il a trouvé un langage d'une musicalité
absolue un sens des répétitions que j'aimerais vraiment bien
voir plus utilisé souvent, c'est vraiment très beau et plein
de sens" (Isabelle Servant)
"Un recul apprécié, particulier, fort.
Quelque chose transcende, remue, arrose, hurle en silence. De la retenue
dans tout ce qu'il y a de plus efficace. " (Laurence de Sainte-Maréville)
"dans le texte j'avais aimé la construction
en répétition " quelquefois, quelquefois pas " qui souligne
l'aléatoire de la vie une sorte de fatalisme nostalgique sans illusion.
L'auteur semble désabusé mais accepter la vie comme elle est.
peut être que l'écriture l'aide en ce sens. c 'est un texte
né de notre époque ...un regard sans concession " (Hélène
Soris)
Ecoutez ce début :
" Il y a des traces sur les murs
Et sur les visages, des traces aussi
*
Les murs quelquefois tombent fatigués
Et quelques fois les gens de même s'étendent
Il arrive qu'on les voie, chez eux ou le
long des rues
Il arrive
(...) "
En écho, voici un passage d'Exode (poème d'Yves
Heurté publié dans "Gueule d'ombres")
(...)
Montagne et horizons sont vides.
La frontière est là, ou bien là ?
Déjà l'exil ? Encore chez soi ?
Passent ces foules qui balancent
d'un pas sur l'autre.
Libres peut-être ? Ou déjà mortes ?
( Yves Heurté)
***
Marchons avec ELISE qui fait ses premières gammes sur Francopolis
en nous jouant "Lisa",
poème extrait du recueil "les matins humides". Avec
« Lisa » l'on "prend le chemin des pensées murmurées à
voix haute, l'on suit ses mots égrenés dans le petit matin
humide. » (Laurence de Sainte-Maréville)
"(...)
de mes mots s'échappe la morsure
tendrement
des bouts de pensées volées n'importe où
comme un refuge c'est tout le temps
des regards perdus que je garde
pour mes phrases
(...)"
" c'est musical, dansant " je m'attarde tant ...
" laisse espérer un second texte parce qu'il prend son temps près
de Lisa " (Hélène Soris)
"J'aime bien le côté chanson,
le style à la fois déstructuré et rythmé, presque
un côté gainsbourien des débuts.(…)Un certain charme."
(Stéphane Méliade)
"Un texte simplement présent mais l’avant dernière
ligne m’échappe." (Philippe Vallet)
***
Armée de « Beyrouth 76 » (extrait du recueil «
Indianité ») SARAH STRUVE nous ouvre le chemin pour
des premiers pas ici, un chemin de souvenirs douloureux, de pas cabossés,
de pas qui ont marché sur des terres inhospitalières, là
où sonne la révolte, là où le poème se
lève.
Hélène Soris reçoit ce poème comme une balle en plein cœur « "gargoupurulance"
ça me fait frissonner et me gène mais ça souligne vraiment
l'horreur de cette description .
"Le temps s'est édenté
jusqu'à ce que la scie scie le silence..."
c'est beau. effrayant jusqu'à frôler
l'insupportable mais c'est terrible je vois cette cave horrible donc le poème
est réussi, expressif »
Voici le dernier passage de ce poème-bombe :
(…)
Pas un bruit...
Un temps... Le temps s'est édenté
jusqu'à ce que la scie scie le silence...
La scie du coronaire de la démence
(…)
En écho, un moment du poème « Pauvre
ange » de Taniwaka Shuntarô ,
extrait du recueil « Les anges de Klee »
« Sur ses ailes blanches goutte
à goutte tombe
le sang rouge des hommes
La plaie qu’on avait crue refermée
à nouveau s’est ouverte
Cette couleur l’ange ne la voit pas
Mais quand il bat des ailes
Aussitôt le rouge se fâne
Les hommes vivent
En des lieux dont les anges n’ont pas idée.
(…) »
***
CLAUDE GUIBBERT revient en notre compagnie et nous propose
deux poèmes extraits du recueil
« Un beau jour, bel ailleurs »
Il « chausse tes bottes en tout lieu » pour jouer à
contre-courant avec les mots. Ses notes de sept lieux bottent, et la fin
de son second poème sonne les retrouvailles.
.
Embarquons :
« Au vent du large
Autour de l'œil du monde »
« Mots de fin telle une percussion qui
suscite l'envie d'embarquer. (Laurence de Sainte-Maréville)
»
« son coeur bat en binôme(:-) j'aime
bien aussi les trois derniers vers l'idée d'oeil du monde »
(Hélène Soris)
« quelque chose qui m'accroche et quelque chose
qui me retient.
j'aime beaucoup le vers de fin. » (Stéphane Méliade)
***
UMAR TIMOL est natif de l’île Maurice. Hélène
Soris nous avait partagé une entrevue avec lui que vous pouvez redécouvrir
dans "francosemailles".
Il voyage jusqu’à nous pour nous partager trois poèmes «
Genèse
», « Nuée » et « Le monde est bordélique
» au style complètement différent des deux premiers,
très surprenant d’ailleurs, comme un cri qu’on attraperait au vol,
un cri qui devrait pousser dans tous les cœurs. D’ailleurs Stéphane
Méliade nous dit «Voilà un rappel
bienvenu. Des évidences ? Ça oui, mais visiblement, elles n'ont
pas été entendues. (…) C'est fait pour se crier, pas pour être
susurré. Alors, on remet le couvert. Et encore un million d'autres
fois si nécessaire.» (Steph Méliade)
Voici un bouquet choisi de commentaires égrenés pour chacun
des trois poèmes.
« Genèse » :
« Peut-on réécrire le monde ?
Et pourtant on ne fait que cela, à mots continus ! » (Philippe
Vallet)
« C'est simple, c'est beau, ça
parle, on sent un de soi, une absence d'affectation. Sur un sentier battu
et rebattu, l'auteur sait faire passer une sorte de vibration sincère,
qui ne lasse pas, grâce à la modestie élégante
de l'expression » (Steph Méliade)
« Nuée » :
« j’aime beaucoup le doux mélange salé
sucré, doux rêche, sombre et lumineux du laisser entendre sans
le dire » nuée (Philippe Vallet)
« le début commence par "ton "
narcissisme puis la suite va "les "petitesses....la peur
ce qui donne une ambiance meilleure, oui car le coeur en prend un coup...
dans ses dérives » (Gert Millaire)
« Le monde est bordélique
» :
« alors ici il est tout à fait
dans son élément ; cet auteur est un râleur, un révolté
il n'a pas peur de dire ce qu'il pense.
(…) il faut parler de tout tout dénoncer en poésie quand
on y arrive. » (Hélène Soris)
« il tient le rythme...et puis
prendre conscience et faire prendre conscience ça fait partie du
rôle du poète...
hélas! trop souvent oublié, centré sur lui-même.
» (Gert Millaire)
***
PASCALE A. CHEVREAU, nouvelle fleur de ce bouquet d’auteurs,
cueille pour nous deux poèmes, « aus der Froschperspektive
» et « légende d’arbres » dans un langage
qui sent bon la nature, en un tableau de vie où l’homme devient animal,
végétal, minéral. C’est le coeur des arbres, du cosmos
qui écrit. On pense à la poésie japonaise, mais également
à la culture aborigène. En même temps, un fin humour
coule dans les mots qui jouent, ricochent, rendant l’univers et le lecteur
légers, légers, si pleins de cette mémoire-légende
d’air, de terre, d’arbres.
Veuille lire, léger lecteur, la fin de ce poème
:
« La grenouille, myope, n’y voit goutte,
outre-vue ;
L’aigle, presbyte, ne perçoit ses proches.
Les lunettes chaussées éloignent ou rapprochent.
Retrouver l’oiseau-batracien, l’Unité de vue… »
« en tant que fourmi je comprends très
bien ce que ressent cette grenouille
et c'est tout à fait dans mes idées de penser à nos
différences et nos similitudes avec tout ce qui vit sur terre.
» (Hélène Soris l’amie « fourmi »)
« légende d'arbres »
partage une de ses pousses
«(…)
Ils ont racines en voûte
Et bras dans les parterres.
Et ils sont à l’écoute
De la planète et de ses poussières,
(…)»
« sommes nous arbres pour nos racines dans
le ciel sans étoiles de notre solitude ? » questionne
Philippe Vallet
Hélène Soris poursuit « belle
légende d'arbres qui il me semble se sont mis les racines à
l'air pour réfléchir à cet univers si compliqué.
"Et à l’humain qui ignore
Que, vivant ou mort,
Il fait partie d’eux."
j'aime cette conclusion nous faisons partie
des arbres mais aussi de tout ce qui vit nous sommes tous semblables tous
aussi semblables à l'univers. les mêmes cercles nous composent.
»
***
Nous retrouvons AGNÈS SCHNELL, habituée de ces lieux,
qui cette fois change de registre en nous proposant non plus des poèmes,
mais une prose « Invités ! ». Si elle réussit
sa publication ici, elle chute dans sa fin selon l’avis unanime de chacun
des membres qui pourtant ont été tenus en haleine dans ce
cauchemar vivant, qui pourtant ont souligné la tenue de l’écriture,
mais si l’auteur pouvait réécrire la fin, ça serait
grandiose !
« le style est bon. c'est clair. parfois
on voit des films qui nous renvoient dans un rêve. bien sur j'ai sursauté
un peu déçue puis j'ai ri » (Hélène
Soris)
« C’est bien décrit, cette atmosphère
de cauchemar. Mais il y un hic. La fin retombe dans le banal. Il aurait
peut-être été mieux inspiré de rester dans le
réel. Rafle ? Suicide ? » (Yves Heurté)
« Quel dommage ! C'était une bonne
nouvelle d'atmosphère, un mini-thriller qui tenait en haleine, et
paf, in cauda venenum, cette chute, d'une banalité affreuse, vient
tout gâcher. L'auteur a affaibli son texte. » (Stéphane
Méliade)
***
Accueillons AMEL BAKKAR et son premier écrit « La perte matérielle
enrichit l’esprit » issu de « Pertes et fracas
» pour une dernière halte.
Je voudrais dire quelques mots car sa nouvelle a presque frôlé
la moyenne et j’ai eu envie de lui donner sa chance, avec l’accord du comité
de francopolis parce que nous aimons donner un coup de pouce à nos
nouveaux auteurs, parce qu’elle est encore jeune et je trouve que son écriture
a quelque chose de prometteur, une fraîcheur, une légèreté
mais pourtant un univers déjà singulier, une imagination,
une originalité. Je sens une certaine poésie dans son style.
Et ce malgré les erreurs de syntaxe, orthographe qui peuvent se
lire dans le texte. Il y a pourtant selon moi quelque chose de très
visuel et sensible, sensitif. J’ai été touchée par
cet attachement au vase, à sa fêlure, sa perte, et la perte
de la mémoire, des cendres du proche puis sa rencontre à la
mémoire de l’arbre, sa manière de renouer avec la vie. Comme
si le vase se retrouvait dans l’arbre, les cendres dansant dans la vie, la
terre et ses récoltes. Tout se transforme semble-t-elle nous dire.
Cette prose est une initiation à la vie.
Gert Millaire elle aussi a été émue par ce récit
puisqu’elle nous dit
« ... une réflexion mais surtout
un style d'écriture au naturel... »
en soulignant ce passage
"le vase qui périt dans un lac de verre en
mille de morceaux"
***
« Novembre
se vit
en pleine nudité
de quoi
se terrer
dans
ces trous d'absence...
se rouler en boule
absente
et attendre
la lumière
des nuits
blanches »
Gert Millaire (Québec)
Après ce chemin parcouru, ces visages entrevus,
au Salon de lecture pose
tes oreilles, lecteur, et goûte "les encres" de Claire Cassagne
accompagnées d’un tableau de Laurence de Sainte-Maréville,
"Océan 2".
Belles veillées en cette terre de novembre.
soies et lumières novembre 2004
présentée par Juliette Schweisguth
pour le comité de Francopolis
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