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"Auschwitz : apprivoiser la mémoire"
pour commémorer le soixantième
anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz en cette fin
janvier 2005, quatre auteurs ont publié chacun un texte sur le site
d’Agonia, chacun d’un point du globe: France, Uruguay, Israël et Roumanie.
Ces quatre voix se sont élevées en un témoignage unique
sur un fait unique: la shoah, par-delà toute conviction politique
ou appartenance religieuse, avec leurs simples mots, et leur grand talent,
pour dénoncer la barbarie et l'indignité humaine, pour renouer
avec la fraternité dans la joie, dans l’amour universel retrouvé
et pour clamer cette force de vie dans l’expansion de la conscience de l’être
.
Quatre auteurs, quatre chemins de vies bien distincts, trois continents...
ils nous donnent en partage leurs mots ... pour apprivoiser cette mémoire
de l’indicible:
Des mots pour dire l’être humain.
Photo personnelle © Arhiva Angela Furtuna
Le premier auteur, Yves Heurté, est français .
"Quelle poésie après Auschwitz ?"
L’innommable
dépasse l’imaginable. L’innommable n’est pas poétique. J’ai
quand même tenté de me laisser guider dans le sillage d’un Primo Levi, qui osa entrouvrir cette "Gueule d’ombres”
pour témoigner de ce qu’il avait vu et vécu et nous alerter
sans trop d’illusions. Un regard lucide sur notre monde nous montre que la
Bête est toujours proche, qu’elle remue déjà ici et là,
si elle ne nous mord pas encore. Si le retour de l’inhumain absolu, invention
de l’homme, reste possible, il est peut-être temps encore de le combattre
avec ces pauvres armes du poète que sont les mots.”
MP3
voix Nicole Pottier, d'AgoniaFrance.
L’enfant, l’oiseau
Un enfant assis sur les ruines
ne pleure plus.
Il tient l'oiseau tué par balle
Perdue.
Au ciel, il y avait bien plus de balles
Que d'oiseaux.
© Yves Heurté
tirés de " "Dans la gueule d’ombres", Editinter
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MP3
voix Nicole Pottier, d'AgoniaFrance.
Nuit noire
Elle a donné aux enfants des autres
son cyanure.
Ils n'auraient pas l'étonnement
d'être jetés dans les fourgons
d'un abattoir lointain.
D'avoir donné la mort
par amour
jamais elle ne guérira.
© Yves Heurté
tirés de " "Dans la gueule d’ombres", Editinter
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"Dans la gueule d’ombres", Editinter.
"Il nous est demandé
de sensibiliser la jeune génération à ce que furent
les grandes déportations et le génocide qui les suivit. Souvent
manque l'écrit, et en particulier les témoignages et souvenirs
d'écrivains qui furent des enfants ou adolescents engagés très
jeunes à cette époque dans l'action.
Nous avons publié
récemment trois livres sur ce sujet : un roman à partir de
notre journal d'adolescent écrit entre 1940 et 1944, publié dans notre langue par la branche française d'un éditeur anglais et deux livres de
poèmes, l'un publié en Allemagne (bilingue) et l'autre en France.
Alors qu'ils ont trouvé une écoute à l'étranger,
leur diffusion reste ponctuelle en France.
Mes références littéraires:
- Le prix 13/18 de la francophonie au salon du livre de Montréal.
- Une thèse universitaire sur mes romans en direction de l'adolescence à Lille 3.
- Des publications d'extraits de ces trois livres sur des revues françaises et internationales et sur Internet.
*
Un roman, Journal de Nuit,
qui est l'histoire mouvementée de mon adolescence à Bordeaux où le hasard et une certaine inconscience
m'avaient poussé à des actes de résistance qui consistaient
à aller avertir la nuit les familles
juives de leur arrestation imminente et divers autres faits. Publié
sur le site de Isabelle Nouvel ( le Carnet interdit) avec autorisation de
copie et de citation il a beaucoup servi aux lycéens (une centaine)
qui participaient au concours national
sur les jeunes et la résistance, ainsi qu'aux historiens, le témoignage
avec un regard d'enfant étant assez rare.
Un recueil de poèmes, Mémoire du mal :
poèmes brefs sur l'univers totalitaire et la déportation . Publié enAllemagne par les éditions bilingues Editions en Forêt / Verlag im Wald. Adresse : Doenning 6 D 93485 Rimbach ISBN 3-929208-40-7
Un dernier recueil de poèmes, Dans la gueule d'ombres :
prix de l'Edition du Val de Seine. Poèmes autour de l'oeuvre de PrimoLevi.
Yves Heurté,
membre de Francopolis et d’Agonia France, est né en 1926, résistant
"par hasard”, il a exercé comme médecin en montagne de 1953
à 1988, dans les Pyrénées. Il " a
passé une bonne partie de sa vie à rattraper ses pieds dans
les montagnes et les déserts d'Asie, et à poursuivre des mots
dans sa tête” (dixit Yves).
Voir sa biographie et visiter son site
Photo personnelle © Arhiva Angela Furtuna
Le second auteur, Radamés Buffa Ferrari, est urugayen :
"La barbarie sea del signo que sea, sea
quién sea que la realice siempre me ha rebelado y me seguirá
rebelando, ¡por suerte!. Creo que los creadores, tenemos un compromiso
con la humanidad antes que nada, siempre que lo expresemos en un lenguaje
poético, en este caso, u otro de los lenguajes del arte. Claro, que
también cada uno podrá hacer su opción que no sea artística
para manifestarse en contra de cualquiera de la atrocidades que se han cometido
y cometen. Pero los artísticas, deberíamos y debemos hacerlo,
según creo, en forma poética, en mi caso, o en la forma que
se elija en otro caso.
Siento y pienso que aquellos
que podemos aportar algo artístico, y los otros desde la crítica,
o desde la denuncia, desde la "dignidad", pues hagámoslo, para reir,
para amar, para recordar, para llorar, en definitiva para seguir vivos y
más humanos.”
(La barbarie, quel qu’en soit le signe, quel qu’en soit l’auteur qui la réalise,
m’a toujours révolté et me révoltera toujours, bien-sûr
! Je crois que nous autres, créateurs, nous avons un compromis avec
l’humanité avant toutes choses, chaque fois que nous l’exprimons dans
un langage poétique dans ce cas, ou dans un autre des langages de
l’art. Il est certain que chacun peut faire son choix qui ne serait pas du
domaine artistique pour manifester contre n’importe laquelle de ces atrocités
qui furent commises et que l’on commet. Mais dans les domaines artistiques,
nous devrions et nous devons le faire, à mon avis, sous la forme poétique
dans mon cas, ou sous la forme que l’on choisit dans d’autres cas.
Je sens et je pense que nous pouvons apporter quelque chose d’artistique,
et les autres le peuvent, du point de vue de la critique, de la dénonciation,
de la "dignité", alors, faisons-le, pour rire, pour aimer, pour nous
souvenir, pour pleurer, en fin de compte pour continuer à être
vivants et plus humains.” )
en espagnol MP3 / Aquí no hay ningún por qué
Voix : Marta A. Covas, d’Agonia Espagne et Radio Agonia
Hier ist kein warum
* (Aquí no hay ningún por qué)
tengo una estrella
una estrella amarilla cosida
en la memoria
una estrella que es un número
de fuego en mi brazo
como la ceniza de mis huesos
abandonados en la nada
abandonados en la niebla oscura
en la oscura niebla del humo de la noche
en la noche negra de la chimenea del humo
en el humo más espeso del techo de la noche
tengo la piel cosida a pedazos
a pedazos grises por los tarascones
de los perros en el campo
sin un solo hilo que selle
el grito apagado en mi boca
sin una sola flor sobre la tierra
de la muerte
sigo perdido en la negrura de la noche
escarbando entre las montañas de polvo blanco
y nunca sabré cuales fueron mi huesos
en el campo de Auschwitz
© Rada, Montevideo, 30/1/05, Uruguay.
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Hier ist kein warum
* (Ici il n'y a pas de pourquoi)
J'ai une étoile
une étoile jaune cousue
sur la mémoire
une étoile qui est un numéro
de feu sur mon bras
comme la cendre de mes os
abandonnés dans le néant
abandonnés dans la neige obscure
dans l'obscure neige de la fumée de la nuit
dans la noire nuit de la cheminée de la fumée
dans la plus épaisse fumée du toit de la nuit
j'ai la peau cousue en morceaux
en morceaux gris par les morsures
des chiens dans le camp
sans même un fil pour sceller
le cri étouffé de ma bouche
sans même une fleur sur la terre
de la mort
je suis toujours perdu dans la noirceur de la nuit
fouillant parmi les montagnes de poussière blanche
et je ne saurai jamais lesquels furent mes os
dans le camp d'Auschwitz
(traduction : Nicole Pottier)
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Radamés Buffa Ferrari,
membre d’Agonia Espagne, est né en 1952 à Montevideo en Uruguay.
Il est professeur d’histoire. Il a publié des poèmes et des
contes: Revista de Cultura Trova de Montevideo en 1980, "La Semana", suplément de l’ex-journal "El Día" d’ Uruguay, et participe à des sites internet : Letralia, Tierra de Letras, du Vénézuela, Gente con Talento, de Colombie, Mind Fire Renewed, des USA, Archivos del Sur, d’Argentine, Kordon, d’Argentine, Almiar, d’ Espagne.
Il vient de publier un recueil de poésie: Temblor de tierra, editorial Banda Oriental, Montevideo, Uruguay, décembre 2004.
Photo personnelle © Arhiva Angela Furtuna
Le troisième auteur, Bianca Marcovici, d’origine roumaine, vit en Israël.
"În lectura empatică din Cuvântul
înainte, Al.Mirodan crede că Bianca Marcovici e cuprinsă în cei
1% dintre poeţi, care năzuiesc cu temei în "destinul creaţiei lor",înălţând
,după cum spune un vers al poetei,"castele de nisip" care ţin". Acest amplu
castel de nisip începe cu un motto,o epitomă,în fapt,în
care e contrasă atît credinţa în puterea salvatoare a poeziei,oricît
de fragilă ar fi ea printre lucrurile lumii,cât şi condiţia dramatică
a vieţii în mijlocul atentatelor.Poezia e ea însăşi un stigmat
unind condiţia poetului cu acea a evreului ca eternă victimă. Dar din acest
fond dramatic, in care moartea e iminentă iar suferinţa prescrisă, se ridică
şi credinţa în poezie,ca replică la traumă. Enunţul abrupt al condiţiei
e suficient pentru a induce viziunii un pathos aparte,auster şi direct:
"Aici liniştea anunţă explozia
următoare
iar repetiţiile cu masca de gaze
pusă de Purim
nu se recomandă
nou-născuţilor!
Dar să mă întorc la poezie...
E ca o stea galbenă pretutindeni
Produce alergie
Dar eu o port ca scut."
Al.Cistelecan, Red.sef.adj . Revista "Vatra" Târgu Mureş
Egalement paru dans "Viaţa Noastră",Tel Aviv, 9 .09.02
("Dans la lecture empathique du Mot avant tout, Al.
Mirodan pense que Bianca Marcovici s’inclut dans ce 1 % de poètes
qui aspirent à ce thème dans "le destin de leur création"
soulignant comme le dit un vers de la poétesse "les châteaux
de sable qui tiennent". Ce vaste château de sable commence par un motto,
ou épitome, où se trouve en fait la contre réaction
autant que la foi dans la force salvatrice de la poésie aussi fragiles
puisse-t-elle être dans les choses du monde, tout comme l’est également
la dramatique condition de vivre au milieu des attentats.
Pourtant la poésie est elle-même un stigmate unissant la condition
du poète à celle du juif en tant qu’éternelle victime.
Mais sur ce fond dramatique, où la mort est imminence et la douleur
à nouveau prescrite, se dresse également la foi en la poésie,
comme réplique au traumatisme. Cet énoncé abrupt de
la condition est suffisant pour qu’un pathos à part, austère
et direct introduise ses vues:
"Ici le silence annonce l’explosion
Suivante
Pourtant les répétitions avec les masques à gaz
Lors de Purim
Ne sont pas recommandées
Aux nouveaux-nés !
Mais la poésie revient en moi
Elle est comme une étoile jaune partout
Elle produit des allergies
Mais je la porte comme un bouclier” )
Sântem vii
Sântem martorii
sântem supravieţuitorii
Unui popor neiubit-
Nici un avion din lume
Nu a distrus drumul
Spre Auschwitz-
Nici un tren al morţii
n-a fost impiedicat
să ajungă la destinaţie.
Cuptoarele i-au primit
cu braţele deschise
pe cei ce nu aveau decit o vină:
erau evrei…
Sântem vii
Sântem copiii lor
Cei care mai cântă Şalom
Sântem unicul popor din lume
care nu avem o bucurie întreagă,
pentru ca fiecare sărbătoare
ne aduce aminte de cei ucişi
fără a lăsa urme de sînge-
arzând ca nişte torţe
…şi n-a fost pe timpul Inchiziţiei
ci,în secolul vitezei, al calculatoarelor,
al Echilibrului Uman,
atunci cînd le-au ars sufletele
care se aud mereu, ca un murmur
de glasuri chinuite-
din ce în ce mai tare,
din ce în ce mai tare!
© Bianca Marcovici
In "Revolta sângelui", pag 37,1992 ed.Minimum si ed.Cronica,Iaşi-"Diploma Arcadia"-Tel Aviv
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Nous sommes vivants
Nous sommes les témoins
Nous sommes les rescapés
D’un peuple mal aimé
Aucun avion au monde
N’a détruit la route
Vers Auschwitz
Aucun train de la mort
N’a été empêché
D’arriver à destination
Les fours ont accueilli
À bras ouverts
Ceux dont le seul tort était d’avoir dit :
Nous sommes juifs
Nous sommes vivants
Nous sommes les enfants
De ceux qui chantaient encore "Shalom"* (*Paix)
Nous sommes le seul peuple au monde
Qui ne peut se réjouir complètement
Car à chaque fête revient
Le souvenir de ceux qui ont été fauchés
Sans laisser aucune trace de leur sang-
Car ils brûlaient comme des torches.
... Et ce n’était pas au temps de l’Inquisition
car c'était au siècle de la vitesse, des ordinateurs
de l’Equilibre Humain
alors même qu’on brûlait leur esprit
l’on entend toujours, tel un murmure
leurs voix tourmentées –
de plus en plus fort,
de plus en plus fort !
Bianca Marcovici
(traduction : Nicole Pottier)
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Bianca Marcovici : Une femme de courage, une femme de cœur, et une femme de caractère.
Membre d’Agonia Roumanie, elle est née elle aussi en 1952, à
Iasi, grande ville juive de Roumanie, capitale régionale de la Moldavie
au rayonnement intellectuel indiscutable. Elle a émigré en
Israël en 1991.
Auteur reconnu, couverte de
prix et de récompenses littéraires dans les deux pays, elle
est membre USR (Union des écrivains roumains), membre de l’Association
des Ecrivains Israéliens de Langue Roumaine (qu’elle a présidée)
et membre de l’association « Junimea » de Iasi. Elle est traduite
en plusieurs langues : hébreu, anglais, allemand et français.
Elle a publié de nombreux ouvrages, participe à de nombreuses
revues et paraît dans de nombreuses anthologies. A signaler ses deux
derniers ouvrages qui sont disponibles librement en téléchargement
sur Agonia Roumanie :
« Aburi de femeie» Ed.Haifa, 2004:
« Putin blond cu mult farmec » Editura Hasefer, 2004 :
Biographie de Bianca Marcovici :
Photo personnelle © Arhiva Angela Furtuna
Le quatrième auteur, Angela Furtuna, est roumaine.
Voici un extrait de ce que m’a écrit Angela au sujet de son texte qui suit ci-dessous:
"as adauga faptul ca eu vin pe o zona border,
de metisare a unor simboluri culturale iudaice cu simboluri crestine, si
asta ma include intr-un idiom foarte puternic. Fii martora la ceea ce literatura
poate sa inaugureze in discursul cultural, social, istoric si chiar religios
sau politic. Literatura este fenomenul cel mai grav care mi s-a intimplat
pe viata.
Sint indragostita de cultura iudaica. Fara leac.”
("tu as ajouté le fait que je viens sur une zone frontalière,
mêlant des symboles culturels juifs à des symboles chrétiens
et ceci m’inclut dans un langage très puissant. Sois témoin
de ce que cette littérature peut inaugurer dans le discours culturel,
social , historique et même religieux et politique. La littérature
est le phénomène le plus important qui me soit arrivé
dans la vie.
Je suis amoureuse de la culture juive. Sans remède.”)
Scrisoare catre Sabina si Prietenii evrei,
Draga Sabina,
Ma gindesc adesea la tine si la voi, Prietenii, mai
ales la evreii din comunitatea internetica. Astazi,
insa, m-am gindit cu si mai multa intensitate la tine,
la toti evreii pe care ii cunosc sau i-am intilnit
recent: astazi sint comemorati in toata lumea cei 60
de ani care au trecut de la eliberarea lagarelor.
Evreii pling. Si pling si eu alaturi de ei,
ingenuncheata si cerind iertare pentru ca sint numai
un simplu om si nu pot sa fac nimic pentru a schimba istoria.
Pot, insa, sa intemeiez prin Arta mea, prin Poesia
mea, prin Cuvint, un teritoriu mental in care oroarea
si abolirea de la umanitate sa nu-si afle cuib
niciodata.
Oare citi dintre voi aveti parintii ramasi acolo, in
lagarele mortii, in necunoscute gropi sau urne?
Oare citi dintre voi aveti sufletul plin de cicatrici
ce nu vor sa se inchida si nici macar nu pot sa se
inchida din cauza absurdelor rani ?
Oare citi dintre voi nu v-ati pierdut somnul pentru
totdeauna?
Oare citi dintre voi nu plingeti in fiecare zi de
dorul unui frate sau sot, bunic sau tata inghititi de
gurile lacome ale cuptoarelor?
Cine va va purta in brate si in inima ca sa va aline
durerea?
Cine va va purta in minte ca pe un stigmat ce pune sub
semnul intrebarii conditia umana pentru totdeauna, in
absenta etalonului demnitatii?
Cine va poate reda fericirea si sansa de a trai cu
adevarat demn, fara amintirile traumatizante ale
lanturilor legate de git si ale numerelor tatuate pe
brat?
Cine va va lua in sufletul sau ca intr-o tara curata
si proaspata, unde nimeni nu va mai persecuta fara
rost?
Citi dintre voi nu v-ati pierdut radacina si seva prin
pierderea stramosilor gazati in lagar?
Citi dintre voi mai pot uita tragedia si mai pot iubi
din nou o omenire care a stat deoparte, pasiva, in
timp ce ideologii perverse isi cautau justificari
nobile pentru crima in teorii filosofice rafinate?
Oare de cit timp va fi nevoie pentru a readuce mintea
omeneasca la normalitatea care pretinde in mod
obligatoriu abolirea pericolului antisemit?
Oare unde este astazi linistea voastra?
Oare unde sint astazi inimile voastre, vesnic
incercate de pericole si amenintari?
Oare unde este astazi pacea voastra?
Oare unde este mama?
Oare unde este tata?
Oare unde este bunica?
Oare unde este bunicul?
Oare unde este strabunica?
Oare unde este strabunicul?
Oare unde este matusa Athinei?
Oare unde este bunicul lui Vlad?
Oare unde este familia lui Ruth?
Oare unde sint bunicii lui Gaby?
Oare unde este mama lui Igor?
Oare unde este familia lui Daniel?
Oare unde este familia lui Lou?
Oare unde este familia lui Rafael?
Oare unde este mama lui Lya?
Oare unde este strabunica lui Glenn?
Oare unde este matusa lui Bette, cea cu dintii
nefiresc de albi si stralucitori?
Oare unde sint matusile Sabinei?
Oare unde sint prietenii si rudele lui Shlomo?
Oare unde sint rudele lui Vladimir?
Oare unde sint prietenii lui Viorel?
Oare cine isi mai aminteste de mirosul trupurilor lor
nemingiiate de nimeni?
Oare cine isi mai aminteste nelinistea sufletului lor
nemingiiat de nimeni?
Oare cine isi mai aminteste ecranul privirii lor
nemingiiate de nimeni?
Oare cine poate uita ochii copiilor care priveau
curtea lagarului cu pofta de joaca, insa erau repede
urcati in vagoane sau introdusi in camere pentru tortura
si muzica a gemetelor?
Oare cine poate uita ochii mamelor care erau
despartite brutal de copiii minatzi in cete
nelinistite catre colturi ingrozitoare ale mintilor
bolnave ce au transfigurat in mod criminal fata lumii?
Oare cine poate uita ochii barbatilor si femeilor care
erau insemnati precum vitele de sacrificiu si apoi
numarati in batjocura, biciuiti si abandonati in
buncare care umpleau apoi vaile Germaniei cu un fum
greu si gretos?
Oare unde este pacea sufletelor obosite si incercate
de cumpana unei istorii neverosimile?
Oare cind se va termina genocidul acesta fizic, ce se
continua pina dincolo de noi cu unul mai ingrozitor,
mental?
Oare cind vor incepe sa dea roade o pace si o liniste
din care omenirea sa poata ciuguli seminte de adevar
si de cumpatare?
La mine acasa a cazut zapada, care a cladit troiene
uriase. Intr-o singura noapte, relieful a disparut.
Oamenii nu se mai vad. Sint mici acum si redusi la
adevarata lor conditie de entitati nesemnificative in
fata fortelor naturii. Insa, in fata lui Dumnezeu, cit
de importanta este fiecare viata omeneasca ...
Vintul vine si spulbera troienele laolalta cu aripi de
zapada si de ginduri neclare, si imi spulbera si lacrimile si durerea si
forta morala. Ramine din mine doar axa sinelui, ce
contracta in jurul ei o fiinta intreaga, a carei
constiinta ii structureaza intregul, mereu incercat. In
fiecare seara, ca pe un remember, eu continuu sa vad
un alt chip chinuit care imi relateaza despre zbuciumul lui,
despre mirosul sau de carne arsa, despre lacrimile lui
de fildes, despre numarul pe care il poarta tatuat pe brat, despre
pofta de viata care i-a fost in mod abuziv interzisa
si suprimata fara drept de apel. Acest chip, mereu altul, cu timpul-
multiplicind-se intr-o evolutiva poveste despre crima
si supravietuirea colectiva - , a devenit istoria
poporului evreu condamnat la moarte in lagarele de
exterminare vazuta prin constiinta si sufletul unui
poet. Din intimplare, acest poet se numeste Angela
Furtuna, dar eu cred ca de fapt sint o fiinta care
poarta milioane de nume si milioane de numere, adica
tot atitea cit cele care au disparut in lagare sau in
cursul exercitiilor de exterminare ce au precedat
lagarele secolului 20 sau le-au succedat.
Daca astazi sint vie si pot sa pling, este pentru ca
cineva mai putin norocos decit mine, acum citeva
decenii, a fost desemnat sa moara in locul meu, fiind
evreu.
Daca astazi pling si sint din ce in ce mai vie, este
pentru ca am invatat sa iubesc tot ce ma ridica prin
conditia umana a excelentei deasupra statusului
maladiv al mintilor contaminate de ideologii asasine.
Daca astazi sint vie si pot sa pling, este pentru ca
dincolo de fiinta mea se intinde ca un teritoriu
mental angelic o constiinta care ii imbratiseaza pe
toti evreii si le cere iertare, si le mingiie fetzele
obosite, si ingenuncheaza la marginea suferintei lor,
ca la o piatra tombala uriasa pe care se sprijina
lumea mea si a civilizatiei iudeo-crestine
resuscitate.
Daca astazi sint vie si nu voi mai plinge, este pentru
ca am construit in mine un contrafort prin care
cultura si arta dau semnele cele mai clare ca reprezinta
temeiurile solide cu care lumile noi, moderne si pline
de speranta, pot invinge antisemitismul, inteloranta,
discriminarea, potentialul politicilor criminogene.
In site-ul unde public de la o vreme, zilnic, cite una
din piesele operei mele literare, am publicat astazi
trei kaddishuri, si m-am gindit sa reamintesc
cititorilor mei sa se gindeasca, daca vor fi uitat, ca
astazi este o zi importanta, prin care omenirea
trebuie sa-si recupereze negresit si imediat toate
amneziile si lasitatile. Omenirea trebuie sa vada iar
si iar ca evreii sint lectia de civilizatie a fiecarui
popor, deci si a lumii noastre conceputa si
structurata globalizator.
Angela Furtuna pe Agonia
Ma gindesc cu drag la voi, Sabina si Prieteni evrei,
si va daruiesc tot binele meu si toata speranta mea,
cu nadejdea ca pot fi atit de aproape de voi, incit sa
va simtiti iubiti, pretuiti si doriti oriunde v-ar
calauzi pasii istoriei. Pina la urma, casa voastra
este o patrie mentala atit de vasta incit lui Dumnezeu
i-a trebuit toata viata Lui ca sa o tina in curatenie
si adevar.
Plecaciune, cu gind de buna amintire,
© Angela Furtuna
en roumain :
Scrisoare catre Sabina si Prietenii evrei
Angela Furtuna pe Agonia
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Lettre à Sabine et aux Amis juifs,
Chère Sabine,
Je pense fréquemment à toi et à vous, mes Amis, plus
particulièrement, juifs de la communauté d’Internet. Néanmoins,
aujourd’hui, j’ai pensé à toi avec encore plus d’intensité,
ainsi qu’à tous les juifs que je connais ou que j’ai récemment
rencontrés. En ce jour, le monde entier commémore le soixantième
anniversaire de la libération des camps. Les juifs pleurent. Je pleure
également à leurs côtés, à genoux et demandant
pardon, car je ne suis qu’une simple créature et je ne peux rien faire
pour changer l’histoire. Cependant, je peux créer à travers
mon Art, dans ma Poésie, dans le Mot, un territoire mental où
ne feront plus leur nid nulle part ni l’horreur ni l’abolition de l’humanité.
Combien parmi vous ont laissé des membres de leur famille là-bas,
dans les camps de la mort, dans des fosses ou des urnes inconnues ?
Combien parmi vous ont l’âme emplie de cicatrices qui ne se ferment
pas et qui ne peuvent non plus se fermer pour cause d’absurdes blessures
?
Combien parmi vous ont perdu le sommeil pour toujours ?
Combien parmi vous pleurent de douleur chaque jour un frère, un mari,
un grand-père ou un père, engloutis dans les gueules voraces
des fours ?
Qui vous portera dans ses bras et dans son cœur pour adoucir votre souffrance ?
Qui vous portera dans son esprit tel un stigmate, témoin des éternelles
interrogations sur la condition humaine en l’absence d’une mesure étalon
des dignités humaines ?
Qui vous rendra le bonheur et la joie de vivre, véritablement et dignement,
sans souvenirs traumatisants de chaînes attachées au cou ou
de numéros tatoués sur le bras ?
Qui s’occupera de votre âme comme d’une terre saine et prospère,
où personne ne sera plus persécuté sans raison ?
Combien parmi vous ont perdu racines et sève en perdant des ancêtres gazés dans les camps ?
Combien parmi vous ne peuvent encore oublier la tragédie et ne peuvent
encore aimer à nouveau l’humanité qui s’est tenue à
l’écart, passive, en un temps où les idéologies perverses
se cherchaient de nobles justificatifs pour un crime aux théories
philosophiques raffinées ?
Combien de temps sera nécessaire pour ramener l’esprit humain à
un mode normal qui prétend abolir de manière obligatoire le
danger antisémite ?
Où se trouve aujourd’hui votre sérénité ?
Où se trouvent aujourd’hui vos cœurs, sans cesse éprouvés par les dangers et les menaces ?
Où se trouve aujourd’hui votre paix ?
Où est maman ?
Où est papa ?
Où est grand-mère ?
Où est grand-père ?
Où est l’arrière grand-mère ?
Où est l’arrière grand-père ?
Où est tante Athena ?
Où est la famille de Ruth ?
Où sont les grands-parents de Gaby ?
Où est la maman d’Igor ?
Où est le grand-père de Vlad ?
Où est la famille de Daniel ?
Où est la famille de Lou ?
Où est la famille de Rafaël ?
Où est la maman de Lya ?
Où est l’arrière grand-mère de Glenn ?
Où est la tante de Bette, celle aux dents blanches et brillantes artificiellement ?
Où sont les oncle et tante de Sabine ?
Où sont les proches parents et les amis de Schlomo ?
Où sont les proches parents de Vladimir ?
Où sont les amis de Viorel ?
Qui se souvient encore de l’odeur de leurs corps, que personne ne consola ?
Qui se souvient encore de leur âme tourmentée, que personne ne consola ?
Qui se souvient encore de l’écran de leurs pensées, que personne ne consola ?
Qui peut oublier les yeux des enfants qui regardaient la cour avec envie
de jouer, ils montèrent cependant rapidement dans les wagons ou furent
emmenés dans les chambres pour être torturés avec leurs
gémissements comme musique ?
Qui peut oublier les yeux des mères qu’on séparait brutalement
de leurs enfants qu’on envoyait en troupes inquiètes dans d’affreux
recoins d’esprits malades qui transfiguraient criminellement la face du monde
?
Qui peut oublier les yeux des hommes et des femmes qui étaient marqués
tel du bétail pour le sacrifice et ensuite dénombrés
dans la moquerie, battus et abandonnés dans des casemates qui remplissaient
ensuite les vallées allemandes d’une fumée lourde et nauséabonde
?
Où est la paix des âmes fatiguées et éprouvées par ce malheur d’histoires invraisemblables ?
Quand se terminera le génocide de cette physionomie qui se prolonge
jusqu’au-delà de nous dans un autre, plus horrible et plus calculé
?
Quand commenceront à donner des fruits la paix et la tranquillité,
où l’humanité pourra picorer des graines de vérité
et de sobriété ?
Ici, chez moi, la neige est tombée, qui a construit des géants
enneigés. En une seule nuit, le relief a disparu. On ne voit plus
les gens. Ils sont maintenant petits, réduits à leur véritable
condition d’êtres insignifiants face aux forces de la nature. Or, en
face de Dieu, quelle importance revêt chaque vie humaine… Survient
le vent qui balaie ensemble les enneigés et les pensées confuses,
il balaie également mes larmes et ma douleur, et ma force morale.
De moi, il ne reste que l’axe de soi, qu’un être complet contracte
à ce contact et dont la conscience structure l’intégralité,
essayant indéfiniment. Chaque soir, comme un « souviens-toi
», je continue de voir un autre visage tourmenté qui me raconte
sa peine, son odeur de chair brûlée, ses larmes d’ivoire, le
numéro qu’il portait tatoué sur le bras, son envie de vivre
qui lui fut interdite de manière abusive, et confisquée sans
droit d’appel. Ce visage, toujours autre, - qui se démultiplie avec
le temps en une réflexion évolutive sur le crime et la survie
collective – ce visage s’est métamorphosé en l’histoire du
peuple juif condamné à mort dans les camps d’extermination,
vue depuis la conscience et l’âme d’un poète. Il se trouve que
ce poète se nomme Angela Furtuna, et je crois que je suis effectivement
un être qui porte en soi des millions de noms et des millions de numéros,
à savoir autant que ceux qui ont disparu dans des camps ou au cours
des tentatives d’exterminations qui précédèrent les
camps du 20ème siècle, ou qui leur succédèrent.
Si aujourd’hui, je suis en vie et peux pleurer, c’est parce qu’une personne
moins chanceuse que moi il y a de cela quelques décennies, a été
désignée pour mourir à ma place, étant juive.
Si aujourd’hui, je suis en vie et peux pleurer, c’est parce que j’ai appris
à aimer tout ce qui m’élève à travers la conscience
humaine vers l’excellence, au-delà de l’état maladif des esprits
contaminés par des idéologies assassines.
Si aujourd’hui, je suis en vie et peux pleurer, c’est parce qu’au-delà
de mon être, s’étend une conscience telle un territoire mental
angélique, qui embrasse tous les juifs et leur demande pardon et caresse
leurs visages fatigués, également à genoux au bord de
leur souffrance comme au bord d’une pierre tombale géante où
mon univers s’adosse ainsi que sur la civilisation judéo-chrétienne
ressuscitée.
Si aujourd’hui, je suis en vie et ne pleurerai plus, c’est parce que j’ai
bâti en moi un contrefort à travers lequel la culture et l’art
donnent les signes les plus clairs représentant de solides fondements
à partir desquels nos mondes modernes et pleins d’espérances
peuvent vaincre l’antisémitisme, l’intolérance, la discrimination,
le potentiel des politiques criminogènes.
Dans le site où je publie quotidiennement depuis un certain temps
quelques unes des pièces de mon œuvre littéraire, j’ai publié
aujourd’hui trois « kaddish », je pense aussi à rappeler
à mes lecteurs qu’ils pensent, s’ils l’avaient oublié, qu’aujourd’hui
est un jour important, où l’humanité se doit de racheter sans
faute ni délai toutes les amnésies et les lâchetés.
L’humanité doit voir encore et toujours que les juifs sont une leçon
de civilisation pour chaque peuple, et donc pour notre monde également
conçu et structuré dans la globalisation.
Page auteur : Angela Furtuna
Je pense à vous, Sabina et amis juifs, avec amour, et je vous souhaite
le meilleur de ma part, ainsi que toute mon espérance, dans l’espoir
de pouvoir être proche de vous autant que possible, de sorte que vous
vous sentiez aimés, appréciés, désirés
partout où vous guideront les pas de l’histoire. En somme, votre foyer
est une patrie spirituelle aussi vaste que celle de Dieu et il lui a fallu
toute Sa vie pour la garder pure et intègre.
Je m’incline devant vous et vous adresse en pensée mon meilleur souvenir .
© Angela Furtuna
(Traduction : Nicole Pottier)
en français :
Lettre à Sabine et aux Amis juifs
Page auteur Angela Furtuna
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Angela Furtuna est écrivain, membre USR (Union des écrivains roumains), elle a publié :"Prizonier in Ego" (1997)-prix spécial du jury au Festival National "George Cosbuc"1997
"Metonimii de word - trotter"- 1999- Editura Fundatiei "Constantin Brancusi"- Grand Prix au Festival National de Literatura "Tudor Arghezi"
"Primul Kaddish"-2002-Editura Dacia- Cluj
"Poemian Rhapsody"-2004- Editura Axa-Botosani.
Elle détient vingt trois
prix nationaux de festivals de prose et poésie, elle est présente
dans de nombreuses anthologies de poésie et de prose, elle est traduite.
Elle publie dans de nombreuses
revues : Vatra, Convorbiri literare, Romania literara, Steaua, Poesis, Ateneu,
Hyperion , etc... , où elle est d’ailleurs rédactrice et publie
des interviews.
Photo personnelle © Arhiva Angela Furtuna
En conclusion :
Ce commentaire de Marlena Braester au texte d’Angela :
"Tu ne peux pas changer l'histoire, mais, c'est vrai, tu as la force de ton
texte, où tu te bats avec le Mal, avec la pensée diabolique,
avec la Pensée au présent et au futur. La puissance de l'art
et de toute création nous fait revivre et rattraper les valeurs piétinées.
Et pourtant, c'est si simple d'être humain.”
Merci, Marlena, de nous le rappeler...
Nicole Pottier, pour Agonia France, en partenariat avec Francopolis, mars 2005.
Remerciements :
Je remercie chaleureusement chaque auteur pour avoir autorisé
la reproduction de leurs textes.
Je remercie Marlena Braester pour son commentaire
qu’elle m’a autorisé à publier ici.
Je remercie Angela Furtuna
pour sa très grande gentillesse et pour avoir mis à ma disposition
ses photos personnelles pour illustrer cet article.
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