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POÉSIE QUÉBÉCOISE
Trois poètes ont marqué
la poésie québécoise et tous les trois ont connu un
destin assez tragique, en rencontrant la mort en pleine jeunesse ou
encore pire, l’emprisonnement en asile.
Émile Nelligan - Marie Uguay –
Hector de Saint-Denys Garneau
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EMILE NELLIGAN
poète qui a marqué ma jeunesse.
l’un des plus connus,
je crois des québécois… bien sûr, tous ne connaissent
pas ses œuvres… mais rares sont les québécois qui ne mâchonnent
pas ces mots à la première neige…
« Ah! Comme la neige a neigé
Ma vitre est un jardin de givre »
Né
à Montréal le 24 décembre 1879, Émile Nelligan
s'adonne à la poésie alors qu'il est encore écolier.
Atteint de maladie mentale, il est interné à Saint-Jean-de-Dieu
où il meurt le 18 novembre 1941. Il reste l’enfantchéri
des québécois. Il est une sorte de légende, faut
dire que comme peuple de langue française noyé dans l’Amérique
aux forts accents anglais, nous tirons notre survie dans notre pouvoir
incommensurable du rêve.
Nelligan
ne rêve que de poésie, au grand désespoir de son père.
Il quitte définitivement l'école en 1897, au grand mécontentement
de ses parents. Très tôt, il découvre Verlaine, Baudelaire,
Rodenbach, Heredia, Leconte de Lisle. Le printemps et l'été
1899 voient naître Je veux m'éluder dans les rires, Déraison,
Le Tombeau de Charles Baudelaire, Le Vaisseau d'Or. Le signe avant-coureur
du naufrage est là. À la demande de son père, le 9 août
1899, Nelligan est conduit à Longue-Pointe et interné à
l'asile Saint-Benoît-Joseph-Labre.
Ce fut un grand Vaisseau taillé dans l'or massif
Ses mâts touchaient l'azur, sur des mers inconnues ;
La Cyprine d'amour, cheveux épars, chairs nues.
S'étalait à sa proue, au soleil excessif.
Je suis gai ! je suis gai ! Dans le cristal qui chante,
Verse, verse le vin ! verse encore et toujours,
…..
Les cloches ont chanté; le vent du soir odore...
Et pendant que le vin ruisselle à joyeux flots,
J e suis si gai, si gai, dans mon rire sonore,
Oh ! si gai, que j'ai peur d'éclater en sanglots !
Ah ! comme la neige a neigé !
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah ! comme la neige a neigé !
Qu'est-ce que le spasme de vivre
À la douleur que j'ai, que j'ai !
(comme des fragments de vie qui éclatent)
JE PLAQUE
Je plaque lentement les doigts de mes névroses,
Chargés des anneaux noirs de mes dégoûts mondains
Sur le sombre clavier de la vie et des choses.
JE SENS VOLER
Je sens voler en moi les oiseaux du génie
Mais j'ai tendu si mal mon piège qu'ils ont pris
Dans l'azur cérébral leurs vols blancs, bruns et gris,
Et que mon coeur brisé râle son agonie"
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Ces
mots, ces échanges, ces sentiments sont nôtres et sûrement
que le fait que ses poèmes aient été mis en musique,
joue un grand rôle dans notre attachement à ce poète.
D’abord nous avons eu Monique Lyrac chante Nelligan, en 1991, puis
pour marquer le 50e anniversaire de la mort d'Émile Nelligan, le pianiste
André Gagnon et l'écrivain Michel Tremblay ont composé
un opéra intitulé: NELLIGAN.
Et vient de paraître une nouvelle version de cet opéra avec un extrait à entendre de ce lancement.
Bibliographie
Liens intéressants:
Découvrir sa poésie sur le site : Émile Nelligan
Chez Cyberscol
Poète.com
Wikipedia
Lire sa poésie à la Bibliothèque et Archives du Canada
Un poète
À lire aussi :
Essais et documents
Paul WYCZYNSKI, - Émile Nelligan
Publiée
à l'occasion du 40e anniversaire de la fondation du Centre de recherche
en civilisation canadienne-française de l'Université d'Ottawa,
cette biographie montre un Nelligan vrai, créateur d'une poésie
unique qui ne cesse de plaire aux générations montantes
Et dans le forum de francopolis
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MARIE UGUAY
occupe
une place importante dans la poésie québécoise,
avec une poésie plus sensuelle, qui chante la beauté
du monde mais qui je ne sais par quel hasard semble moins bien présente
dans l’esprit des québécois. Née Marie Lalonde, elle
choisira le nom de Marie Uguay en signe d'appartenance à son grand-père,
professeur de violon et amateur de littérature qui était son
modèle et son idéal.
Sa poésie parle
de Montréal, de l'océan qu’elle a découvert à
dix-huit ans, du sommeil qui permet, par le rêve, de «se rapprocher de soi et des autres,,, » du désir amoureux, «lieu de la passion, qui nous fait voir autrement», du temps qui lui échappe, nourrit son angoisse et «annule la parole» et de la mort, «l'instant où il n'y a plus rien à dire».
Morte en 1981, à l’âge de 26 ans emportée par un cancer.
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SES recueils de poèmes,
Signe et rumeur (1976),
"Derrière une vitre quelqu'un sourit avec précaution
À midi le printemps est plus sonore qu'un gaie
Et l'amour sort en blouse blanche
Toute la rue est un écroulement d'azur
Nous n'avons pas d'histoire
et «il fait beau comme jamais »
L’Outre-vie (1979)
L'outre-vie
c'est quand on n'est pas encore dans la vie qu'on la regarde, que l'on cherche
à y entrer. On n'est pas morte encore mais déjà presque
vivante, presque née, en train de naître peut-être
dans ce passage hors frontière et hors temps qui caractérise
le désir.
Autoportraits (1982).
« il fallait bien parfois
que le soleil monte un peu de rougeur aux vitres
pour que nous nous sentions moins seuls
il y venait alors quelque souvenir factice de la beauté des choses
et puis tout s'installait dans la blancheur crue du réel
qui nous astreignait à baisser les paupières
pourtant nous étions aux aguets sous notre éblouissement
espérant une nuit humble et légère et sans limite
où nous nous enfoncerions dans le rêve éveillé de nos corps »
"Journal" Marie Uguay, chez Boréal, présenté par Stéphan Kovacs.
Vingt ans on passé…
On retrouve dans ce journal, la chronique
des quatre dernières années de sa vie où menacée
dans son corps par la maladie et confrontée à sa fureur de
vivre et d’y nourrir un amour impossible.
Parmi nombre de passages fascinants,
il y a ce regard sur la défaite référendaire du 20 mai
1980, où la jeune femme retrouve les forces antagonistes qui l'habitent,
freinant une affirmation plus intégrale : «Ne
revenez pas au pays, il est en deuil. La majorité s'est prononcée
contre elle-même à coups de matraquage publicitaire et de rumeurs
terrorisantes, elle a choisi le passé au lieu de l'avenir, la prison
au lieu de la liberté, la mort au lieu de la vie.»
Liens Intéressants
Les armes vives de Marie Uguay
Ville Emard
Journal Marie Uguay
Poèmes Marie Uguay
Marie Uguay (1955-1981) Poète
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HECTOR DE SAINT-DENYS-GARNEAU
mon préféré, lui aussi emporté en pleine jeunesse
Né à Montréal en 1912,
Hector de Saint-Denys- Garneau a été poète et essayiste.
En 1923 il entreprend son cours classique tout en suivant des cours de peinture
au Collège des beaux-arts; des problèmes de santé l'obligeront
cependant à interrompre ses études en 1934. Il publie son recueil
de poèmes Regards et jeux dans l'espace En 1937, il publie son recueil
de poèmes Regards et jeux dans l'espace. Au cours de l'été
de la même année, il effectue un séjour de trois semaines
en France.. Il meurt subitement le 24 octobre 1943 à la suite de problèmes
cardiaques à 31 ans.
Lauréat de concours poétiques
en 1926 et 1929, Saint-Denys-Garneau renonce en 1935 à une carrière
littéraire. Condamné dès 1934 par les médecins,
il perçoit brutalement que la réalité du monde est bien
mal assurée, et prend du même coup conscience de l'impossibilité
à vivre en portant l'aiguillon de cette découverte.
Saint-Denys-Garneau était
un être paradoxal déchiré entre des opposés(vie/mort,
ombre/lumière, passé/espoir, etc. Ses talents étaient
multiples : poète, peintre, fondateur de revues littéraires,
critique de musique, de peinture et de littérature.
Sa poésie a été mise en musique par le groupe Villeray. Sur le site vous pouvez entendre des extraits.
Recueils :
REGARDS ET JEUX DANS L' ESPACE (poèmes 1937)
ACCOMPAGNEMENT
Je marche à côté d’une joie
D’une joie qui n’est pas à moi
D’une joie à moi que je ne puis pas prendre
Je marche à côté de moi en joie
J’entends mon pas en joie qui marche à côté de moi
Mais je ne puis changer de place sur le trottoir
Je ne puis pas mettre mes pieds dans ces pas-là
et dire voilà c’est moi …
FACTION
On a décidé de faire la nuit
Pour une petite étoile problématique
A-t-on le droit de faire la nuit
Nuit sur le monde et sur notre cœur
Pour une étincelle
Luira-t-elle
LES SOLITUDES (1947)
BAIGNEUSE
Ah le matin dans mes yeux sur la mer
Une claire baigneuse a ramassé sur elle
toute la lumière du paysage.
http://www.lino.com/~millaire/Garneau.html
POÈMES AJOUTÉS
LES PINS
Les grands pins, vous êtes pour moi semblables à la mer.
La rythmique lenteur de vos balancements,
Vos grands sursauts quand vous luttez contre le vent,
Vos rages soudaines,
Vos révoltes
Liens intéressants :
Association québécoise des professeurs de français
Poésie française
Page infinit net
Regard et jeux dans l’espace
Chez Agora
Écrivains et Écrivaines du Canada où on peut voit ses manuscrits
La chaîne Radio-Canada donne à entendre ses émissions…
La poésie que j’aime. ( ses poèmes à découvrir)
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par Gertrude Millaire
pour francopolis juin 2006
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