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Pascal Perrot, sélection septembre 2013

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  L’AMOUR CIRCONSPECT DES BLESSURES

Souffrances infligées et reçues
Nous vous aimons avec une circonspection
Parfaitement compréhensible
Nous vous adulons à distance
Adulation qui ne peut qu'être chuchotée
 
Nous n'apprécions la douleur
Que dosée avec minutie
Deux gouttes -trois c'est un désastre !-
Il est indigne d'avouer
Notre immaturité chronique
D'enfants aspirant à être punis
 
Il y faut des tenailles élégantes et précises
Un scalpel millimétré
Une main sûre et aimante
Tout abus de pouvoir y serait déplacé
 
Sans vous que serions-nous ?
Des insectes cloués au bras des fauteuils
Sans le pouvoir de réfuter, de s'affliger, de se plaindre
De se positionner en victime
En sacrifié
Comment trouver la noblesse de vivre ?
 
À l'inverse la jouissance
De terrasser son ennemi
D'humilier son prochain
-De préférence innocent
Des crimes dont nous l'accusons-
 
Nous confère une confiance, un équilibre, une paix
Que nous donnerons sans compter
Aux êtres que nous chérissons …
Comme nos pulsions de mort
Nous sont de précieux biens !
 
Mais réfuter leur existence
C'est les condamner à les laisser s'affranchir
De tout contrôle et de toute limite
Car ne pas prendre en compte ce moi abominable
Ce serait lui laisser le poste de commande



**

CORRIDA POUR NOCTAMBULES

La nuit charge sur nous comme un taureau furieux
Remisez banderilles et piques au fond des granges
Elles n'engendreraient que son fulgurant mépris
 
Elle est d'autre nature que vos nuits antérieures
Elle prend racine au fond et ne nous lâche plus
Ses cornes érigées défenestrent nos rêves
Vous avez cru la voir là où elle n'était pas
 
De la croire visible a tenu en échec
Vos stratégies caduques et vous ratiocinez
Qu'en cela on ne peut vous tenir responsable
 
Quand vous l'avez formée par vos égarements
Puissante car reliée par un ombilic infâme
À votre cécité, vos idées maladroites
Et jusques à la chair même des espérances
 
Elle a grandi, forci, ne vous ressemble plus
Et pourtant quelque chose en vous vous interdit
De lui opposer de concrètes résistances
Qui exigeraient de renier qui vous êtes
 
Elle vous balaiera, vous le savez pourtant
Mais vous vous nourrissez de craintes importunes
Et déifiez même vos feintes impuissances
Et, dans un flot bilieux de tessons de mémoire,
 
Vous vous accrochez à des temps que vous n'avez
Ni connu, ni vécu, ni aimé, ni compris
Comme si la transfusion des souvenirs
Vous avait jamais permis d'affronter le Mal
 
Et vous hissez bien haut vos confusions, vos plaintes
Même si vous savez appartenir à la nuit
Sans oser l'avouer, vous l'avez toujours su :
Quand elle sera sur vous, en vous, vous l'aimerez
Vous lui avez, en fait, toujours appartenu.

***

CEUX QUI ONT VECU L’IMPENSABLE

Ceux qui ont vécu l'impensable
Inventent parfois l'impensé
Et l'inédit de la parole
Défient les bibles et les boussoles
Qui voudraient leur dicter le sens
Dans lequel vivre et exister
Pour mieux désarmer leur silence
Et  brider leur part d'ineffable
 
La peur ne les crucifie pas
Sur l'autel des bonnes consciences
À la porte des granges en feu
Ils n'ont plus ni passé ni dieu
Mais un champ de ruines fertiles
Ils n’ont que faire des convenances
Ce sont les enfants d'un exil
Que rien ici n'abolira
 
Puisqu'ils n'ont plus rien à attendre
De ce monde qui les a niés
Leur vie est une impermanence
Ils changent d'âme et d'apparence
Au gré de leur recréation
Comme s'ils naissaient d'une idée
D'une pensée, d'une émotion
D'un mot, d'un cœur cruel et tendre
 
Parce qu'ils ne désirent pas
Changer le monde mais le changent
Par leur seule respiration
De nouvelles persécutions
Seront sans doute fomentées
Leur présence souvent dérange
Ramène à leurs rêves avortés
Nos vies pliées en petits tas



****

AUX MUTILES DE LA PENSEE

Les mutilés de la pensée
Par abus flagrant de non-vie
Ne m'inspirent dédain ni mépris
Mais la plus haute compassion
 
Tout conspire à les évider
De leurs désirs les plus intimes
Et leurs mots si pauvres soient-ils
On veut encore les leur voler
 
Qui est handicapé du cœur
Peut encore avoir de l'esprit
Mais qu'en nous l'esprit soit nié
Et le cœur ne se peut plus dire
 
Amputé de la liberté
De s'élever, de s'épancher
De se donner au plus précis
De connaître l'autre et soi-même
 
Quelques graines de feu parfois
Suffisent à y faire germer
Des paradis inattendus
Pour peu qu'on s'en donne la peine
 
Mais briser cette lourde gangue
Qui les enferme dans l'opaque
Puis biner, sarcler, labourer
Ces âmes pas tout à fait mortes
 
Rejetées, humiliées, trahies
Afin d'enfin pouvoir gagner
Leur confiance et leur amour
Qui en a encore le courage ?


*****

LARMES ASCENSIONNELLES

Ils ont greffé sous ma peau
Des multiprises électriques
Puis ont branché le courant
 
Tressautements de grenouille
Serrements de dents virils
Pour virilité déchue
 
M'ont enfilé la cagoule
Comme un condamné à mort
Et m'ont fusillé les lèvres
 
Avec des tubes à essais
Ont tenté d'y prélever
Les secrets de la parole
 
Puis ont empli de chiffons
Ma colonne vertébrale
Ont raillé lorsque mon âme
 
A accompli des tonneaux
Sur les routes infréquentables
Roulant sur des axes mous
 
J'ai commencé à pleurer
Et je fus étonné par
L'ascension de mes larmes
 
Océans en condensé
Qui s'élevaient dans les airs
Plutôt qu'amorcer leur chute
 
Elles se sont incrustées dans
Le visage du pardon
Plus haut que le regard d'homme
 
Et sans doute purifiées
Retomberont-elles en pluie
Pour féconder des merveilles


Et malgré cette douleur
Ou peut-être à cause d'elle
Je crois désespérément
 
À ce miracle qu'est vivre
Si fort que souvent j'enrage
Qu'il y ait si peu de vie
 
Pour nourrir nos existences
Mais chaque geste me pousse à
En fertiliser le feu


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  Présentation du prochain participant : Patrick DeLaplace Trinquet


    

Créé le 1 mars 2002

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